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"Les 30 ans de la commission Ecclesia Dei" et sa suppression par Cristo 2019-02-11 18:08:21 Imprimer Imprimer

enfin une analyse intéressante sur la fin de cette Commission !
Les catastrophistes-complotistes vont être déçus ...


Les 30 ans de la commission Ecclesia Dei

par Renaissance Catholique

publié 10 février 2019


Le 17 jan­vier 2019, le pape Fran­çois sup­pri­mait la com­mis­sion pon­ti­fi­cale Eccle­sia Dei. Créé par son pré­dé­ces­seur Jean-Paul II, trois décen­nies plus tôt, l’organe romain char­gé d’une part des rela­tions entre le Saint-Siège et la Fra­ter­ni­té Saint-Pie X (FSSPX) et, d’autre part, de gérer plus lar­ge­ment la vie des com­mu­nau­tés tra­di­tion­nelles, était inté­gré à la Congré­ga­tion pour la Doc­trine de la Foi. Cer­tains y ont vu une vic­toire, d’autres une défaite, oubliant peut-être que la déci­sion avait été prise dès 2017.

Des débuts hési­tants

Les sacres du 30 juin 1988

Voi­là en tout cas un dicas­tère qui aura eu la vie courte. Qu’est-ce que trente années com­pa­rées à la lon­gé­vi­té du très ancien Saint-Office ou à la plu­ri­sé­cu­laire congré­ga­tion pour les Rites ? Pour­tant cette struc­ture res­treinte, com­po­sée de quelques prêtres et reli­gieuses tout au plus, aura brillé par son acti­vi­té, en pré­pa­rant les actes les plus com­men­tés du pon­ti­fi­cat de Benoît XVI. Sa nais­sance dans les larmes ne sera pas pas­sée moins inaper­çue, à l’heure où les foudres romaines tom­baient sur Mgr Lefebvre et où les pre­miers mots du Motu Pro­prio Eccle­sia Dei l’instituant évo­quaient le déchi­re­ment qui ébran­lait l’institution catho­lique : « C’est avec beau­coup de tris­tesse que l’Église de Dieu a appris l’ordination épis­co­pale illé­gi­time confé­rée le 30 juin der­nier ». Nous étions à l’heure des répro­ba­tions et des ana­thèmes. « Déso­béis­sance », « excom­mu­ni­ca­tion », « matière très grave », « acte schis­ma­tique », appel à « ne pas conti­nuer à sou­te­nir de quelque façon que ce soit » la FSSPX, toute la ter­mi­no­lo­gie de la répro­ba­tion ecclé­siale la plus pous­sée était réunie pour dis­cré­di­ter un mou­ve­ment regrou­pant un nombre « rela­ti­ve­ment réduit » de per­sonnes, selon le texte[1]. À l’évidence, la teneur des sanc­tions comme la créa­tion d’un dicas­tère pour désa­mor­cer le dif­fé­rend en sou­li­gnaient l’extraordinaire por­tée sym­bo­lique.

À ses débuts, la com­mis­sion Eccle­sia Dei n’a pas beau­coup œuvré en direc­tion de la FSSPX. Mgr Lefebvre avait pré­vu que l’onde de choc pro­vo­quée par les sacres mar­que­rait une pause dans les rela­tions. « Pen­dant X années, peut-être deux ans, trois ans, je ne sais, cela sera la sépa­ra­tion » pré­ve­nait-il [2]. Quant aux nou­velles fon­da­tions, dési­reuses d’établir un lien cano­nique plus mar­qué, elles n’étaient qu’à leurs bal­bu­tie­ments. Aus­si n’est-il pas éton­nant que la mémoire des pre­miers pré­si­dents du nou­veau dicas­tère soit quelque peu tom­bée dans l’oubli. Qui se sou­vient du rôle que les car­di­naux Anto­nio Inno­cen­ti (1991–1995) ou Ange­lo Feli­ci (1995–2000) y ont joué ? Peut-être le car­di­nal Augus­tin Mayer (1988–1991), parce qu’il est venu devant la cathé­drale de Chartres accueillir à la Pen­te­côte 1991 les pèle­rins de Notre-Dame-de-Chré­tien­té a-t-il lais­sé une trace plus pro­non­cée ?

Le spec­ta­cu­laire man­dat Cas­trillón Hoyos



Il faut attendre l’année jubi­laire en 2000 et la nomi­na­tion du très zélé car­di­nal Dario Cas­trillón Hoyos pour voir la com­mis­sion entrer dans une phase plus active. Les com­mu­nau­tés rele­vant de sa com­pé­tence com­mencent à s’étoffer, les pre­mières géné­ra­tions des pro­ta­go­nistes du Concile viennent à se clair­se­mer. Mais c’est sur­tout l’ouverture des basi­liques romaines au pèle­ri­nage de la FSSPX et l’audience accor­dée par Jean-Paul II à Mgr Ber­nard Fel­lay, qui viennent mettre un terme aux douze années de plomb qui viennent de s’achever. La décen­nie des années 2000 va alors mar­quer un véri­table bou­le­ver­se­ment pour la mou­vance tra­di­tion­nelle et un revi­re­ment des esprits. Alors qu’au tour­nant du mil­lé­naire, il n’était même pas envi­sa­geable de lais­ser les prêtres dio­cé­sains célé­brer la messe tra­di­tion­nelle, si ce n’est de façon excep­tion­nelle, tan­dis que la levée des sanc­tions pesant sur les évêques de la FSSPX n’était ima­gi­née qu’en échange de condi­tions, ces demandes deviennent au bout de quelques années des réa­li­tés. Le franc-par­ler du car­di­nal colom­bien n’y fut pas pour rien. Son cou­rage a éga­le­ment por­té des fruits. Ain­si le 25 mai 2003, il célèbre en grande pompe, en pré­sence de plu­sieurs de ses confrères, une messe pon­ti­fi­cale selon le mis­sel tra­di­tion­nel en la basi­lique Sainte-Marie-Majeure. Deux ans plus tard, ses pro­pos marquent un chan­ge­ment d’attitude du Saint-Siège lorsqu’il explique qu’avec la FSSPX, « la com­mu­nion existe » et qu’il ne s’agit que de la rendre plus par­faite[3]. Désor­mais, l’ostracisme de la messe tra­di­tion­nelle s’effondre. En juillet 2007, quelques jours avant la dis­pa­ri­tion du car­di­nal arche­vêque de Paris, Jean-Marie Lus­ti­ger, sym­bole de toute une géné­ra­tion, Benoît XVI accorde à tout prêtre du monde la pos­si­bi­li­té de célé­brer la messe selon les anciens livres, repla­çant le nou­veau mis­sel à éga­li­té avec l’ancien. Deux ans plus tard, les sanc­tions qui pesaient contre les évêques de la Fra­ter­ni­té Saint-Pie X s’effacent d’un coup de crayon. Depuis plu­sieurs mois, il en était ques­tion. Par le vœu du pape et par la sug­ges­tion répé­tée du car­di­nal Cas­trillón Hoyos, les excom­mu­ni­ca­tions s’envolent. Depuis cette date, on ne parle même plus de sus­pens a divi­nis.



Néan­moins, dans les textes, le pape bava­rois garde une cer­taine réserve. En 2009, dans le Motu Pro­prio Eccle­siae Uni­ta­tem, il rap­pelle le carac­tère « illi­cite » des sacres, évo­quant une « frac­ture », et une « divi­sion » de la part de la FSSPX, confir­mant que « ses ministres ne peuvent exer­cer de façon légi­time aucun minis­tère »[4]. Si les men­ta­li­tés sont pro­fon­dé­ment chan­gées, un che­min reste à par­cou­rir et les portes des églises demeurent closes pour un cler­gé dont le sta­tut demeure à défi­nir. Dans les faits, cepen­dant, les bar­rières com­mencent à tom­ber devant l’exagération des pros­crip­tions tom­bées vingt ans plus tôt.

Mgr Poz­zo et l’enracinement du monde tra­di­tion­nel

À cette époque, le car­di­nal doit quit­ter la scène compte tenu de son âge. Selon le sou­hait de Benoît XVI, la com­mis­sion est rat­ta­chée à la congré­ga­tion pour la Doc­trine de la Foi et elle perd, d’une cer­taine façon, son auto­no­mie. C’est Mgr Gui­do Poz­zo qui, dès lors, pré­side à ses des­ti­nées. Certes, on aurait pu craindre une perte d’audience du monde tra­di­tion­nel dans la mesure où le dicas­tère deve­nait une sous-com­mis­sion et où un simple pré­lat de curie plu­tôt qu’un car­di­nal était char­gé de cette mou­vance. Après la polé­mique sur le pré­ser­va­tif, la deuxième par­tie du pon­ti­fi­cat du pape Rat­zin­ger s’avère d’ailleurs moins riche en effets d’annonces. Mais c’était sans comp­ter sur la dyna­mique que véhi­cu­lait le tra­di­tio­na­lisme. Avec l’accession au trône du décon­cer­tant pape Fran­çois, le secré­taire de la com­mis­sion va être dépas­sé par les déci­sions du pon­tife lui-même. Don­ner des pou­voirs cano­niques aux prêtres de la FSSPX pour confes­ser ou célé­brer les mariages ? Mgr Poz­zo n’y avait sans doute pas pen­sé. Et en séance plé­nière les car­di­naux membres de la congré­ga­tion pour la Doc­trine de la Foi s’y sont lar­ge­ment oppo­sés. Qu’importe, le pon­tife argen­tin l’avait sou­hai­té et donc déci­dé. L’œuvre de Mgr Lefebvre allait voir son sta­tut se consti­tuer par mor­ceaux. Dans le même temps, les com­mu­nau­tés régu­la­ri­sées ont conti­nué à accroître leur influence et sous le pon­ti­fi­cat actuel, l’Institut du Christ-Roi a été péren­ni­sé de façon défi­ni­tive.

… et à l’Institut du Christ-Roi Sou­ve­rain Prêtre
Ordi­na­tions à la Fra­ter­ni­té Sacer­do­tale Saint Pierre …
Le 17 jan­vier 2019, le Motu Pro­prio Da oltre trent’anni mani­feste l’apaisement. Il n’est plus ques­tion de rup­ture ou de per­sé­cu­tion. « Les ins­ti­tuts et les com­mu­nau­tés reli­gieuses qui célèbrent géné­ra­le­ment sous une forme extra­or­di­naire ont aujourd’hui trou­vé leur propre sta­bi­li­té » dit le texte qui, loin de mépri­ser les troupes insi­gni­fiantes que croyait voir le texte de 1988, recon­naît au contraire leur nombre[5]. La struc­ture d’Eccle­sia Dei rat­ta­chée depuis dix ans à la Congré­ga­tion change peu. Elle conserve son fonc­tion­ne­ment, ses pré­ro­ga­tives et son per­son­nel. De sous-com­mis­sion qu’elle était, elle devient une sec­tion. Le grand chan­ge­ment touche sur­tout la per­sonne de son pré­sident – le nou­veau res­pon­sable n’étant pas connu – mais il est à rela­ti­vi­ser quand on consi­dère que ces der­nières années le pape a lar­ge­ment devan­cé les ini­tia­tives de Mgr Poz­zo. Sans doute l’édulcoration de la morale chré­tienne ou la vision poli­tique datée du pape en matière de poli­tique migra­toire ou d’écologie laissent-elles un goût amer à tous ceux qui aspirent à une res­tau­ra­tion de l’identité chré­tienne en Occi­dent. Néan­moins, faire du pon­tife régnant un enne­mi achar­né du tra­di­tio­na­lisme en l’assimilant aux per­sé­cu­teurs des années 1970 serait un évident rac­cour­ci. Se foca­li­ser sur le cas de l’ordre de Malte qui n’a rien de tra­di­tion­nel ou celui des Fran­cis­cains de l’Immaculée, qui consti­tuent une com­mu­nau­té pro­fon­dé­ment divi­sée, ne per­met pas de com­prendre pour­quoi toutes les autres com­mu­nau­tés tra­di­tion­nelles demeurent en paix quand elles ne sont pas encou­ra­gées.

La modi­fi­ca­tion struc­tu­relle qui vient de s’opérer ne fait que confir­mer un état de fait. Le Saint-Siège semble rela­ti­vi­ser le dan­ger du tra­di­tio­na­lisme. Il n’est plus ques­tion pour la Curie d’arracher des bre­bis éga­rées ou de siphon­ner les troupes d’une mou­vance déso­rien­tée. À part quelques excep­tions, les pros­crip­tions et ana­thèmes sont pas­sés de mode. Le che­min par­cou­ru en trente ans mani­feste le tra­vail accom­pli par la com­mis­sion pour résor­ber le dif­fé­rend entre les hommes d’Église et le monde tra­di­tion­nel. Et à tra­vers cet organe et der­rière ces hommes, ce sont les papes eux-mêmes qui ont agi, avec tou­jours plus de libé­ra­li­tés face à un monde tra­di­tion­nel por­teur d’une dyna­mique inta­ris­sable. À l’égard de la FSSPX, le pon­tife actuel aura été là où ses pré­dé­ces­seurs n’auraient sans doute jamais ima­gi­né aller tan­dis qu’il a lais­sé les socié­tés de vie de prêtres s’affermir au fil des années. Mal­gré les péri­pé­ties humaines, la grâce de l’Église agit et celle de son vicaire aus­si. Et ce serait un tort d’imaginer qu’elles vien­draient à s’éteindre.

Côme de Pré­vi­gny


[1] Jean-Paul II, Motu Pro­prio Eccle­sia Dei, 2 juillet 1988.

[2] Mgr Mar­cel Lefebvre, confé­rence de presse, 15 juin 1988.

[3] Car­di­nal Dario Cas­trillón Hoyos, entre­tien à TV Canal 5, 13 novembre 2005.

[4] Benoît XVI, Motu Pro­prio Eccle­siae Uni­ta­tem, 2 juillet 2009.

[5] Fran­çois, Motu Pro­prio Da oltre trent’anni, 17 jan­vier 2019.


A voir éga­le­ment, au sujet de la sup­pres­sion de la com­mis­sion Eccle­sia Dei, l’entretien avec l’abbé Barthe dans Terres de Mis­sion


https://www.renaissancecatholique.org/les-30-ans-de-la-commission-ecclesia-dei/

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