Un mot sur les aumôniers militaires en 14-18... par Père M. Mallet 2017-11-11 21:22:51 |
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J'ai dit un mot sur eux à l'occasion de la Messe d'aujourd'hui,
pour souligner leur courage (car quand le régiment montait à l'assaut, ils montaient avec les autres, mais sans armes, souvent en tant que brancardiers...) et leur utilité, y compris du point de vue naturel, de telle sorte que les colonels les appréciaient particulièrement, car ils "mettaient de l'huile dans les rouages".
Et cela moins de 10 ans après la loi de 1905 : il y a même eu le célèbre "télégramme Malvy" qui suspendait l'application de certaines dispositions de cette loi, qui devaient s'appliquer dans un délai de 10 ans.
Une anecdote me revient en mémoire : le Bx Père Brottier (C.S.Sp) était aumônier d'un régiment. A l'époque, les officiers avaient le prurit d'attaquer. Il faut dire que les écoles militaires avaient seriné depuis des décennies l'idée de l'attaque à outrance, parfaitement inadaptée dans ce contexte de guerre défensive, et très grande consommatrice de vies humaines. Et puis un certain nombre d'officiers avaient peut-être aussi le désir d'avoir leur nom cité à l'ordre de l'armée.
Des attaques furent donc décidées de manière absurde.
Et le Père Brottier vit ainsi arriver un jour des soldats complètement découragés : il y a l'ordre d'attaquer demain pour s'emparer d'une petite colline sans intérêt ("excellent point d'observation"), très bien défendue, on va tout y laisser notre vie, et on n'avancera pas d'un mètre.
Le Père va plaider avec insistance auprès des autorités.
Le lendemain, le colonel réunit le régiment et fait une déclaration solennelle :
l'ordre d'attaquer et maintenu, et en conséquence il devra être exécuté dès que les circonstances le permettront.
Cette dernière formule signifiait que l'attaque était renvoyée à des temps meilleurs, moyen pudique pour sauver la face.
Il a ainsi sauvé la vie de tout un régiment.
Après quelques semaines de repos en Suisse et une tentative de reconversion en moine trappiste à Lérins, que sa santé force à écourter, Daniel Brottier est nommé vicaire général, résidant en France, auprès de Mgr Jalabert, évêque de Dakar. Il a pour mission de lever les fonds nécessaires à la construction d'une cathédrale à Dakar, cathédrale dite du Souvenir-Africain, en mémoire des aventuriers et des militaires qui ont œuvré en Afrique.
Lorsque la guerre éclate, et bien qu'il soit exempté, Daniel Brottier se porte volontaire comme aumônier militaire. Il est rattaché au 26e division d'infanterie (France) le 26 août 1914 et œuvrera en Lorraine, dans la Somme, à Verdun et dans les Flandres.
Il passe l'intégralité de la guerre en première ligne sans pourtant jamais être blessé, un « miracle » qu'il attribue à sainte Thérèse de Lisieux. Cité cinq fois à l'ordre de l'Armée, dont la dernière le 29 juin 1918, il aura l'occasion de proposer à Clemenceau de fonder l'Union nationale des Combattants (« Unis comme au front ») après la guerre. Il est promu officier de la Légion d'honneur et a reçu la Croix de guerre.
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