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Elections 2107: la France décomposée
par baudelairec2000 2017-05-10 23:13:18
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L’Elysée côté alcôve

Cela devient lassant, les présidents de la République ont tendance à se ressembler : mai 2007, Sarko vient d’être élu ; il entre avec Cécilia à l’Elysée pour en ressortir avec une autre, Carla Bruni, la chanteuse anorexique et sans voix. Son septennat le laissera d’ailleurs sans voix; ses électeurs, déçus par son comportement, son côté bling-bling et ses relations avec Bolloré et d’autres, choisiront Hollande cinq ans plus tard. Hollande, tout le monde le sait, avait pour compagne ou concubine la délicieuse Ségolène Royal, issue d’une très bonne famille. Quatre enfants auront la chance de naître au sein de ce foyer idéal. Ce n’est pourtant pas avec Ségolène qu’il entrera à l’Elysée, mais avec Valérie Trieweiler, journaliste à Paris Match ; elle ne sera pas la première dame de France mais tout simplement la « first girlfriend ». Paris Match ne suffisait pas à la gloire de Flamby, deux concubines, c’était trop peu pour un tempérament aussi bouillant, il lui fallait aussi les titres de la presse people : une nuit, il est surpris sur son scooter par un photographe de Closer alors qu’il s’en va rejoindre chez elle la starlette Julie Gayet, de 18 ans sa cadette.

2017 enfin. Les Français accordent leur préférence au jeune Emmanuel Macron, encore un inconnu il y a deux ans. Ce diplômé de l’ENA a été inspecteur des Finances, banquier chez Rothschild, attaché au cabinet du président Hollande, puis ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique en 2014. Il démissionne pour fonder son mouvement En marche ! A-t-il trahi Hollande ? En tout cas, celui-ci ne semble pas lui en vouloir, puisqu’il lui apporte son soutien entre les deux tours. Côté vie privée : Emmanuel semble avoir une vie bien rangée, il a en effet épousé en 2007 une certaine Brigitte Trogneux, de 24 ans son aînée. D’une présidence à l’autre, vous le voyez, les goûts changent… Brigitte est grand-mère sept fois. Ils se rencontrés pour la première fois alors qu’il était en classe de seconde et âgé de 15 ans. Il tombe amoureux de son professeur Brigitte l’année suivante ; vous trouvez ça scabreux, vous avez bien raison. Paris Match adore et les colle plusieurs fois à la Une. Voilà où nous en sommes arrivés. La politique à la plage et en maillot de bain. Une devinette : quel est le point commun entre notre nouveau président, la première ministre britannique et la chancelière Merkel qui porte pourtant le prénom si doux d’Angela ? Ils n’ont pas d’enfant ; sûrement une illustration du déclin de l’Occident.


Retour à l’Elysée, côté politique


E. Macron était arrivé en tête au niveau national au premier tour, mais il avait été devancé par la candidate du Front National dans plusieurs régions (Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val de Loire, Corse, Grand Est, Hauts-de-France, Normandie, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Occitanie). De plus M. Le Pen était arrivée en tête à l’issue du premier tour dans 48 départements contre 42 pour E. Macron ; elle virait en tête dans 19 000 communes (mais pas dans les grandes villes) ; au second tour, changement de décor, E. Macron surclasse son adversaire dans plus de 26 000 communes, alors qu'il ne dominait que dans 7 222 au premier tour. Une précision : au 1er janvier 2017, le nombre de communes en France était de 35 416. Une certitude : celui qui a épousé sa mère a battu celle qui a tué son père, sur le plan politique s’entend.




Un pays profondément divisé

L’occasion de rappeler ici la fracture qui existe entre d’une part la France de l’Ouest (plutôt la façade atlantique) et des grandes villes, et une France de l’Est, des campagnes et des petites villes. Si E. Macron obtient 66, 1% des suffrages exprimés (en réalité un peu plus de 43% des électeurs inscrits, en raison du taux d’abstention et de l’importance des votes nuls et blancs)), jamais les disparités géographiques n’ont été aussi fortes. La Bretagne, les Pays de Loire et l’Ile de France (fortement urbanisée) se distinguent pour leur vote en faveur de M. Macron avec respectivement 75%, 72% et 78%. Pauvre Bretagne !

La parole aux experts du Monde, si vous me le permettez :
« Emmanuel Macron renforce son assise dans les Pyrénées-Atlantiques, fief de François Bayrou, qui avait annoncé son ralliement au mouvement En marche ! à la fin du mois de février. Il réussit aussi à se faire élire avec des scores supérieurs à 70 % dans plusieurs départements de l’ouest du Massif central : en Corrèze, fief de François Hollande, ou dans le Puy-de-Dôme, autre terre socialiste.
Au-delà de ces terres traditionnellement de « gauche », Emmanuel Macron confirme ses bons scores du premier tour dans les zones urbaines. Parmi les dix villes qui comptent le plus d’inscrits sur les listes électorales, il dépasse 80 % dans six d’entre elles. D’ailleurs, sur les 174 communes de plus de 25 000 inscrits sur les listes, il arrive en seconde position dans seulement six, et parmi celles-ci, seulement une seule où il est en dessous de 49 %, à Calais, où il fait 42,58 %.

De même, dans la petite couronne d’Ile-de-France (Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis et Val-de-Marne), Emmanuel Macron dépasse les 60 % dans toutes les communes, à l’exception de Coubron, en Seine-Saint-Denis, où il obtient 58,4 % des suffrages. Cette commune, l’une des plus petites du département, fait partie d’une circonscription que le FN espère conquérir lors des législatives. Du reste, seule la Seine-et-Marne donne à M. Macron un score inférieur à 70 % en Ile-de-France. A Paris, il obtient ses meilleurs scores, en frôlant les 90 % des suffrages exprimés. »

J’ajoute que dans la capitale, les 9e, 10e et 11e arrondissements lui accordent triomphalement plus de 92 %, tandis que les beaux quartiers (7e, 8e , 16e et 17e ) se contentent de 88 ou 89%, quelle bande de radins !

Un vote différent dans les villes et les banlieues

Retour au Monde :
« De nouvelles lignes de fractures se dessinent lorsqu’on compare les résultats des principaux candidats dans les centres-villes et les périphéries des dix plus grandes villes françaises. En comparant les scores réalisés dans les dix grandes villes françaises à ceux des communes qui leur sont rattachées, le vote frontiste augmente systématiquement à mesure que l’on s’éloigne des centres-villes. »
Exemple avec la Seine-Saint-Denis (petite couronne) : 32,5% d’abstention, dont 39% à Bobigny ou à Stains, plus de 42% à Clichy-sous-Bois - dans les secteurs où l’immigration est importante, l’abstention a tendance à augmenter - et 21,19% pour M. Le Pen, c’est quand même mieux qu’à Paris ! Le Val d’Oise (la Grande Couronne) lui accorde 27,5% dont 54% à Saint-Clair-sur-Epte (un célèbre traité, fondateur de la Normandie) à l’extrémité nord-ouest du Vexin ; 27,8% dans l’Essonne et 36% en Seine-et-Marne. Il faut noter dans ce dernier département la forte disparité entre l’Ouest du département fortement urbanisé et l’Est et le Sud (début du Gâtinais), des zones rurales. Si M. Le Pen ne fait que 29% à Pontault-Combault ou Chelles (la grande banlieue), plus on s’avance vers l’Est ou le Sud, plus elle atteint les 40% ; elle dépasse les 50% dans la circonscription de Christian Jacob, le député-maire de Provins.



Marine Le Pen, candidate du vote rural et des délaissés

« A l’opposé de la stratégie choisie par les principales forces de la gauche et du centre, Marine Le Pen a concentré son attention sur les plus petites communes, celles de moins de 5 000 habitants, qui rassemblent 38 % de la population. »

Les scores de M. Le Pen sont plus élevés en Normandie, du Nord vers l’Est, dans les régions méditerranéennes (Provence-Côte d’Azur, Languedoc), le long de la vallée de la Garonne (Gironde, Lot et Garonne, Tarn et Garonne). D’un tour à l’autre, elle a laissé néanmoins son adversaire la dépasser dans la région Centre, en Bourgogne, en Midi-Pyrénées et dans la Grande Aquitaine. La faute au débat de l’entre-deux-tours ? Sans doute, mais aussi un discours très mal perçu sur l’économie et l’euro avec les contorsions de la dernière ligne droite dont le retour à l’écu… Quoiqu’il en soit, nous avons la confirmation - c’est rassurant, dans un certain sens – que le vote en faveur de M. Macron n’a pas été un vote d’adhésion - le jeune candidat est loin d’avoir suscité l’enthousiasme de la part des électeurs des candidats malheureux du premier tour - mais plutôt un vote de rejet, c’est ce qui devrait inquiéter M. Le Pen et son entourage ! Le retrait de la vie politique de Marion Maréchal Le Pen pourrait d’ailleurs s’expliquer en grande partie comme une réaction à la stratégie contestable de Marine, perçue comme trop favorable à la ligne sociale de F. Philippot. Pour mémoire, M. Le Pen a obtenu au second tour 54% des voix dans la circonscription de sa nièce, c’est dire si la défection de cette dernière est un coup dur pour le Front dans le Vaucluse, un département qu’il a failli emporter lors des dernières élections départementales, mais une bonne nouvelle pour les Bompard, solidement implantés d’Orange, à Bollène et à Piolenc. Coup dur également pour le FN en PACA, alors qu’il pouvait profiter du retrait de C. Estrosi. Il va y avoir, semble-t-il, des explications dans les instances nationales du parti.

Au second tour, en effet, M. Le Pen se voit distancer dans toutes les régions. Toutefois, au second tour, M. Le Pen dépasse les 50% dans 45 circonscriptions (législatives) sur 577 et l’emporte dans deux départements (Aisne et Pas de Calais) et obtient des résultats surprenants en Corse ; les Ardennes la Haute-Marne et le Var accordent la victoire à Macron sur un fil. Plus d’une centaine de circonscriptions seraient ainsi favorables à Marine Le Pen et aux autres candidats du Front. Wait and see…


Le Rat des villes et le Rat des champs : les analyses pertinentes de Christophe Guilly

C. Guilly est l’auteur de plusieurs ouvrages (La France périphérique, Les fractures françaises et L’Atlas des nouvelles fractures sociales).

Bon résumé des thèses défendues par ce géographe de talent sur le site Slate.fr :



« La spécialisation des territoires et la relégation de la «France périphérique»

La création de richesse se concentre de plus en plus dans le réseau des métropoles les plus dynamiques. Cette spécialisation du territoire a chassé les classes populaires, ouvriers et employés, catégories encore majoritaires dans la population active, hors de celles-ci.
Pour l’auteur, ce vaste ensemble sociologique relégué regroupe un peu plus de 34.000 communes (sur environ 36.000), soit 60% de la population française, proportion dont les trois quarts appartiennent eux-mêmes aux catégories populaires. C’est cette «France périphérique» qui donne son titre à l’ouvrage.

Le séparatisme entre classes populaires en fonction de leur origine

Il subsiste pourtant des couches populaires dans les métropoles, ou plutôt à leur marge: les populations d'immigration récente vivant dans les quartiers de banlieues où sont concentrés les logements sociaux –un habitant des zones urbaines sensibles (ZUS) sur 2 est étranger en France, 64% en Ile-de-France. Ce qui fait écrire à Guilluy que dans les métropoles, «partout le clivage social recoupe un clivage ethnique». La coexistence sur les mêmes territoires de cette population pauvre avec une classe urbaine de cadres aisés allant de pair avec un évitement, qui passe en particulier par le contournement de la carte scolaire, selon le géographe.
La France périphérique a donc quitté les centres les plus attractifs en matière d’emploi, d’abord pour suivre le mouvement de délocalisation de l’industrie à l’écart des villes, à cause du prix du logement, mais également pour contourner les quartiers populaires rattachés aux grandes métropoles parce qu’elles ont diagnostiqué «l’échec de la cohabitation avec les populations immigrées.» Les territoires de la France périphérique sont ceux où «la contestation de l’Etat-providence est la plus forte et où le sentiment d’abandon “par rapport aux banlieues” le plus aigu».
L’auteur, plutôt que d’opposer les villes à leur banlieue, plutôt que de disserter sur le périurbain (les banlieues-dortoirs) regroupe dans sa France périphérique les villes petites et moyennes, les territoires ruraux et le «périurbain subi», selon l’expression du géographe Laurent Chalard.


De l’importance de l’immigration

« Dans l’affrontement entre les partisans de l’hypothèse du conflit ou de la menace —le contact avec l’immigration intensifie les conflits dus à la compétition pour l’accès aux ressources rares– et ceux du contact ­—qui soutiennent que l’intensification des relations entre les communautés diminue les stéréotypes négatifs associés aux étrangers–, Guilluy se range plutôt dans le camp des premiers: «le vote FN est […] en corrélation avec la question de l’immigration», écrit-il, estimant par exemple que la «stratégie résidentielle d’évitement des quartiers sensibles [...] a permis de faire baisser les tensions en réduisant les territoires de contact». Des «stratégies de séparation qui, si elles ruinent le projet irénique des élites, n’annoncent pas mécaniquement la guerre.»

Or, «aveuglées par leur mission civilisatrice», écrit Guilluy, les classes dominantes «restent persuadées que l’ignorance est la cause du dérapage culturel des catégories populaires». Outre le chômage et la précarité, il estime que «les ressorts non dits» du vote FN, dans les petites villes du Sud-Est, sont liés à la question migratoire, ces communes étant des «territoires de contacts entre une population autochtone vieillissante et une population d’origine immigrée plus jeune», entraînant à la fois séparatisme et «“lutte” non dite pour le territoire, et notamment des lieux symboliques que représentent par exemple le centre-ville ou la place du village».

Une «question démographique et identitaire», écrit-il en prenant l’exemple de Béziers, qui «est aussi le moteur du vote frontiste dans un contexte de forte précarité sociale». «La surreprésentation de familles immigrées dans le centre-ville parmi les ménages pauvres, caractéristique de beaucoup de petites villes du Sud, revêt une symbolique forte et alimente la dynamique frontiste.» Une dynamique à laquelle l’Ouest de la France, dans les territoires à la marge des grandes villes, n’échappe plus selon lui.

Le fondement du vote FN est, dans la grille de Guilluy, un contexte d’insécurité sociale, dans lequel «les habitants deviennent très réactifs à l’évolution démographique de leur commune, notamment à la question des flux migratoires». A Brignoles comme en Seine-et-Marne, «insécurité sociale objective» et «échec de la cohabitation avec les populations immigrées» se rejoignent. »

fin de citation, tout est dit.



Et le vote des catholiques ?

« Après le fort score de François Fillon au premier tour chez les catholiques pratiquants, la progression du vote FN au second tour confirmerait l’ancrage à droite d’une partie de cet électorat. », tel est le titre d’un article de la Croix du lundi 8 mai. Bien que supposé voter à droite, on remarquera que cet électorat n’a pas hésité à suivre les consignes de vote données par F. Fillon le soir du premier tour. Je m’interroge encore sur ce prétendu ancrage à droite des catholiques, l’engagement médiatisé du curé de Saint-Merry contre M. Le Pen est en effet loin d’être un cas isolé dans l’Eglise de France. Le robinet d’eau tiède de nos évêques, des évêques dans leur grande majorité sans conviction, contribue certainement à orienter les fidèles dans le sens de la tolérance et de la sociale-démocratie ; il n’y qu’à voir l’enthousiasme de nos cathos pour l’accueil des réfugiés, la politique tiers-mondiste de la plupart des associations caritatives, en particulier l’option immigrationniste d’Emmaüs, tant au niveau des clients que de ceux qui travaillent dans les centres. Là aussi, c’est plus qu’une impression, les œuvres caritatives semblent se préoccuper davantage des réfugiés et des immigrés que des autochtones.

Cela contribue sans doute encore à accentuer le ressentiment d’un certain nombre de Français qui s’estiment abandonnés par les élites, voire par l’Eglise, devenu un vaste bureau d’aide sociale, une permanence d’accueil et d’écoute assurée par des « vieilles » qu’on retrouve inévitablement tous les jours dans la sacristie et le dimanche s’agitant autant qu’elles le peuvent dans le chœur depuis la proclamation enthousiaste de la parole de Dieu, au risque d’en perdre leur dentier, jusqu’ à la communion que le célébrant, débonnaire, leur laisse distribuer. Et quel sommet lyrique que la prière universelle ! Quelle émotion que toutes ces voix chevrotantes, un bon résumé de ce à quoi se réduisent la plupart des paroisses en France. Le discours de tous ces gens-là, c’est le même depuis plus de cinquante ans, c’est Pacem in terris de Jean XXIII, Gaudium et Spes du bienheureux concile Vatican II, Populorum progressio de Paul VI, la foule d’encycliques sociales de Jean-Paul II et l’encyclique sur l’écologie de ce cher pape François. Le social, on vous le dit, voilà ce à quoi se résume la formation de la plupart des fidèles depuis des décennies. Et du social au socialisme ou au social-libéralisme - nous voici revenus au robinet d’eau tiède, remarquez d’ailleurs le ton onctueux, quasi épiscopal de certains proches de Macron, dont Gérard Colomb, le maire de Lyon, il ferait presque moins vulgaire que le cardinal Barbarin - il n’y a qu’un pas. En tout cas, ce discours n’a pas réussi à remplir les église, encore moins à assurer le renouvellement des générations ; j’ai la très nette impression que la biologie fait son œuvre, tranquillement mais inexorablement.

Les beaux quartiers,selon certains qui essaient de se rassurer, pourraient inverser la tendance ; sous un certain angle oui, mais électoralement, franchement, on peut faire mieux. Prenons le cas de Versailles dont tout le monde sait que ce n’est pas une ville de gauche : au premier tour, F. Fillon était arrivé en tête (43% des voix, plus de 20 000 voix), suivi par E. Macron (27% des voix, 13 000 voix), Marine Le Pen, celle dont le ton semble effrayer nos cathos bon chic-bon genre ne réunit sur son nom que 4670 voix, soit à peine 10% ; on aurait pu attendre un score plus élevé pour N. Dupont- Aignan, un candidat plus « clean », moins clivant, surtout qu’il est élu dans le département voisin de l’Essonne, il n’en est rien, il obtient à peine 3% des voix , devancé par Mélenchon et Hamon. La droite n’est certainement plus ce qu’elle était à Versailles, d’autant plus qu’au second tour, c’est Macron qui l’emporte avec 76% des voix et plus de 30 000 voix, M. Le Pen se contentant d’à peine 24% des voix en doublant son score du premier tour. Les voix des cathos Versaillais se sont donc reportées, disciplinées, vers ce drôle de paroissien que serait Macron s’il pratiquait.

« Les catholiques ont très majoritairement participé à l’élection du candidat d’En Marche ! Emmanuel Macron a obtenu 62 % chez les pratiquants et même 71 % chez les pratiquants réguliers, selon un sondage Ifop pour La Croix et Pèlerin. Si ce succès est net, l’enquête révèle tout de même une progression du vote Front national entre les deux tours, en pourcentage des voix.

En effet, les scores cumulés de Marine Le Pen et de Nicolas Dupont-Aignan au premier tour avaient atteint 19 % chez les catholiques pratiquants et 14 % chez les seuls pratiquants réguliers. Pour parvenir dimanche à des scores, respectivement, de 38 % et 29 % dans ces électorats, la candidate FN a logiquement bénéficié d’un report des électeurs de François Fillon au premier tour. »

Selon Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’IFOP, la poussée frontiste aurait en fait été à l’œuvre chez les pratiquants « tout au long du quinquennat de François Hollande, d’abord avec les mobilisations de la Manif pour tous, puis sur le terrain du rapport à l’islam, avec les attentats et le sort des chrétiens d’Orient ».


Les décombres


Que peut-on ajouter à ces analyses ? Pas grand-chose en vérité, si ce n’est que prétendre gouverner ce pays dans l’état de décomposition où il se trouve est une gageure, pour ne pas dire que cela relève de l’impossible. En effet si gouverner signifie diriger l’ensemble des forces vives d’un pays et les différentes communautés dans lesquelles les citoyens devraient être intégrés vers le bien commun, et que le bien commun consiste dans la paix (tranquillité de l’ordre, selon saint Augustin) et l’unité, la tâche pour redresser et corriger ce qui a besoin de l’être semble titanesque, tant le désordre, la désunion dans tous les domaines, fait partie du système.

La division même a été encouragée depuis la fin du XVIIIe siècle, à la faveur du Jacobinisme centralisateur, un rouleau-compresseur qui a détruit toutes les différences qui étaient porteuses de sens et de richesses. Des têtes ont été raccourcies : elles n’ont jamais été remplacées. Des populations et des régions ont été rayées de la carte, elles ne s’en sont jamais remises. Le populicide est bien une arme efficace. Le trône et l’autel formaient un attelage cohérent ; le premier objectif de la Révolution a été de le détruire ; dans un premier temps, par la sécularisation des biens du clergé, devenus comme par un coup de baguette magique des biens mis à la disposition de la Nation. Jamais l’Eglise ne pourra retrouver les biens dont elle avait été spoliée. Le Concordat entérine avec la complicité de Pie VII cette formidable spoliation. Deuxième temps : on s’attaque aux hommes. Les curés sont fonctionnarisés, les moines relevés de leurs vœux ; comme si ces premières mesures ne suffisaient pas, on finit par pourchasser, persécuter, les uns et les autres pour les englober dans une vaste proscription avec les autres représentants de l’ancien régime honni. L’Eglise de France ne s’en remettra jamais, même si ce diable de Bonaparte accorde un traitement aux curés et aux évêques, mais c’est lui qui décide du nombre des évêchés à pourvoir. L’Eglise n’est plus propriétaire. On ne remarquera jamais assez que dans le Concordat il n’est pas fait mention des ordres religieux ; leur existence jusqu’à la deuxième spoliation et persécution du début des années 1900 est quasi illégale…

Le système continue d’ailleurs imperturbablement à détruire dans ce pays ce qui peut encore subsister de naturel, à commencer par la famille ; pour l’école, la cause est entendue, l’agriculture ne fait plus vivre ceux qui devraient en vivre. Que dire du commerce ? Sinon qu’il est devenu le temple de la consommation, le lieu où l’on peut assouvir des besoins artificiels suggérés en permanence par les médias. Le travail ? Nous sommes arrivés dans une ère où, pour la plupart, l’on doit se contenter de ce que l’on nous offre, c’est-à-dire un salaire à peine suffisant pour entretenir sa famille et pour subvenir à ses besoins. Nos politiques, pardon les gestionnaires de la crise, se sont fait une raison : le plein emploi, ce n’est pas pour nous, d’autant plus que notre pays continue –finit - de se désindustrialiser. Les plans sociaux, une fois passées les législatives - ne nous leurrons pas – vont reprendre, à la faveur de la torpeur de l’été. La finance, les actionnaires vont pouvoir augmenter leurs gains par de nouvelles délocalisations. Et, pendant ce temps, les travailleurs en provenance d’Afrique, d’Asie ou d’Europe de l’Est – dans de meilleures conditions pour ces derniers – pourront continuer à fournir une main-d’œuvre à bas prix et prioritaire pour l’embauche dans certains secteurs de l’économie : quel magasin de nos centres-villes (type Monop., Carrefour –City), par exemple, n’embauche pas en priorité ce type de population. Je ne parlerai pas du système de santé qui vise à nous escroquer tant les prestations sont ridicules par rapport aux contributions des assurés – peut-on seulement encore considérer comme un assuré celui que l’on prive de son droit, celui à qui on accorde, comme une obole, un service minable et des remboursements misérables ?

Oui, le système détruit autant qu’il peut, divise et peut ainsi en profiter pour régner sur une majorité incapable de se défendre collectivement, avec l’aide de telle ou telle faction. A moyen terme, ces Français que l’on aura poussés au suicide – par toutes sortes de moyens qui les empêchent de se reproduire -nos démocrates qui nous gouvernent sauront les remplacer définitivement par une masse encore plus docile, venue de l’étranger, la tour de Babel ! une masse peu exigeante qui, si elle revendique des droits sur le plan culturel et religieux, tels les sectateurs de Mahomet, accepte de venir dans nos pays occidentaux grossir les rangs du prolétariat du XXIe siècle. Le problème c’est que nos dirigeants ont une vue limitée : ils ne réalisent pas qu’un jour l’immigration qui confesse la religion du prophète finira par prendre toute la place et fera preuve d’intolérance vis-à-vis de ceux qui oseraient ne pas partager leur confession ou brandir l’arme de la laïcité. Il sera trop tard : la France ne sera plus la France, mais un khalifat parmi d’autres.

Et dire qu’il y en a qui accordent leur confiance à ce régime. C’est cela l’illusion démocratique, ils sont les éternels dindons de la farce, toujours enclins à croire que la situation finira par s’améliorer, que la démocratie, totalitaire dans son essence, ne manquera pas de s’amender. Comment voulez-vous rechristianiser la société dans ces conditions ? L’homme a été régénéré, il a en quelque sorte subi un formatage qui l’empêche de se tourner vers Dieu et vers les autres. La greffe du christianisme prend sur quelques individus que la Providence a tenus à l’écart du virus, mais la vaccination est impossible sur une échelle globale. A vue humaine, mes chers amis, c’est foutu ; je dis bien à vue humaine, car je pense que Dieu n’a pas encore sorti toutes ses cartes.


Une vision chrétienne de la politique


On ne pourra pas rebâtir sur les ruines et les cendres de la civilisation. Il faut quasiment tout reprendre depuis les fondations : l’agriculture, l’industrie, l’artisanat, les principes de l’économie ; réintroduire ainsi la notion de frugalité, ne pas considérer la croissance comme l’alpha et l’oméga de la vie économique… Remettre la politique à sa place : le gouvernant n’est pas un gestionnaire, du moins le responsable d’un Resto du Cœur. Il n’a pas à gérer des intérêts particuliers, sinon il ne peut plus œuvrer en vue du bien commun. Il a en revanche à assigner à chacun la place qui lui revient et se préoccuper qu’il joue le rôle qui lui a été assigné du fait qu’il appartient à telle ou telle communauté naturelle (famille, métier).

Diriger et corriger, voilà ce qu’est gouverner ; et, quand on est gouvernant, ce que l’on exige des autres, de ceux qui sont confiés à son gouvernement, on doit l’exiger avant tout de soi-même. Aussi, avant de diriger les autres et, éventuellement, de les corriger, le gouvernant doit-il être en mesure de se diriger lui-même et de se corriger. Peu importe que le régime soit une royauté, une aristocratie ou une communauté plus large de citoyens (la « politeia » d’Aristote, le gouvernement populaire de Cicéron, la « politia » de saint Thomas), un régime mixte, pourvu qu’il soit institué et gouverne en vue du bien commun. C’est cela la notion de « Respublica », le domaine des affaires publiques qui passe avant les intérêts privés, souvent économiques, il faut bien le dire.

Dernière considération et pas la moindre : la question de la place du christianisme dans la cité. Les gouvernants doivent être chrétiens, tout autant que les peuples qu’ils gouvernent. Le gouvernant juste et pieux cherche à rendre meilleurs ceux qui lui sont confiés du fait de sa charge – en quelque sorte un ministère. La vertu du peuple ne peut être en effet étrangère aux chefs qui doivent être pour chacun des gouvernés des exemples à imiter. Précisons qu’il ne s’agit pas pour un gouvernant chrétien de se substituer au prêtre et à l’évêque, mais de leur faciliter la tâche en veillant à ce que leurs fidèles fassent le bien et évitent de faire le mal, les disposant ainsi de l’extérieur au bien, par la pratique de la vertu, facilitant ainsi le ministère sacré des pasteurs.

Aussi dans ce type de régime - dont on ne redira jamais assez qu’il exista pendant des siècles et qu’il porte le nom de chrétienté – il n’y a pas de place pour l’indifférence, la tiédeur, encore moins pour tout ce qui pourrait ressembler au laïcisme. L’Eglise et l’Etat ne peuvent être séparés car leur gouvernement respectif s’exerce sur les mêmes hommes qui seront à la fois fidèles et citoyens, voire sujets dans le cas d’une royauté. Et peut-être de manière encore plus significative, les gouvernants eux-mêmes sont fils de l’Eglise, et, à ce titre, comme le rappelait, dans les dernières années du Ve siècle, le pape Gélase à l’empereur, les pontifes, les évêques ont une lourde responsabilité, car « lors du jugement divin ils auront à rendre des comptes pour les rois eux-mêmes. »

Je voudrais conclure avec des propos d’Isidore de Séville sur le prince chrétien et la place que celui-ci doit tenir dans l’Eglise ou, ce qui revient au même, au sein de la chrétienté, notion que des siècles de sécularisation nous ont fait oublier ; ces propos furent repris par Jonas d’Orléans (De Insitutione regia) au début des années 830 et adressés à l’empereur Louis le Pieux, chef de la chrétienté :
« Les princes du siècle tiennent quelquefois les sommets du pouvoir dans l’Eglise, pour que, grâce à ce pouvoir, ils puissent renforcer la discipline ecclésiastique. D’ailleurs, au sein de l’Eglise, il ne serait nul besoin de pouvoirs, si ce n‘est pour imposer par la crainte (terror) de la discipline ce que le prêtre ne peut accomplir par l’énoncé de la doctrine. C’est souvent que le royaume céleste progresse grâce au royaume terrestre, en ce sens que ceux qui, au sein de l’’Eglise, agissent contre la foi et la discipline de celle-ci sont écrasés par la sévérité des princes ; que le pouvoir du prince exerce sur la tête des orgueilleux cette même discipline que l’intérêt de l’Eglise (utilitas Ecclesiae) ne peut faire prévaloir, et que le pouvoir emploie sa force à mériter le respect. Les princes du monde doivent comprendre qu’ils doivent rendre compte à Dieu de l’Eglise, dont la protection leur a été confiée par le Christ. En effet, que la paix et la discipline de l’Eglise soient renforcées par des princes fidèles, ou qu’elles soient détruites, celui qui a confié son Eglise à leur pouvoir (potestas) leur demandera des comptes (De institutione regia, cap. 4).»




D’ailleurs au chapitre XI, Jonas se montre admiratif de cette force qui émane du pouvoir politique :

« Mais il y a dans la religion chrétienne un autre fait digne d’un grand étonnement : les lois humaines, qui inspirent à la plupart de ceux qui veulent pécher plus de terreur que les commandements du Christ, semblent avoir plus de force que les lois divines, bien que les premières ne fassent que préserver d’un châtiment corporel ceux qui leur obéissent, alors que les secondes les préservent d’un châtiment éternel. En effet, quand celui qui détient le sommet de la dignité royale ou impériale et qui exerce le pouvoir temporel sur tous les autres mortels propose quelque édit, qu’il désire voir écouté avec soin et appliqué avec fidélité et discernement par ses sujets, qui, je vous le demande, parmi les sujets ne l’écoute pas avec avidité, et qui ne s’efforce pas d’obéir à ses ordres ? Qui, de fait, oserait faire preuve d’une telle audace qu’il se permette de les dédaigner, à moins de chercher sa propre perte ? »


Aussi n’est-il pas étonnant de voir un opposant modéré à la réforme grégorienne, Hugues de Fleury, reprendre, au tout début du XIIe siècle, la teneur des propos de Jonas :
« Le ministère du roi est donc de corriger de son erreur le peuple qui lui a été confié et de le ramener sur le chemin de l’équité et de la justice. C’est pourquoi tu trouveras encore dans le livre des Juges que, avant que les fils d’Israël aient un roi, Jonathas, fils du fils de Moïse, fut, bien qu’il fût considéré comme un lévite, prit pour lui le sacerdoce :
Parce que chacun, dit-il, faisait ce qui lui plaisait, pour la raison qu’il n’y avait pas de roi en Israël.
De ces paroles il apparaît clairement que, là où il n’y a pas de roi pour régir le peuple, pour le ramener de sa témérité et le conduire, le corps tout entier du royaume est ébranlé. D’où on a l’habitude d’appeler, à juste titre, roi celui qui sait convenablement gouverner ses mœurs et bien ordonner à lui ses sujets. Pour cette raison, dis-je, Dieu tout-puissant est connu pour avoir préféré à tous les autres hommes le roi, qui a en commun avec ceux-ci la condition de naître et de mourir, de telle sorte que, par la frayeur qu’il lui inspire, il empêche le peuple qui lui a été soumis de faire le mal, et qu’il le soumet aux lois afin qu’il vive dans la droiture. Conséquence : le royaume céleste avance souvent par le royaume terrestre, car ce que le prêtre ne peut efficacement produire par sa parole doctrinale, le pouvoir du roi le réalise et le commande par la terreur de la discipline. En effet, le peuple est facilement corrigé par la crainte que lui inspire le roi. Mais le roi n’est nullement détourné du chemin de l’injustice si ce n’est par la seule crainte de Dieu et par le feu de la Géhenne (Traité du pouvoir royal et de la dignité sacerdotale)."





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