Entrevue avec Mgr Gobilliard par Jean Kinzler 2020-01-25 11:04:34 |
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La semaine dernière, Mgr Emmanuel Gobilliard, évêque auxiliaire de Lyon, a assisté au procès de Bernard Preynat. Quels enseignements en tire-t-il ? La prise de conscience des errements de l’Église sur le sujet de la pédophilie, a-t-elle vraiment eu lieu, ce dont doutent certaines victimes ? Il répond à nos questions.
Si un évêque avait aujourd’hui connaissance d’agressions telles que celles reprochées à Bernard Preynat, quelle serait sa réaction ?
Je peux vous parler de ma réaction. Ces derniers temps, j’ai été amené à effectuer des signalements au procureur. Dès qu’il y a un soupçon d’infraction sexuelle, sur un mineur ou un adulte, je me rapproche du bureau du procureur. C’est lui après qui décide des suites à donner. Une des erreurs, au sein de l’Église, a été de réagir en fonction de nous-mêmes, et non de la loi. Il y a des gens dont c’est le métier d’enquêter ou de juger : les policiers, gendarmes ou magistrats. Il faut s’en remettre à eux.
L’Église a-t-elle pris la mesure des abus sexuels qui ont été commis par des prêtres ?
Oui, et il ne sert à rien de faire de grandes déclarations sur le sujet. Mais d’expliquer ce que l’on fait. Dans le diocèse de Lyon, nous avons mis en place une plateforme (preventionabuseglise.fr) dans laquelle nous diffusons douze vidéos afin de donner la parole à des experts (policier, psychiatre, magistrat, théologien…) mais aussi à des victimes. Elles font partie des quatre formations obligatoires que nous avons organisées pour les « cadres » du diocèse : des prêtres, des diacres, des laïcs. Six cents personnes les ont suivies et ont été amenées, elles-mêmes, à organiser des soirées de sensibilisation sur le sujet. Plus les chrétiens seront sensibilisés, moins ces abus existeront et resteront cachés.
Bernard Preynat, lors de son procès, a reconnu avoir parlé de ses abus à plusieurs confesseurs qui lui auraient malgré tout accordé l’absolution. Est-ce possible ?
Je suis très étonné qu’il ait parlé de ce qu’il avait fait de manière précise. J’ai été recteur d’un sanctuaire au Puy-en-Velay où il m’est arrivé de confesser de nombreux pèlerins. J’en ai parlé à plusieurs prêtres habitués des confessions. Jamais, nous n’avons reçu les confessions précises d’actes pédophiles. En confession, certains peuvent parler de péchés de chair, d’actes impurs, voire de masturbations. Nous pouvons ensuite poser des questions ouvertes, mais nous ne sommes ni psychiatre ni psychologue. La confession reste un sacrement de réconciliation. On proclame la parole de Dieu. Gardons ce sanctuaire qu’est la confession.
Que peut faire alors un prêtre qui recueillerait des aveux d’abus sexuels ou d’un autre crime en confession ?
Il peut refuser l’absolution pour absence de contrition. L’absolution devrait être conditionnée à la contrition et à la réparation qui consiste, dans ce cas, à aller se présenter à la justice. Si la personne se présente à la justice, l’absolution devient possible. A titre personnel, il m’est ainsi arrivé de retourner voir une personne pour l’absolution. Elle avait effectué cette démarche vers la justice, après m’avoir parlé d’un crime en confession.
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