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la chose du peuple moins républicaine ?
par baudelairec2000 2018-02-08 00:15:49
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Bravo, le torrentiel, pour ce fourre-tout sentimentalo-politique !

Non, ce n'est pas la Respublica qui est ici en cause, car, voyez-vous, il y a belle lurette, qu'elle a disparu. C'est la démocratie, laquelle, pour mieux tromper son monde - et Dieu sait si elle s'y entend dans le mensonge et la désinformation - se drape dans des semblants d'unité et d'indivisibilité. Vous n'aurez jamais d'amis dans le cadre démocratique, il n'y aura que des coquins et des fripons.

Il faudrait, me semble-t-il, que vous commenciez par distinguer les notions de république et de démocratie. Un guide, pour cela, très sûr, Cicéron qui commence par le commencement: définir le terme de Respublica.

La respublica, idéal de la Rome antique, est, selon Cicéron, "la chose du peuple"; et "par peuple, continue Cicéron dans son De Republica, il faut entendre, non pas un assemblage d'hommes groupés en troupeau d'une manière quelconque, mais un groupe nombreux d'hommes associés les uns aux autres par leur adhésion à un même droit et par une certaine communauté d'intérêts." Ce consentement au droit, saint Augustin le rappelle dans la Cité de Dieu, est le ciment de la cité; sans droit, il ne peut y avoir de respublica, autrement dit la respublica ne peut être gouvernée sans justice (rendre à chacun ce qui lui est dû). Sans justice, il ne peut y avoir de droit, car la justice a justement comme objet le droit. Et Cicéron d'ajouter que la concorde fut la cause première de ce groupement: "D'une multitude errante et dispersée la concorde fit une cité."

"Un peuple quel qu'il soit, c'est-à-dire une multitude groupée dans les conditions que j'ai exposées, une cité qui n'est autre chose que la constitution du peuple - un peuple organisé - , un Etat [terme français qui traduit le mot latin respublica] qui est, comme je l'ai dit précédemment, la chose du peuple, doivent être, pour durer, dirigés par un gouvernement qui veille sur eux." L'occasion, pour moi, de rappeler qu'en politique la notion de pouvoir (potestas, regimen) importe plus que celle d'autorité, promue en son temps par Jean Ousset et par tous les perroquets qui composaient son entourage... L'auctoritas des Anciens avait un poids tout autre. Il suffit de se référer à la fameuse distinction des pouvoirs du pape Gélase.

Et, à partir de ces fondements que sont l'adhésion de tous à un même droit, leur communauté d'intérêt et la nécessité qui les pousse à se soumettre à un pouvoir commun, Cicéron définit les trois formes possibles de Respublica: la royauté, régime où les affaires publiques sont aux mains d'un seul homme, l'aristocratie (le régime des meilleurs), celui dans lequel la cité est gouvernée par une élite, et le gouvernement populaire (civitas popularis), régime dans lequel le pouvoir appartient au peuple. On remarquera que Cicéron se garde bien d'employer le terme de démocratie, terme péjoratif pour la plupart des philosophes grecs, un régime injuste selon Platon et Aristote.
Pourquoi un tel mépris des Anciens pour la démocratie? Tout simplement par ce qu'elle voit régner, non pas la liberté du peuple, mais la licence de la populace. Si elle tombe entre les mains d'un peuple guidé par le seul désir de revanche sur les riches, la respublica risque quotidiennement l'émeute populaire; elle est prise en otage par des individus dont les seules motivations consistent dans la satisfaction de leurs désirs les plus vils. C'est que la démocratie n'a pas le sens du bien commun, c'est le règne de la division.

Et pour retrouver le sens du bien commun, il faut souhaiter nécessairement la disparition du pire des régimes, surtout depuis son inscription dans l'ère moderne par Rousseau. Un tel régime, je ne cesse de le répéter, permet l'épanouissement de cet être totalitaire qu'est l'homme régénéré par le Contrat social du même Rousseau: "un tout parfait et solitaire" qui n'a pas besoin de vivre en société, un être pour qui la société est par nature une contrainte et qui voit dans chacun de ses semblables un ennemi, homo homini lupus, selon la formule de Hobbes. Comment l'homme, ennemi de l'homme, pourrait-il devenir l'ami d'un autre? Comprenez donc que dans la démocratie il ne peut y avoir d'amitié; dans la démocratie, des hommes liés par un semblant d'amitié ne sont que des complices. Tandis que la Respublica suppose l'existence d'un bien commun, lequel n'est autre que la paix, cette "tranquillité de l'ordre" chère à Augustin. Paix, concorde et justice constitue le contexte dans lequel l'amitié, vertu politique, tant vantée par Aristote et qui fit l'objet d'un traité de Cicéron, peut s'épanouir.

Vous voulez l'amitié jusque dans les plus hautes sphères du pouvoir, il vous faudra haïr le pire fléau des deux cents cinquante dernières années, la démocratie, régime bienveillant, on le sait, autant pour ses détracteurs que pour ceux qui ne manifestent pas assez leur adhésion ou leur enthousiasme pour l'idéologie du progrès et de la liberté... La démocratie s'est installée dans le sang, son moteur est toujours la violence car elle a besoin, pour survivre - c'est dans ses gènes - de diviser toujours davantage.

     

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