Me vlà, ya pas la presse ! par baudelairec2000 2017-01-27 23:07:01 |
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Je suis devenu au fil des années, après plus de 12 ans de présence sur le Forum, beaucoup plus calme. Le temps de la réflexion, de la maturation, peut-être le temps de la sagesse... Et puis mes sujets de prédilection ont évolué: à l'actualité brûlante, à la polémique facile (toujours les mêmes sujets!), je préfère des textes latins des IXe-XIIe siècles sur les rapports entre l'Eglise et la Royauté, des textes qui, plus est, n'ont jamais été traduits. Alors, vous savez, le magistère ou le non-magistère de François, cela ne m'émeut pas vraiment. Je comprends que pour vous le magistère infaillible soit l'alpha et l'omega de toute discussion sur l'Eglise: mais l'histoire des 140 dernières années de l'Eglise, depuis la proclamation de l'infaillibilité de l'Eglise m'ont amené à faire preuve de la plus grande prudence en la matière. "O infaillibilité! que d'âneries on dit en ton nom!"
Voyez-vous, Limousin, je n'ai pas pour habitude de répondre avec entrain aux convocations qu'on m'adresse. J'avoue que, sur ce Forum, c'est la première fois qu'on me sollicite de la sorte. Je me montre encore moins à répondre lorsque mon interlocuteur ou contradicteur a la prétention de
m'adresser une réponse définitive qui n'est pas de lui, une contribution d'une certaine Anne Dolhein.
Je pensais avoir été clair dans ce fil: il ne me semble pas nécessaire d'évoquer la question de l'avortement à l'occasion de la Fête des saints Innocents, car, on ne doit pas confondre l'exégèse et la Lectio divina avec je ne sais quel sujet brûlant d'actualité, aussi urgent soit-il. Vous liez le massacre de petits enfants avec le massacre d'enfants à naître, c'est votre choix qui relève d'une certaine préoccupation, mais ce n'est pas ce que l'on doit retenir en premier comme leçon, si j'en crois les Pères de l'Eglise qui ont commenté ce passage de saint Matthieu.
J'en veux pour preuve la Catena aurea de saint Thomas qui reprend l'essentiel de leurs interpétations sur le passage:
v. 16. S. Chrys. (sur S. Matth.) "Pendant que l’enfant Jésus soumettait les Mages à son empire non par sa puissance corporelle, mais par la grâce de l’Esprit, Hérode entrait en fureur de n’avoir pu persuader, lui assis sur le trône, ceux qu’avait su charmer Jésus, tout enfant qu’il était et couché dans une pauvre crèche. Le mépris que les Mages tirent de sa personne augmentèrent encore sa douleur, ce que l’Évangéliste exprime ainsi : " Alors Hérode, voyant qu’il avait été trompé par les Mages, entra dans une grande colère. " La colère des rois, lorsqu’elle est allumée par la passion du pouvoir, est comme un vaste incendie qu’on s’efforce vainement d’éteindre. Mais que fit-il ? Il envoya mettre à mort tous les enfants. De même qu’un animal féroce blessé déchire tout ce qui se présente comme étant la cause de sa blessure, ainsi Hérode trompé par les Mages décharge sa colère sur tous les enfants. Il se disait dans sa fureur : " Certainement les Mages ont trouvé cet enfant dont ils annonçaient la royauté future, " car un roi que tourmente l’ambition de régner soupçonne tout, parce qu’il craint tout. Il envoya donc des émissaires pour mettre à mort tous les enfants, et pour ensevelir un seul d’entre eux dans le trépas de tous les autres."
— S. Aug. (serm. sur l’Epiph.) "Et pendant qu’il persécute le Christ contemporain de ce roi cruel, il lui forme une armée éclatante des blanches insignes de la victoire."
— S. Aug. "Ce roi impie en mettant sa puissance au service de ces bienheureux enfants leur eût été moins utile que par les effets de sa haine, car plus la cruauté qui les persécuta fut grande, plus aussi fut brillante la grâce qui les mit en possession du bonheur." — Le même. "O bienheureux enfants ! Que celui-là doute de la couronne que vous a méritée le martyre souffert pour Jésus-Christ, qui nie l’utilité du baptême de Jésus-Christ pour les enfants. Est-ce qu’en effet celui qui a pu avoir des anges pour prédicateurs de sa naissance, et des Mages pour adorateurs dans son berceau, n’aurait pas pu garantir ces enfants de la mort qu’ils ont soufferte pour lui, si cette mort devait être pour eux une perte sans retour, au lieu d’être le commencement d’une vie bien plus heureuse ? Gardons-nous de penser que le Christ qui venait sur la terre pour l’affranchissement et le salut de tous les hommes, n’ait rien fait pour la récompense des enfants qui mouraient pour lui, alors que lui-même, suspendu au bois de la croix, alla jusqu’à prier pour ses bourreaux."
Rab. "Non contents de porter la désolation dans Bethléem, il étendit sa fureur à tous les pays d’alentour, et sans aucune pitié pour cet âge innocent, il fit massacrer tous les enfants, depuis celui qui ne comptait qu’une nuit jusqu’aux enfants âgés de deux ans, comme l’indique le texte sacré : " Dans Bethléem et dans le pays d’alentour, depuis l’âge de deux ans et au-dessous. "
— S. Aug. (serm. 7 sur l’Epiph.) Ce n’était pas seulement quelques jours auparavant que les Mages avaient vu cette étoile inconnue, mais depuis deux ans révolus, comme ils le firent savoir à Hérode qui s’en informait, et tel est le sens des paroles suivantes : " Selon le temps dont il s’était enquis exactement auprès des Mages. — S. Aug. (serm. sur les démons). Peut-être craignait-il que cet enfant, qui avait les étoiles à ses ordres, ne prît l’extérieur d’un enfant un peu au-dessus ou au-dessous de son âge, pour cacher l’époque de sa naissance. C’est pour cela qu’il fit mettre à mort tous ceux qui avaient deux ans jusqu’aux enfants qui ne comptaient qu’un jour de vie." —
S. Aug. (de l’acc. des Ev., 2, 2.) Peut-être encore qu’Hérode, agité par la crainte de dangers plus imminents, fut distrait de la pensée de mettre à mort immédiatement ces enfants par des préoccupations d’un autre genre. Peut-être enfin put-il croire que les Mages trompés par l’apparition trompeuse d’une fausse étoile, avaient eu honte de revenir vers lui sans avoir trouvé l’enfant à la naissance duquel ils avaient cru ; il laissa donc tomber ses frayeurs et abandonna le dessein qu’il avait de perdre cet enfant ; et ainsi les parents de Jésus furent libres de le porter au temple le jour de la Purification. Qui ne voit en effet que ce seul jour put bien passer inaperçu aux yeux d’un roi absorbé par tant de soins divers ? Mais plus tard, lorsque le bruit de tout ce qui avait été dit et fait dans le temple se fut répandu, Hérode comprit qu’il avait été trompé par les Mages, et c’est alors qu’eut lieu le massacre de tous ces enfants que l’Évangile raconte en cet endroit."
Bède le Vénérable. "La mort de cet enfant fut une figure de la mort précieuse de tous les martyrs de Jésus-Christ. Ces enfants mis à mort dans un âge si tendre nous apprennent que c’est par l’humilité qu’on parvient à la gloire du martyre. Ce massacre, qui s’étend de Bethléem à tous les pays environnants, figure la persécution qui de la Judée, où l’Église prit naissance, devait se répandre par toute la terre. Ces martyrs de deux ans représentent les martyrs dont la science et les œuvres sont arrivées à la perfection ; ceux dont l’âge est au-dessous, les âmes qui ont la simplicité en partage. En permettant que ces enfants soient mis à mort, tandis que le Christ seul échappe au fer des bourreaux, Dieu nous apprend que les impies peuvent détruire les corps des martyrs, mais qu’ils ne peuvent leur enlever Jésus-Christ."
Dans le document incriminé, François écrivait aux évêques:
"Noël, malgré nous, est accompagné aussi de pleurs. Les évangélistes ne se sont pas permis de travestir la réalité pour la rendre plus crédible ou plus désirable. Ils ne se sont pas permis de faire un discours «beau» mais irréel. Pour eux, Noël n’était pas un refuge imaginaire où se cacher face aux défis et aux injustices de leur époque. Au contraire, ils nous annoncent aussi la naissance du Fils de Dieu enveloppée d’une tragédie de douleurs. Citant le prophète Jérémie, l’évangéliste Matthieu la présente avec une grande rudesse: «A Rama une voix se fait entendre, une plainte amère; c’est Rachel qui pleure ses fils» (Jr31,15). C’est le gémissement de douleur des mères qui pleurent la mort de leurs enfants innocents en raison de la tyrannie et de la soif effrénée de pouvoir d’Hérode. Un gémissement que nous pouvons entendre encore aujourd’hui, qui nous touche l’âme et que nous ne pouvons et ne voulons ni ignorer ni faire taire. Aujourd’hui, malheureusement – et je l’écris avec une douleur profonde -, on entend encore parmi nos gens le gémissement et les pleurs de beaucoup de mères, de beaucoup de familles, en raison de la mort de leurs enfants, de leurs enfants innocents."
Vous voyez quelque chose à redire à ces propos? Moi pas.
Quant au reste, le prétendu droit à la vie, le droit de l'enfant à naître, qui découle à la fois du sacro-saint principe de la dignité de la personne humaine et des droits fondamentaux de l'homme, je vous le laisse avec la Doctrine sociale de l'Eglise qui les a pour ainsi dire canonisés, ce qui fait d'elle à vos yeux un corpus infaillible.
Prenez donc le temps de la réflexion, on en rediscutera bientôt, j'en suis sûr, le temps que je finisse l'étude de cette question majeure d'un siècle de l'histoire de l'Eglise.
baudelairec2000 pas aussi libéral que certains le donnent à croire.
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