Les fidèles et leurs prêtres par XA 2019-06-21 09:22:39 |
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Dans son livre d’entretiens, Pour l’amour de l’Eglise, Mgr Bernard Fellay aborde la délicate question du lien entre les fidèles et leurs prêtres. Il évoque la tentation qui peut être celle des fidèles de s’approprier tel ou tel prêtre. Et le risque pour un prêtre de succomber à cette tentation. Il y a là selon moi matière à réflexion pour les uns et les autres. Extrait.
Que dire lorsque certaines personnes, pour diverses raisons, font de tel ou tel prêtre un gourou, ont une relation trop « intense » avec lui ? À l’inverse, n’y a-t-il pas des prêtres qui agissent avec leurs ouailles comme s’ils étaient Dieu pour elles ?
Je crois avoir vu tous les cas de figure. Cette situation n’est pas liée à la Fraternité. Elle est due à la nature humaine. Quand il y a les hommes, il y a de l’hommerie… Parfois, le prêtre est tenté de chercher un lien trop affectif avec ses ouailles. Dans ce cas, plutôt que de conduire les âmes à Dieu, il se recherche et c’est dangereux. Un jour, une infirmière me disait que dans ses visites à domicile, elle veillait strictement à ne pas sortir du champ de ses devoirs professionnels. Elle s’occupait des malades et les soignait, puis partait tout simplement. C’est exactement ce que doit faire le prêtre. Il doit éviter tout ce qui est consolation humaine. Il a pour rôle de donner la consolation du Seigneur aux âmes, non la sienne.
(...) Le prêtre doit faire son devoir d’état, c’est-à-dire enseigner la vérité, faire du bien aux âmes, accompagner… Il revient au prêtre d’accomplir son devoir généreusement puis de s’effacer comme le docteur qui passe d’un malade à l’autre. Après avoir soigné un malade, il ne reste pas près de lui, sous prétexte que sa présence lui est agréable. Il va vers les autres malades. Jésus donne l’exemple. Il s’occupe de ses brebis qui lui offrent un accueil très sympathique, mais rapidement il ajoute : « J’ai d’autres brebis, je dois m’occuper d’elles ».
Comment le prêtre peut-il vivre dans son apostolat cette amitié qui peut naître avec des personnes ? Est-ce quelque chose de délicat, c’est pourtant important pour son équilibre personnel ?
C’est très important. Monseigneur Lefebvre a voulu la Fraternité comme une société de vie commune, pour que les prêtres trouvent soutien et réconfort auprès de leurs confrères, et non auprès d’âmes sœurs, ce qui est toujours extrêmement dangereux. Aujourd’hui, un prêtre qui est seul est souvent objectivement en danger, parce qu’il subit des pressions énormes de tous côtés. Certes, il ne faut pas déshumaniser et désincarner le prêtre. Chacun a besoin de soutien et de soulagement. En outre, comme le prêtre est en relation avec les autres dans son ministère, nécessairement des liens et des attaches se créent. Ces amitiés qui naissent sont légitimes, à condition qu’elles soient vécues dans la perspective du bon Dieu. Lorsqu’elles se situent à un niveau purement humain, il y a un danger pour le prêtre. Une constante vigilance est requise pour que ces attaches demeurent dans l’ordre voulu par Dieu.
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