Le Cardinal Billot opposé au SC sur le drapeau national par Candidus 2018-07-22 09:27:30 |
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Le Cardinal Billot, grande figure posthume de la Tradition, illustre contre-révolutionnaire devant l'Eternel, était opposé à ce que l'on mît le Sacré-Coeur sur le drapeau français et, horresco referens, ne croyait pas en l'authenticité de cette révélation à Ste Marguerite-Marie. Voici la lettre du Cardinal telle qu'on pouvait la lire en première page du Figaro le 4 mai 1918 :
Rome, le 23 mars
Bien cher monsieur,
Vous me demandez mou avis sur les prétendues promesses d'après lesquelles la grandeur matérielle de la France serait la consécration de la réalisation littérale du désir exprimé à la bienheureuse Marguerite-Marie « que l'image du Sacré-Cœur soit officiellement gravée sur les armes, peinte sur les drapeaux, etc. »
Tout d'abord, une question préalable. Les révélations de la bienheureuse Marguerite-Marie concernant la France, ou plutôt le roi de France Louis XIV (car c'est lui que nous voyons constamment nommé dans les quatre lettres à la Mère de Saumaize et au P. Croiset qui sont les seuls documents sur lesquels on s'appuie), ces révélations, dis-je, viennent-elles véritablement de Dieu ? On serait fondé à en douter quand on met en regard, d'un côté, l'orgueil de Louis XIV, son insatiable ambition, ses guerres de conquête, son attitude si hautaine et si insolente vis-à-vis du Saint-Siège, son rôle dans l'éclosion de la grande erreur gallicane dont il fut le premier auteur et le principal inspirateur, etc., etc., et, de l'autre, des phrases comme celle-ci : « Fais savoir au fils aîné de mon sacré-cœur que mon cœur veut régner dans son palais, être peint sur ses étendards et gravé dans ses armes pour les rendre victorieuses de ses ennemis, en abattant ces têtes orgueilleuses et superbes, pour le rendre triomphant de tous les ennemis de la sainte Eglise. »
Ne croirait-on-pas qu'il s'agit d'un Charlemagne ou d'un saint Louis, et que les ennemis du grand roi étaient précisément ceux du royaume de Dieu ? Et n'y a-t-il pas quelque chose de bien étrange dans cette idée du Sacré-Cœur abattant les têtes orgueilleuses et superbes aux pieds d'un homme plus superbe et plus orgueilleux encore ?
Parmi les demandes que le message contenait, il en est une surtout, celle que vous marquez expressément, qui passe de bien loin tout ce qu'il semblerait permis de rêver. Car il faudrait un changement si radical dans l'assiette et les conditions générales de la société française que l'esprit en demeure interdit. Je sais que rien n'est impossible à Dieu, mais nous n'en sommes pas, en ce moment, a estimer ce que Dieu peut de sa puissance absolue. Nous devons considérer qu'il y a une certaine économie de la Providence actuelle dont Dieu, autant que nous pouvons en juger par l'histoire, entend ne pas sortir, et que le miracle requis pour un drapeau national, au vingtième siècle, portant dans ses plis l'image du Sacré-Cœur, autrement dit, le miracle d'un pays aussi profondément divisé que le nôtre, surtout sur la question religieuse, aussi pourri de libéralisme, aussi féru de l'idée révolutionnaire, venant à accepter, dans son ensemble, une pareille alliance de la politique et de la religion dans ce qu'elle a de plus intime et de plus délicat, non, encore une fois, ce miracle-là n'aurait d'analogue en rien dans ce qui s'est jamais vu depuis que le monde est monde, depuis qu'il se fait des miracles sous le soleil, depuis qu'il y a des hommes sujets au gouvernement divin sur la terre.
Je n'ai pas le temps de dire ici tout ce qui me vient à l'esprit. J'ajoute seulement que l'idée d'un drapeau national portant l'image du Sacré-Coeur ne me semble pas même une idée acceptable en soi, pour la bonne raison que le drapeau national n'est pas seulement un drapeau de paix, mais qu'il est aussi un drapeau de guerre. Et pourquoi les Allemands, par exemple, ne se croiraient-ils pas en droit de mettre sur leur drapeau ce que nous mettons sur le nôtre ? Et voilà ce cœur adorable où tous les hommes doivent s'unir dans l'étreinte d'une commune charité, conduisant les Français à l'égorgement des Allemands, et les Allemands à l'égorgement des Français ; est-ce convenable ?
Nous dirons encore un mot des promesses. J'ai crié gare à je ne sais quelle nouvelle forme de millénarisme sur la pente duquel nous mettent ces assurances de triomphe sur nos ennemis et sur ceux de la Sainte Eglise, ce pouvoir d'abattre à nos pieds ces têtes superbes et orgueilleuses des grands, ces abondantes bénédictions sur toutes nos entreprises, etc., etc. En vérité, ce n'est pas ce que semblent nous promettre les leçons du passé. Ce n'est pas ce que le Sacré-Cœur réservait à Louis XVI, à Garcia Moreno, aux héroïques Vendéens de La Rochejacquelin, de Charette, de Lescure, d'Elbée, de Cathelineau. Enfin, nous ne sommes plus des Juifs d'Ancien Testament.
Chimères ! chimères ! chimères qui ont le grand tort de donner le change sur une dévotion admirable, tout entière orientée vers l'acquisition et l'union des vertus surnaturelles et vitam venturi saeculi.
Voilà, bien chez monsieur, en abrégé, ce que je pense de la question que vous me posez. N'ayant pas le loisir de développer davantage ces quelques idées, je vous prie d'agréer l'hommage du respect avec lequel j'aime à me dire
Votre très humble et très dévoué serviteur,
Cardinal BILLOT
Évidemment, le Cardinal ne pouvait connaître la suite qu'aurait cette révélation lors des apparitions de Notre-Seigneur à Soeur Lucie en Espagne. Mais l'argumentation du Cardinal donne matière à réflexion et devrait nous inciter à la prudence dans nos jugements.
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