Méditation avec "Dieu seul" du Vénérable Mr Henri-Marie Boudon par ami de la Miséricorde 2019-06-27 23:26:37 |
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CHAPITRE XXII
Les illustres esclaves de l'auguste Mère de Dieu
Le froid y est si âpre, qu'un frère revenant de la fontaine où il allait prendre de l'eau qui leur était nécessaire, fut obligé de s'approcher du feu pour déprendre ses mains qui étaient gelées à la cruche qu'il portait, et parmi les rigueurs d'un pays si fâcheux, ces bons religieux paraissaient immobiles comme des statues dans l'exercice de la sainte oraison, qui leur était presque continuelle ; les mets les plus délicats de leur pauvre table n'était que des pois, encore le frère cuisinier (si l'on l'appeler de la sorte, car hélas ! quelle cuisine !) proposa aux Pères, qu'il semblait qu'il suffisait d'en faire cuire une seul jour pour tout le reste de la semaine, et que ce serait le moyen de trouver plus de temps pour la sainte oraison. Cette proposition fut reçue avec joie du supérieur et de la communauté, et l'on trouva que c'était trop donner au corps que de lui faire cuire tous les jours ce qui lui était nécessaire pour le soutenir faiblement, et que d'autre part, ce soin ne donnait pas assez de temps au bon frère pour l'exercice de la contemplation.
Dans un autre de leurs couvents un colombier leur servait de maison, là ces colombes mystiques et sacrées retirées aussi bien que celles des Cantiques dans le trou de la pierre, et dans la caverne de la masure méditant le jour et la nuit en la loi du Seigneur, faisaient entendre leurs voix aux oreilles du divin époux, et étaient vues avec plaisir de celui qui connaît toutes choses, menant une vie cachée au monde et ne désirant d'être connues que de Dieu seul. Leurs cellules ou plutôt les petits trous de ce colombier étaient de véritables tombeaux, où ces illustres morts étaient ensevelis.
Il n'y avait pas un seul siège pour s'asseoir dans tout le couvent, et l'un des Pères ayant proposé d'avoir un petit banc quand on serait en communauté, tous les autres rejetèrent cette proposition, et témoignèrent être dans une grande crainte que cette pensée ne fût un commencement de quelque relâche de leur sainte rigueur. Ils avaient des maisons où ils ne mangeaient que des herbes qu'ils allaient cueillir dans les champs, et telles que la terre les produisait, sans être cultivées, et ils n'y mêlaient de l'huile ou du sel qu'aux grandes fêtes, comme celle de Pâques, de la Pentecôte, ou de l'Assomption de Notre-Dame.
C'était dans les jours de bénédiction et de grâce, que la vénérable Catherine de Cardonne vivait dans un affreux désert. Elle avait vécu plusieurs années dans la cour d'Espagne, ayant toujours eu un grand soin de sa conscience, comme le remarque sainte Thérèse, pendant qu'elle a demeuré parmi les grands du monde, s'exerçant aussi dans les pénitences, dont le désir crût en elle de telle sorte, qu'elle résolut de se retirer en quelque lieu solitaire, où seule elle pût jouir de Dieu, et s'adonner entièrement à la pénitence sans être divertie ou empêchée de personne.
Elle s'enfuit donc de la cour, s'étant travestie, ayant pris l'habit d'homme par un mouvement extraordinaire de l'esprit de Dieu, qu'elle garda même depuis qu'elle fut découverte : et ce qui est surprenant, c'est que l'habit de la réforme de Notre-Dame du mont Carmel, qui lui fut montré plusieurs fois miraculeusement dans son désert, par Notre-Seigneur, et saint Elie, et qu'elle devait porter dans la suite du temps, était l'habit des religieux de cet Ordre, et non pas des religieuses : elle prit cet habit de Notre Dame des Carmes, dit sainte Thérèse, en présence de tous les religieux du couvent de Patrane en l'église de Saint-Pierre, quoique sans désir d'être religieuse, à quoi jamais elle n'eut d'inclination, parce que, comme assure cette séraphique sainte, Notre-Seigneur la conduisant par un autre chemin elle avait crainte que l'obéissance ne lui retranchât ses pénitences et ne la privât de sa chère solitude. Nous rapporterons ici ce que sainte Thérèse, dont nous venons de parler, écrit dans ses Fondations, de la vie de cette âme admirable.
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde
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