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Walter, Martin et François
par Abbé Néri 2017-10-09 21:51:46
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Dans une conférence qu'il a prononcée il y a un peu plus d'un an le cardinal Walter Kasper, signale une convergence entre le programme du Pape François et ce qu'il appelle l'exigence originaire fondamentale de Martin Luther :

« En se référant à Oscar Cullman, le pape François reprend le concept de la diversité réconciliée. Dans l’exhortation apostolique Evangelii gaudium, son « essai programmatique », il part de l’Évangile et invite à une conversion pas uniquement de chaque chrétien, mais également de l’épiscopat et du primat. Ainsi, sous-entend-on, au centre est placée l’exigence originaire fondamentale de Luther, à savoir l’Évangile de la grâce et de la miséricorde, ainsi que l’appel à la conversion et au renouveau. » (1)

Au cours du même discours le cardinal Kasper insiste sur cet aspect de la pensée de Luther qu'il considère comme sa contribution la plus importante pour le développement de l’œcuménisme :

« La contribution la plus importante de Martin Luther pour développer l’œcuménisme ne réside pas dans les approches ecclésiologiques demeurées ouvertes en lui, mais dans son orientation originelle vers l’Évangile de la grâce et de la miséricorde de Dieu et dans l’appel à la conversion. » (2)

Et dans un parallèle saisissante il compare l'orientation de Luther ver l'évangile de la grâce (dans laquelle il a trouvé la réponse à son angoisse personnelle) à celle que aujourd'hui est proposée pour répondre aux signes des temps :

« Le message de la miséricorde de Dieu était la réponse à son problème personnel et à son besoin, de même qu’aux interrogations de son temps ; celui-ci est aussi aujourd’hui la réponse aux signes des temps et aux questions pressantes de nombreuses personnes. » (3)

Cette affinité entre la pensée de Luther et celle du Pape François n'as pas échappée aux rédacteurs de la correction filiale publiée récemment :

« En second lieu, nous nous sentons obligés en conscience de mettre en évidence la sympathie sans précédent de Votre Sainteté à l’égard de Martin Luther, et l’affinité entre les idées de Luther sur la loi, la justification et le mariage, et ce qu'enseigne ou favorise Votre Sainteté dans Amoris laetitia et ailleurs. » (4)

Il n'est pas question ici, de procéder à l'analyse détallé de ces affinités, mais seulement de signaler la gravité du fait d'afficher publiquement une telle sympathie.

L’Église s'est prononcée solennellement sur la doctrine et la personne de Luther en reprouvant les hérésies et par la condamnation de l’hérésiarque. Compte tenue du climat délétère - que l'oubli de ses salutaires interventions – provoque il est hautement profitable de lire et méditer ces paroles que Bossuet a écrit dans la préface de son Histoire des variations des Églises protestantes :

« Pour ce qui regarde le Catholique, il ne cessera partout de louer Dieu de la continuelle protection qu’il donne à son Église, pour en maintenir la simplicité et la droiture inflexible, au milieu des subtilités dont on embrouille les vérités de l’Évangile.

La perversité des hérétiques sera un grand spectacle aux humbles de cœur.

Ils apprendront à mépriser, avec la science qui enfle, l’éloquence qui éblouit ; et les talents que le monde admire leur paraîtront peu de chose, lorsqu’ils verront tant de vaines curiosités et tant de travers dans les savants ; tant de déguisements et tant d’artifices dans la politesse du style ; tant de vanité, tant d’ostentation, et des illusions si dangereuses parmi ceux qu’on appelle beaux esprits ; et enfin tant d’arrogance, tant d’emportement, et ensuite des égarements si fréquents et si manifestes dans les hommes qui paraissent grands, parce qu’ils entraînent les autres.

On déplorera les misères de l’esprit humain, et on reconnaîtra que le seul remède à de si grands maux est de savoir se détacher de son propre sens ; car c’est ce qui fait la différence du catholique et de l’hérétique.

Le propre de l’hérétique, c’est-à-dire de celui qui a une opinion particulière, est de s’attacher à ses propres pensées ; et le propre du catholique, c’est-à-dire de l’universel, est de préférer à ses sentiments le sentiment commun de toute l’Église : c’est la grâce qu’on demandera pour les errants.

Cependant on sera saisi d’une sainte et humble frayeur, en considérant les tentations si dangereuses et si délicates que Dieu envoie quelquefois à son Église, et les jugements qu’il exerce sur elle ; et on ne cessera de faire des vœux pour lui obtenir des pasteurs également éclairés et exemplaires, puisque c’est faute d’en avoir eu beaucoup de semblables que le troupeau racheté d’un si grand prix a été si indignement ravagé. » (5)


(1) 26 mai 2016, texte du cardinal Walter Kasper, président émérite du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens. La Croix , le 08/06/2016
(2) idem
(3) idem
(4) Correctio filialis - présupposés 2
(5) Bossuet - Histoire des variations des Églises protestantes - Préface, fin, p. 19-20

     

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 Walter, Martin et François par Abbé Néri  (2017-10-09 21:51:46)


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