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France:Crise entre religieux et évêques sur la crise des abus par Jean Kinzler 2019-12-04 19:58:37 Imprimer Imprimer

Les religieux se démarquent des évêques sur l'indemnisation des victimes
Sophie Lebrun

Environ un mois après le vote des évêques de France pour la mise en place d’un « geste financier », la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref) rappelle, dans La Vie, par la voix de sa présidente Véronique Margron, que sa position est autre. « Nous travaillons avec la Conférence des évêques (CEF) sur l’ensemble des chantiers concernant la lutte contre les abus dans l’Église. Mais concernant l’indemnisation des victimes, si nous sommes d’accord avec eux sur le principe, notre point de vue diffère sur les modalités. »

Les évêques face à la question d'une indemnisation des victimes d'abus sexuels

Réunis à Lourdes, les évêques ont voté le 9 novembre la mise en place d’une « somme d'argent unique et forfaitaire » à destination des victimes de prêtres pédophiles, qui proviendra d’un fonds de dotation alimenté par les évêques, les « prêtres coupables, quand ils sont vivants », et « des fidèles qui voudront bien venir nous aider », avait alors précisé Éric de Moulins-Beaufort, président de la CEF. Il espère que les modalités seront finalisées en avril pour être proposées aux victimes le plus vite possible. De son côté, la Corref veut aussi mettre en place une indemnisation financière, mais pas dans les mêmes termes. Elle souhaite attendre l’an prochain pour fixer les modalités d’action grâce aux travaux d’experts, interroge le principe du forfait unique – choisi au détriment d’un barème avec plusieurs montants – et alerte les évêques sur l’exclusion, dans leur dispositif, des victimes majeures agressées alors qu’elles étaient en situation de vulnérabilité.
Des divergences de fond et de forme

« Nous ne sommes pas sur le même tempo et ce sujet ne peut souffrir de conflits de chapelle, souligne la présidente de la Corref Véronique Margron. On peut, dans l’Église, être engagés ensemble mais avoir des différences légitimes. Vie religieuse et vie diocésaine n’ont pas la même histoire, ni le même modèle de fonctionnement. » L’enjeu est, de surcroît, fondamental à ses yeux : « La réparation financière est un élément pour “faire justice” aux victimes et leurs proches, nous devons répondre le moins mal possible. »

Les divergences dans l’approche entre les évêques et les religieuses et religieux sont pourtant bien réelles. La Corref attendra les préconisations de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase) menée par Jean-Marc Sauvé, qui seront connues fin 2020-début 2021. « Nous ne pouvons construire seuls un processus, nous avons besoin d’être conseillés pour faire un choix éclairé », précise Véronique Margron. Sur ce point, elle rejoint l’opinion de plusieurs personnes victimes associées au groupe de travail sur le « geste financier » de la CEF. Ainsi, Olivier Savignac soulignait en novembre « une avancée indéniable » mais aussi « une grande déception » vis-à-vis de la proposition des évêques : « Ils ont mis en place une commission de 22 experts [la commission Sauvé, ndlr] qui sont mieux habilités que quiconque à proposer un processus serein et adapté. Pourquoi n’attendent-ils que ces experts donnent… leur expertise ? »

Au-delà de l’agenda, plusieurs complications se profilent. Pour la Corref, le mode de financement concernant les victimes de religieux ne peut être « qu’interne » : « Ce sont obligatoirement les instituts et congrégations qui financeront cette indemnisation. Ce choix découle du fonctionnement même de la vie religieuse, chaque institut étant autonome financièrement. » Quant à la levée de fonds, elle devra prendre en compte la diversité des 450 membres de la Corref, et être « juste pour tous ». « La part de chacun doit s’équilibrer en prenant en compte la réalité : les structures féminines ne peuvent pas, par exemple, abonder à la même hauteur que les masculines, au regard de la réalité des actes commis. Une solidarité s’exercera entre tous, comme nous l’avons fait pour le financement de la Commission Sauvé, mais il nous faut voir de quelle manière. » L’enjeu est bien, par cette indemnisation, de « reconnaître une part de responsabilité collective des instituts quand un religieux a agressé une personne », insiste Véronique Margron.
Des réparations financières déjà en cours

Surtout, « il n’est pas possible pour nous » d’inclure uniquement les victimes agressées alors qu’elles étaient mineures, comme l’ont laissé entendre les évêques dans leur proposition formulée en novembre. « Nous avons, bien tragiquement, dans nos instituts, des délinquants sexuels qui ont abusé d’enfants, mais il y en a d’autres qui ont agressé des femmes, spécialement au sein de la vie religieuse, dans le cadre d’abus de confiance, d’abus spirituels », rappelle Véronique Margron. « Nous devons assumer notre responsabilité aussi dans ces cas-là. »

Des instituts religieux ont déjà commencé un travail de « réparation financière » envers des victimes, en proposant par exemple une compensation pour les soins médicaux et psychologiques. « On ne peut jamais réparer une souffrance, bien malheureusement, poursuit la présidente de la Corref, mais on essaie de réparer une part des conséquences du mal subi. » Ces démarches, dont certaines sont déjà anciennes, ont été relancées après la publication le 9 mai du motu proprio du pape François Vous êtes la lumière du monde, qui demande aux autorités ecclésiales de s’engager « en faveur de ceux qui affirment avoir été offensées », en offrant notamment « une assistance médicale, thérapeutique et psychologique » (Art. 5).

« Cela répond à une responsabilité qui s’inscrit dans une prise en charge personnelle. La démarche collective visant l’ensemble des personnes victimes, dont beaucoup n’ont plus de possibilités de se retourner vers l’auteur des faits, est d’un autre ordre. Cette double action doit être articulée », prévoit Véronique Margron. « Une fois que nous aurons travaillé le dossier et envisagé des propositions au sein de la Corref, il sera impératif de voir avec la CEF comment nous coordonner. Il n’est en effet pas pensable qu’il y ait deux catégories de victimes, celle des religieux et religieuses, et celle des prêtres diocésains. »
Une année 2020 décisive

Véronique Margron reste confiante. En novembre, elle a fait part aux évêques, dans l’hémicycle de leur assemblée plénière à Lourdes, de la position de la Corref. « On a appris à travailler ensemble sur ce douloureux sujet et à respecter nos sensibilités, confie-t-elle. Je comprends aujourd’hui leur point de vue, j’y vois une volonté de montrer leur engagement dans ce combat et notre détermination est tout aussi totale. »

La Corref va donc mettre en place un groupe de travail interne sur le sujet en janvier, en sollicitant des experts qui ont déjà eu à répondre à des questions d’indemnisation dans d’autres institutions. D’ici là, « la discussion entre la Corref et la CEF va continuer, notamment après le printemps, quand les évêques y verront plus clair », conclut Véronique Margron. Le débat, pour l’organisme qui rassemble quelque 30.000 religieuses et religieux, se fera lors de leur prochaine assemblée générale à Lourdes en novembre 2020, quelques mois avant le résultat des recherches de la Ciase.
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LV

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