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La bienheureuse Victoire Rasoamanarivo par Paterculus 2018-04-15 00:27:59 Imprimer Imprimer

« l’ange visible de l’Eglise naissante à Madagascar »

La bienheureuse Victoire Rasoamanarivo (prononcez « rassouamanarive ») était membre de la famille royale Mérina, qui régnait à Antananarivo (ou Tananarive), au centre des hauts plateaux de Madagascar. Sa vie est intimement liée aux événements politiques de son pays, d’autant plus que les aléas de la politique déterminaient des périodes de persécutions contre l’Eglise catholique. A travers toutes sortes de vicissitudes, Victoire est demeurée fidèle à sa foi tout en constituant un modèle pour tous ceux qui l’entouraient.
Deux faits ont dominé la politique malgache au XIXème siècle. D’abord il y eut la volonté des Rois de l’Imérina de « n’avoir pas d’autre frontière à leur royaume que la mer », et donc de soumettre les royaumes côtiers. Ils y avaient presque réussi quand est intervenu l’autre facteur: l’antagonisme franco-anglais pour dominer la grande île. Après les guerres de la Révolution et de l’Empire, les Anglais s’étant emparés des Seychelles et de Maurice et n’avaient rendu à la France que La Réunion. Les deux pays allaient être concurrents pour Madagascar.
Des tentatives d’évangélisation avaient eu lieu très tôt, à partir de Fort-Dauphin, poste français au Sud-Est de l’île, notamment au temps de Saint Vincent de Paul. Mais elles n’avaient rien donné. En 1820, des missionnaires protestants anglais avaient atteint Tananarive et y avaient commencé leur apostolat. Mais le roi Radama Ier, qui les avait accueillis et leur avait demandé des techniciens instructeurs, mourut en 1828. La reine Ranavalona Ière lui succéda et eut un règne cruel qui fit quelque 200 000 morts. Le 21 juillet 1836, elle fait expulser les missionnaires protestants et en 1849 la persécution devient très lourde contre leurs disciples.
En 1855 arrive à Tananarive un commerçant français, Monsieur Lambert. Les Français ne pouvaient entrer dans le royaume Mérina, mais il avait obtenu cette faveur de la reine pour avoir ravitaillé l’armée royale dans un moment difficile. Il amenait un secrétaire avec lui, qui n’était autre qu’un jésuite déguisé, le Père Finaz. Celui-ci entra en rapport avec le prince Rakoto, qui eut bientôt une correspondance secrète avec le Pape Pie IX.
A la mort de Ranavalona Ière, en 1861, Rakoto lui succède sous le nom de Radama II. Les persécutions cessent contre les protestants, et les catholiques peuvent venir à Tananarive. Des prêtres s’installent, vite suivis par des religieuses. Née en 1848 et donc alors âgée de 13 ans, Victoire Rasoamanarivo est l’une des premières élèves inscrites chez celles-ci. Remarquée pour sa piété, elle est baptisée le Ier novembre 1862; elle avait entre-temps pris la relève du Père Weber, malade, pour catéchiser les esclaves. En 1864, elle fait sa première communion le 17 janvier et reçoit la confirmation le 11 septembre.
Mais Radama II avait été assassiné en 1863. La reine Rasoherina lui succède jusqu’en 1868. Un traité est signé avec les Anglais en 1865. Les protestants commencent à persécuter les catholiques. Des pressions sont exercées sur Victoire: on la place à l’école protestante, elle fait si bien que la maîtresse ne veut plus d’elle. On menace de la déshériter et de lui faire perdre ses droits au tombeau familial (ce qui est très grave pour les familles nobles de Madagascar); on la traite un temps comme les esclaves. Sa constance aura raison de toutes les épreuves.
Victoire a été mariée le 3 juin 1864 avec Radriaka, un païen, fils aîné de Rainilaiarivoni (premier ministre de 1864 à 1895: il est aussi l’oncle maternel de Victoire). Cet homme, obligé par ses fonctions de suivre la politique royale défavorable aux catholiques, manifestera toujours une grande affection pour sa nièce et la protégera à la cour. Mais Victoire connaîtra bien des déboires avec son mari, dont elle n’aura aucun enfant. L’inconduite de Radriaka étant notoire, la reine et son premier ministre ont proposé à Victoire de divorcer, ce qu’elle a toujours refusé, soignant son mari jusqu’à sa mort en 1888. Victoire passe chaque jour plusieurs heures en prière à l’église, se dévoue auprès des malades, se montre une parfaite chrétienne chez elle en prenant ses repas avec ses esclaves et à la cour en priant devant tout le monde.
Ranavalona II règne de 1868 à 1883. Elle devient protestante en 1869; les cultes païens sont abolis, le protestantisme devient religion d’Etat. La persécution contre les catholiques s’aggrave; les missionnaires sont expulsés en 1883, au début de la guerre contre les Français. On expulse même un prêtre irlandais. Les laïcs prennent en charge l’organisation de la communauté catholique. A Tananarive, ils sont assez nombreux. Lors de leur première réunion, ils débattent de la question suivante: faut-il immédiatement aller encourager les communautés plus réduites alentour, ou bien commencer par se renforcer sur place ? On consulte Victoire, qui aura un rôle dirigeant tout au long de la persécution. Ce n’est pas seulement à cause de son rang social, c’est surtout à cause de sa piété et de sa charité. Sa réponse est pleine de bon sens: commençons par mener une vie chrétienne solide, ensuite seulement notre témoignage auprès des autres communautés sera valable.
Ainsi fut fait, et la communauté catholique rayonna bientôt suffisamment pour soutenir effectivement les autres. De partout d’ailleurs on venait trouver Victoire, dés qu’une difficulté surgissait avec les protestants. Voulait-on chasser des catholiques d’une église, ou leur contester la possession du terrain de leur école ? On montait à Tananarive, et on allait avec Victoire à la cour. Le gouvernement ne voulait pas aller plus loin que l’expulsion des missionnaires catholiques. Aucune autre mesure vexatoire ne devait être prise contre les communautés. Le premier ministre y veillait.
Enfin en 1888 cessa la guerre contre les Français, les missionnaires catholiques purent revenir. On imagine la joie de Victoire, de pouvoir assister à nouveau à la messe. Elle mourra quelques années plus tard, en 1894, n’ayant rien changé à ses habitudes de piété et de charité, et entourée d’une vénération générale. Les protestants eux-mêmes lui rendirent alors hommage, et ce n’est pas le moindre mérite de Victoire d’avoir ainsi contribué au rapprochement entre les communautés catholique et protestante.

VdP

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