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Canonisations de saints qui étaient dans l'état de schisme par Chicoutimi 2017-08-20 10:49:50 Imprimer Imprimer

Dans son article ''À propos des saints canonisés dans les Églises orthodoxes'', paru dans la Revue des Sciences Religieuses en 1948, le Père Yves Congar se pose ''la question de savoir comment pourrait être réglée, dans le cas d'une réunion des Églises orthodoxes à Rome, la question du culte rendu, dans ces Églises, aux saints morts ou canonisés depuis le schisme.''

Voici une transcription des passages importants de son article qui met en évidence le fait que des saints ont été reconnus par l'Église catholique malgré qu'ils aient été en état de schisme. Pour lire le texte en entier, il suffit de cliquer sur le lien ci bas.

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''L'Église catholique, et plus expressément l'Église romaine, a canonisé ou reconnaît comme saints des hommes qui ont été à un moment ou même sont demeurés en pleine advertance, et finalement sont morts, hors de sa communion. Voici, croyons-nous, les principaux cas dont l'histoire nous transmet le témoignage :

a) L'Église romaine a elle-même canonisé des hommes qui, de bonne foi, se sont trouvés, à un moment au moins de leur vie, dans l'état de schisme matériel. Ainsi un S. Vincent Ferrier et une Ste Colette de Corbie, adhérant à Benoît XIII (Pierre de la Lune) contre le vrai pape; pour ne pas nommer le Bx Pierre de Luxembourg, béatifié seulement (en 1527). S. Hippolyte, de son côté, avait renoncé au schisme avant de mourir martyr au cours de la persécution de Maximin.

b) L'Église romaine a tacitement permis, ou au moins toléré le culte de saints personnages morts hors de sa communion. (...) S. Paschase, diacre et confesseur (fin Ve siècle, début VIe), inscrit au martyrologe romain à la date du 31 mai, et qui a soutenu le parti de l'antipape Laurent contre Symmaque ; et le cas des évêques de Côme. Le siège de Côme fut, pendant un siècle environ (fin du VIe à fin du VIIe) entraîné dans le schisme dit d'Aquilée, suite de l'affaire des Trois Chapitres. Or, une dizaine d'évêques de Côme durant cette période sont considérés comme saints, qui ont vécu et sont morts dans le schisme : en particulier S. Agrippin (fête le 17 juin), dont l'inscription sépulcrale atteste que, établi par le patriarche schismatique d'Aquilée, il a vécu et est mort dans le schisme, S. Jean III (fête le 20 oct.) et S. Octavien (fête le 23 oct.). Le culte rendu à ces évêques dans leur Église n'a jamais été interdit par le Siège de Rome et a fait bien plutôt, de sa part, l'objet d'un aveu au moins tacite.

c) L'Église romaine, et avec elle les Églises d'Occident, ont fini par reconnaître comme saints des personnages qui, pendant une partie notable de leur vie, étaient restés, pour des raisons d'ordre doctrinal et en pleine advertance, hors de sa communion. Ainsi : Mélèce d'Antioche (Martyrol. romain, 12 février) ; SS. Flavien d'Antioche et Élie de Jérusalem (Martyrol. romain, 4 juillet), dont Lenain de Tillemont dit : « Comme Élie et Flavien étaient toujours demeurés dans la communion d'Acace en demeurant dans celle des évêques de Constantinople, le Pape Hormisdas travailla beaucoup à les faire ôter des diptyques de leurs Eglises. Mais leurs peuples aimèrent mieux souffrir toutes sortes d'extrémités que de faire cette injure à la mémoire de ceux qui avaient fait leur gloire durant leur vie. De sorte que l'Église romaine fut obligée de faire elle-même quelque violence à ses maximes : et elle semble les avoir enfin abandonnées, en honorant comme ses protecteurs dans le ciel ceux qu'elle n'a point voulu admettre sur la terre à sa communion ». (...)

Il semble pourtant qu'on ait gardé un certain nombre de saints orthodoxes puisque nous voyons le synode ruthène de Zamosc, en 1720, après avoir invité les Ordinaires à veiller à l'authenticité des reliques saintes, interdire dorénavant le culte de Grégoire Palamas. (...) les Ruthènes unis ont toujours conservé le culte des saints de la première période kiévienne quoique leur canonisation ait eu lieu après 1054 et que Vladimir, par exemple, n'ait été proclamé saint qu'au XIIIe siècle, à Novgorod. Rome n'a non plus jamais renié ces saints et n'en a pas davantage recommencé ou validé la canonisation. Le décret d'Urbain VIII les a compris implicitement dans ces saints vénérés avant 1534, dont il homologuait le culte. Tant de bons catholiques qui portent le nom de Vladimir ont pour patron un saint russe d'avant la rupture, mais canonisé après elle dans l'Église orthodoxe. (...)

L'Église catholique a donc introduit, dans une édition officielle de sa liturgie de rite byzantino-slave, des saints qui sont morts et ont été canonisés après la séparation. Elle s'est montrée en cela plus généreuse et plus « catholique » que l'Église orthodoxe. (...)

Tous les auteurs catholiques reconnaissent que la sainteté existe dans les Églises orthodoxes. Pas seulement la sainteté subjective, individuelle, mais une sainteté attachée à l'institution ecclésiale elle-même et telle qu'elle puisse présenter une certaine valeur de « note ». Les Églises orthodoxes ont, en effet, dans une plus ou moins grande perfection, les moyens objectifs et proprement ecclésiaux de sainteté, en particulier les sacrements. La phrase de Pie XI sur les fragments du roc aurifère a été citée partout, tant la Catholicité y a reconnu une expression de son sentiment : « On ne sait pas assez tout ce qu'il y a de précieux, de bon, de chrétien dans les restes de l'antique vérité catholique. Les morceaux détachés d'une roche aurifère contiennent eux aussi de l'or. Les anciennes Chrétientés de l'Orient conservent une si véritable sainteté qu'elles méritent non seulement le respect, mais aussi toute notre sympathie. » (...)

On parle du schisme grec, et il est bien certain que les Églises orientales orthodoxes sont actuellement en état de schisme à l'égard de l'Église catholique romaine. Mais on ne sait pas au juste quand le schisme s'est effectivement consommé. En 1054 ? Mais pendant longtemps encore — il faudra, un jour, recueillir les témoignages multiples de cette histoire — il y a eu, entre l'Orient et l'Occident, des faits de communion ; pendant longtemps, des textes s'expriment comme si, sous la brouille de Constantinople et de Rome, il n'y avait cependant qu'une Église, une Église unique partagée entre deux peuples désunis

Serait-ce lors du rejet de l'union de Florence par les Grecs et par Moscou ? Telle serait sans doute, en effet, s'il fallait donner une date, l'indication la plus satisfaisante, la plus conforme à la réalité. Au fond, le schisme est à la fois antérieur à Photius et postérieur à Cérulaire. La rupture existait déjà, latente, avant le ixe siècle, et cependant l'excommunication de Cérulaire en 1054 n'a pas détruit toute réalité de communion. C'est un dossier considérable, et qu'il faudra quelque jour poursuivre systématiquement, puis publier, que celui des actes de communion qui se sont continués jusqu'au xixe siècle et dont il n'est pas sûr que toute trace soit effacée.

Là-dessus, c'est la notion même du schisme qui est mise en question. L'un des collaborateurs de la magnifique édition des documents du concile de Florence, le P. G. Hoffmann, a publié une petite note très précieuse concernant le vocabulaire dont se servit le concile [de Florence]. Selon ce vocabulaire, il y a deux Églises, la grecque et la latine, entre lesquelles il s'agit de procurer l'unio, de restaurer l'unitas. Mais, entre ces deux Églises, sous la rupture de la communion, existe une profonde communauté de substance. Les catholiques ne semblent avoir nullement dans l'esprit l'idée qu'il y aurait, d'un côté, l'Église, et de l'autre des dissidents formant un groupe qui ne serait pas l'Église lui aussi. C'est l'Église qui est partagée en deux, et ce sont ses deux parties qu'il s'agit de réunir. Dans la formule solennelle d'accord sur la question du Saint-Esprit, il est dit : «... Nos Latini et Graeci consentimus et concordamus. . . » (...)

Cette question, elle est finalement de savoir ce que c'est au juste que le schisme, ce qu'il enlève à une Église, ce qu'est la communion ecclésiastique. Plus précisément encore, elle est de savoir ce que sont au juste les Églises orthodoxes au regard de l'Église universelle. La question des canonisations faites après la rupture va jusqu'à poser ce problème. Mais, quant à cette question pratique elle-même, d'où nous sommes partis, il semble permis de penser que ce n'est pas elle qui rendrait vraiment impossible, ni même réellement difficile, la réunion.''

Pour aller plus loin concernant la reconnaissance des saints orthodoxes :

''Le P. Perrone apporte des cas de ce genre en objection contre la thèse, classique à coup sûr, que « Haeretici et schismatici declarati extra Christi Ecclesiam sunt ». Il répond, comme les apologistes le font souvent, sans examiner la question, d'une manière abstraite et aprioristique, en déboutant la difficulté par un argument quelconque. Mais, pour a priori qu'elle soit, l'affirmation qu'il apporte en faveur de Mélèce et de Paulin (lequel ne figure pas au Martyrologe romain) mérite d'être retenue comme opinion d'un théologien justement réputé : c'étaient, dit-il, de saints personnages, et ils étaient en communion avec l'Église universelle, au moins médiatement. Que veut-il dire au juste par ce « médiatement » ? Qu'ils étaient de bonne foi, schismatiques purement matériels si l'on veut, dans la disposition loyale de reconnaître la vraie communion où qu'elle soit, et ainsi en communion d'intention avec l'Église universelle ? Dans ce cas, nous tiendrions une manière d'envisager les choses qui, pour délicate à manier qu'elle soit, n'en serait pas moins très précieuse : car on pourrait, avec les précisions nécessaires, l'appliquer au cas des dissidents qui, ayant toujours adhéré de bonne foi à leur Église comme à la vraie Église, se seraient sanctifiés en elle (et, au moins à titre immédiat et direct, par elle). Au surplus tous les théologiens, même les plus rigoureux à l'endroit des Églises orientales séparées, reconnaissent dans celles-ci la présence de moyens de sainteté abondants. (...)

Il n'y a peut-être pas lieu d'attendre de l'Église catholique qu'elle fasse une déclaration expresse, et surtout générale, sur un sujet de ce genre : pas plus qu'elle n'en a fait sur la validité des actes juridictionnels du clergé oriental séparé, validité que, pourtant, en pratique, elle reconnaît. Pas plus qu'il n'existe de délégation explicite et positive donnant aux prêtres des Églises orientales séparées le droit de conférer le sacrement de confirmation, délégation que suppose, d'après certains auteurs du moins, la validité universellement reconnue de ce sacrement; si une telle délégation existe, elle reste purement tacite. Au fond, il s'agit aussi dans notre cas de la validité d'actes juridictionnels et du pouvoir des évêques. Dans une telle matière, un aveu tacite ou une non-protestation ont la valeur d'une affirmation, ou presque. C'est une idée intéressante et très juste de Vacant que le Magistère ordinaire enseigne aussi tacitement.''

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