Une cloche sonne, sonne ... par Ewondo 2018-11-29 14:02:47 |
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… pour une fois, il ne s’agit pas de moi, encore que comme cloche, je ré(ai)sonne souvent creux ????
En fait, il s’agit des Trois Cloches, interprétée par Edith Piaf et les Compagnons de la Chanson au début des années 1950. En 1954, à Dien Bien Phu, la bataille faisait rage entre les Français et le Vietminh, conduisant même à de sanglants corps à corps, et débouchait, en dépit de la supériorité française dans les airs, à une cuisante défaite au sol de l’Armée Française face à des Vietnamiens qui connaissaient parfaitement le terrain de cette cuvette maudite :

Et à cette époque, curieusement, cette chanson profondément chrétienne et très nostalgique des trois évènements essentiels de la vie de Jean-François Nicot au fond de la vallée : son baptême, son mariage et ses obsèques, et par trois fois une cloche sonne, sonne …
Les Trois Cloches
Bien plus tard (22 ans), j’ai rencontré à l’Ambassade Soviétique de Hanoî le général Giap que j’ai salué d’une très respectueuse courbette, hommage au grand homme de guerre, mais ne lui ai pas serré la main, pensant à tous les prisonniers français qui avaient été torturés par ses troupes en 1954 de façon odieuse, comme mon oncle me l’avait raconté
Dix ans avant Dien Bien Phu, en 1944 eut lieu un phénomène quasi identique avec la somptueuse Marlène Dietrich dont le Lili Marlen, à l’origine en allemand puis traduite dans toutes les langues, fredonnée par tous les soldats sur tous les fronts d’Europe. Notamment au Mont Cassin comme mon oncle me l’avait raconté. La bataille était ainsi illustrée d'une chanson très éloignée du chant grégorien !
Lili Marlen
Jean Gabin disait de sa compagne, avec humour, que son nom commençait par une caresse et se terminait comme un coup de trique ! Coïncidence, Edit Piaf était devenue amie très proche de Marlène Dietrich. Marlène avait coupé tout lien avec Edith, car cette dernière se droguait. Pourtant Marlène Dietrich vint au Père Lachaise l’après midi des obsèques de son ancienne amie. Le même jour était mort un autre ami de Marlène : Jean Cocteau.
Le Vietnam est un pays attachant par ses mystères. Un jour, dans une rue très commerçante de Hanoï une pauvre femme m’aborde. Pantalon de soie noir fripé, chemisier blanc froissé, chapeau conique élimé et sandales Ho Chi Minh de caoutchouc noir très usées. Curieusement de larges lunettes noires style Rayban comme les aviateurs américains à l’époque, et plus surprenant encore, ongles des mains et pieds soigneusement manucurés et vernis. Rien à voir de près et dans le détail avec une paysanne ou une ouvrière d’une entreprise d’Etat de chaudronnerie épaissement grasse de cambouis.
Dans une souffle rapide elle me demande dans un français sans accent et châtié de venir la voir le lendemain après-midi chez elle près de la cathédrale Saint-Joseph et de prendre beaucoup de « munitions ». Ne vous inquiétez pas, j’ai tout de suite compris qu’il fallait que je me « munisse » de devises sonnantes et trébuchantes de préférence des Livres Sterling qui à l’époque caracolaient dans les bureaux de change.
Le lendemain, à l’heure convenue, j’arrive devant un gros pavillon de style français colonial. Passé un charmant jardin plein de bonzaïs, je sonne et là un valet de chambre, tout de blanc vêtu, vient m’ouvrir. Intérieur en fait somptueux par son décors de meubles précieux et bibelots choisis avec goût, grandes cheminées dont celle du salon avec une agréable flambée (il fait froid à Hanoï l’hiver et le bois y est rare, alors des bûches !).
Madame arrive, tout de noir vêtue, ao dai et un chapeau traditionnel tel que celui ci, en rouge :
Devant un délicieux thé et d’exquis minis nems, elle commence à déballer quantité d’objets précieux qui m’ont ébloui. Tissus, jades, et des bouddhas anciens laqués dorés. J’ai fait mon choix (essentiellement pour notre Chargé d’Affaires). Affaire conclue après marchandage (je me suis sans doute faite rouler, mais le cours élevé de la monnaie britannique compensait le tout). Pendant que je réglais, le maître d’hôtel emballait le tout dans du vieux papier journal.
Je suis sorti très discrètement dans ce quartier tranquille, et dans une voiture de l’ambassade, je suis rentré livrer le Chargé d’Affaires qui fut enchanté.
J’aurais bien d’autres histoires à raconter sur cette époque, mais elle n’ont pas leur place sur le Forum Catholique. Je les consigne donc dans un livre à paraître l’an prochain.
Pierre.
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