La Providence et la confiance en Dieu par Fr.Garrigou-Lagrange par ami de la Miséricorde 2020-03-11 09:58:54 |
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CHAPITRE V
CONDUITE DE LA PROVIDENCE A L'ÉGARD DE CEUX
QUI S'ABANDONNENT PLEINEMENT A ELLE
Dieu vivifie de plus en plus intimement les âmes qui s'abandonnent à lui
Non seulement il les conduit et les défend, mais il les vivifie par sa grâce, par les vertus, par les dons du Saint-Esprit et les inspirations toujours nouvelles qu'il leur envoie. Bien plus il les vivifie lorsqu'il paraît le plus les dépouiller et les faire mourir, selon le mot de saint Paul : « Mihi vivere Christus est et mori lucrum
Le Christ est ma vie, et la mort m'est un gain » Phil., I, 21. Tandis que la vie de certaines personnes c'est le sport, ou l'art, ou l'activité intellectuelle scientifique ou philosophique ; la vie des âmes dont nous parlons, c'est le Christ, comme dit saint Paul, ou l'union au Christ. Lui-même est leur vie, dit saint Thomas (in Epistolam ad Phil., I, 21), en ce sens qu'il est le motif constant de leurs actions vitales les plus profondes. C'est pour lui qu'elles vivent et agissent constamment ; ce n'est pas pour un but humain ; c'est vraiment pour le Seigneur qui les vivifie de plus en plus, et qui les fait vivre de cela même qui semble devoir faire mourir, comme Jésus lui-même a fait de sa Croix le plus grand instrument de salut.
Ce point de doctrine si profond a été admirablement mis en lumière par un dominicain du XVIIe siècle, le P. Chardon dans son livre La Croix de Jésus (3e entretien, ch. VIII et suivants). Il montre que l'action divine qui nous détache progressivement, et parfois de façon bien douloureuse, de ce qui n'est pas Dieu, tend à nous unir à lui de plus en plus, par ce détachement même. Par là la perte est un gain.
La grâce, en augmentant en nous, est à la fois principe de séparation et d'union ; la séparation progressive n'est que l'envers de l'union. « De crainte, dit Chardon, que l'usage trop fréquent des consolations n'arrête l'inclination de l'âme vers lui, Dieu lui suspend le ruisseau, pour la faire soupirer avec plus d'ardeur vers la source... Il lui soustrait ses grâces pour se donner lui-même. Il s'insinue doucement, en se faisant maître de toutes les attentions de ses puissances, afin de la rendre jouissante du Bien unique et nécessaire, que l'on ne doit aimer qu'avec la même solitude, qui sépare de toutes choses la souveraineté de son être ». La disparition d'une lumière et d'une vie inférieure coïncide ainsi avec l'apparition d'une lumière de vie beaucoup plus haute.Lorsqu'un apôtre au milieu de son apostolat, en pleine maturité, est frappé de paralysie, on croit souvent que c'est la fin de son influence ; c'est parfois et ce devrait être le commencement de quelque chose de supérieur : à la place de l'apostolat direct et extérieur, l'apostolat caché mais profond, qui par la prière et l'immolation atteint les âmes dans le Christ, et fait déborder sur elles le calice de la surabondante rédemption. Une prière écrite par un inconnu qui s'est inspiré de saint Augustin résume admirablement cette doctrine :
Acte d'abandon.
« Je me laisse, ô mon Dieu ! dans vos mains. Tournez, retournez cette argile, sicut lutum in manu figuli, comme le vase qui se fait entre les mains du potier (Jérémie, XVIII, 6). Donnez-lui une forme ; brisez-la ensuite, si vous voulez ; elle est à vous ; elle n'a rien à dire. Il me suffit qu'elle serve à tous vos desseins et que rien ne résiste à votre bon plaisir pour lequel je suis fait. Demandez, ordonnez ; que voulez-vous que je fasse ? que voulez-vous que je ne fasse pas ? Élevé, abaissé, persécuté, consolé, souffrant, appliqué à vos œuvres, inutile à tout, il ne me reste qu'à dire, à l'exemple de votre sainte Mère : Qu'il me soit fait selon votre parole.
« Donnez-moi l'amour par excellence, l'amour de la croix, non pas de ces croix héroïques dont l'éclat pourrait nourrir l'amour-propre, mais de ces croix vulgaires que nous portons hélas ! avec tant de répugnance, de ces croix de chaque jour, dont la vie est semée et qui se rencontrent au milieu du chemin à toute heure, dans la contradiction, l'oubli, l'insuccès, les faux jugements, les contrariétés, la froideur ou les vivacités des uns, les rebuts ou les mépris des autres, dans les infirmités du corps, les ténèbres de l'esprit, le silence et la sécheresse du cœur. Alors seulement, vous saurez que je vous aime, bien que je ne le sache ni ne le sente moi-même, et cela me suffit ! »
Cela, c'est vraiment la sainteté, même la haute sainteté. S'il n'y avait eu dans notre vie aux moments les plus douloureux que quelques minutes semblables, ce seraient là les sommets de notre vie, où nous aurions été très près de Dieu. Or c'est à chaque instant que le Seigneur nous invite à vivre ainsi pour nous perdre en Lui. Même et surtout en ces moments, il est vrai de dire : « Justum deduxit Dominus per vias rectas, et ostendit illi regnum Dei - Le Seigneur conduit le juste par des voies droites, et il lui montre le règne de Dieu ».
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde
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