Le père Santiago Martin est un prêtre espagnol, fondateur des Franciscains de Marie, qui collabore à EWTN. Lors de l'annonce de la renonciation de Benoît XVI, il a fait un prêche sur le sujet lors de la messe en forme ordinaire qu'il célébrait.
Voici la vidéo de ce sermon qui a été prononcé le 3 mars 2013. C'est en espagnol (avec des sous-titres anglais) mais, plus bas, il y a ma traduction (très imparfaite) en français qui livre l'essentiel de ce qu'il dit.
Ma traduction:
''"Nous sommes le troisième dimanche du Carême naturellement, je veux faire une médiation sur l’Évangile que j’ai lu mais il est évident que nous ne pouvons pas réfléchir au troisième dimanche du Carême comme nous l’avons fait au cours de l’année écoulée. Pourquoi? "Parce que le Pape vient de démissionner. Et logiquement si on ne prend pas ce moment pour expliquer un peu et faire de la catéchèse, quand va-t-on le faire? Alors, il faut être patient car je vais faire deux petites homélies : l’une sur l’Évangile et l’autre sur la situation actuelle de l’Église. Je ne peux pas entrer dans chaque détail (…).
Qu'est-ce qui se cache derrière tout cela? (...) Maintenant, je voudrais parler de la situation que nous vivons et je veux commencer par ouvrir mon cœur en décrivant ce que je ressens. Je me sens très mal, c'est la première chose que je veux vous dire. Cela fait encore plus mal, surtout quand on regarde tout le monde avec un air heureux. Ce que je perçois, c'est que la majorité est contente de la démission, comme si le pape s'était retiré sur une plage des Caraïbes ou comme si le pape était parti d'une manière naturelle. Eh bien, écoutez, il a presque 86 ans. Il pourrait avoir une maladie de Parkinson avancée, une démence, la maladie d’Alzheimer; il pourrait avoir un problème rénal grave, ce qui rend la chose vraiment impossible.
Mais ce n'est pas ce qui s'est passé. Cela n'a rien à voir avec ce qui s'est passé. Si le pape était parti à cause de l'épuisement lié à l'âge, eh bien, ce serait différent, comme si le pape était mort. Cela va avec la loi naturelle, mais cela n'a rien à voir avec ce qui s'est passé. Le pape a été crucifié pendant les huit années durant lesquelles il a dirigé l'Église, et nous l'avons vu. Ce fut une crucifixion, un martyre devant les yeux de tous. Nous - au moins moi et beaucoup d’autres - nous avons souffert, regardant comment ils étaient avec lui - comment ils l’ont accablé - les ennemis de l’extérieur avec la collaboration de quelques ennemis qui sont à l’intérieur, les ordures de l’intérieur collaborant pendant des années avec ces ennemis de l'extérieur. C'est ce qui s'est passé.
Le peuple de Dieu voit que d'autres tuent le pasteur et il ne réalise tout simplement pas que c'est terrible. Le pape est un martyr. Et maintenant, il n'est pas descendu de la croix. Il a effectivement démissionné pour le bien de l'Église. Mais le fait est qu'il a été martyrisé.
Cette semaine, un écrivain péruvien, Vargas Llosa, a publié un article dont je suis à moitié d’accord avec le contenu, mais dont le titre est parfait. Je n’ai pas vu de meilleur titre pour résumer ce qui se passe actuellement dans l’Église, sur ce qui constitue «le coup», sur ce qui se passe à l’intérieur depuis peu. Il a intitulé son article "L'homme qui les entrave". Bien sûr, Benoît XVI a été l’homme au milieu de leur chemin dès le premier instant. Il possède une capacité unique et énorme à définir avec une phrase ou une idée un traité de théologie. Lorsqu'il a célébré la messe avant le début du conclave, deux jours avant d'être pape, il a défini la situation d'aujourd'hui: «la dictature du relativisme». Pas le relativisme habituel que nous connaissons, mais plutôt une dictature, ce qui signifie une véritable persécution pour tous ceux qui affirment fermement que la vérité est objective et que les mensonges sont objectifs, ce qui signifie que le bien existe et que le mal existe. Dans tous les contextes, ils ne veulent pas la vérité, ils veulent le relativisme. Pour les relativistes, vous ne pouvez pas dire que l'avortement est mauvais, et vous ne pouvez pas dire que tuer votre mère par euthanasie est une erreur. Aujourd'hui, beaucoup de gens peuvent en dire autant: "Je pense que cela pourrait être faux", car quand quelqu'un reste ferme et continue de dire "c'est faux", celui-là est persécuté. À cause de cela, ce pape était comme un obstacle pour eux.
Ou bien, ne vous souvenez-vous pas de ce qui s’est passé en 2011 alors que, profitant d’une circonstance qui à la fin était un mensonge, ils l’accusaient d’être complice de pédophilie et le poussaient constamment, le forçant à démissionner - les campagnes publicitaires féroces en 2011 du New York Times, de la BBC et de ses alliés en Espagne. C'était horrible. Les ennemis à l'extérieur et les ennemis à l'intérieur qui ont créé ce scandale du Vatileaks, avec leurs péchés, je le répète, ont agi pour les ennemis extérieurs, gardant le silence pendant qu'ils étaient intéressés, jusqu'au moment de faire la lumière sur ces poubelles. Leur combinaison l’ont amené au point de dire "je ne peux plus".
C'est tellement dur et grave qu’un autre doit venir. C'est une tragédie. La démission d'un pape est une tragédie. Ce n'est pas un voyage de vacances. C'est une tragédie. Ils lui tordent la main et il n’en pouvait plus. J'ai eu la chance d'être un collaborateur pour lui, et également pour Jean-Paul II. Étant avec lui, comme je l'étais avec Jean-Paul II, je peux vous le dire très clairement:c'est un saint. C'est un enfant, un enfant de 86 ans parce qu'il est ‘’gamin’’, timide, humble, jusqu'à ce que vous disiez, oh non assez, mais sage aussi, et quand vous voyez comment ils l'ont traité, humilié, écrasé.
Ce que je ressens est une profonde compassion. Je ne sais pas si vous avez vu la scène jeudi alors qu'il sortait de son appartement. Mon âme se recroquevilla en regardant comment était son visage, sa situation, en sortant de chez lui, son secrétaire pleurant, le conducteur agenouillé, pleurant. Pensez-vous que c'est "heureux" de se retirer ? Ils sont allés chercher cette renonciation jusqu'à ce qu'ils l'obtiennent. Ils lui ont tordu la main. Il l'a fait parce qu'il n'y avait pas d'autre option. Mais écoutez, il y a quelque chose de terrible qui se passe à l'intérieur de l'Église et à l'intérieur de la société contre l'Église, et nous devrions tous le savoir. Si nous pensons que nous sommes dans un monde angélique, et que toutes les choses se passent par hasard, ce n’est pas vrai. Ici, il y a un plan programmé délibérément contre l'Église. Cardinaux et évêques, naturellement, l'ont laissé seul. Je ne dis pas tous, mais beaucoup l’ont laissé seul après l’incident au cours duquel l’excommunication d’un Lefebvriste a été levée, alors que ce dernier niait l’Holocauste. Comment ils l'ont écrasé. Ce n'était pas sa faute. Ils ne l'ont pas informé. Comme il l'a dit plus tard dans une lettre publique aux évêques, "je suis seul dans cette affaire". C'est la première chose que nous devons conscientiser, bien sûr "eux", mais aussi ''nous''. Les prêtres? Avons-nous toujours priés pour le Saint-Père? Et les laïcs?
En 2011, quand ils l'ont publiquement écrasés, nous, les Franciscains de Marie et un groupe de laïcs, avons payé 6 000 euros pour publier une annonce dans le pays sur ABC (…) une annonce d'une demi-page. : "Saint Père nous sommes avec vous". Combien d'autres ont fait quelque chose? Lorsque les évêques ont voulu l'aider, il était déjà crucifié. Nous avons recueilli de nombreuses formes de soutien dans cette paroisse et dans le monde entier pour envoyer cela à la Nonciature. Combien ont fait quelque chose? Nous avons organisé des veillées de prière pour le pape une fois par mois. Combien l’ont fait pour le pape? La grande majorité a vu la crucifixion de cet homme et s'est tournée de l'autre côté. Personne ne l'a soutenu avec des prières ou lui a donné son soutien. Et c'est la première chose à faire: l'examen de conscience. Ai-je défendu le pape chez moi quand quelqu'un l'a insulté? Dans mon métier, avec mes amis? Ai-je prié pour lui? Est-ce que je connais le sens réel de la reconciation (une chute) - pour moi, pour la famille, pour l'Église, pour l'humanité? Alors, beaucoup de gens diront: "Oh, regardez, il était juste bon. Il n'était pas attaché à son office et il vient de démissionner." C'est comme cela que beaucoup considéreront cela comme un événement ordinaire. Le pape, mis en place par Dieu, ne peut pas être seul. Il doit être défendu avec le soutien de tous. Je le répète, nous devons tous examiner notre conscience, en nous demandant comment nous étions pendant que nous les regardions crucifier ce saint martyr.''
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