S'en prendre à des doctrines, et non à des personnes. par Scrutator Sapientiæ 2016-07-16 11:32:12 |
|
Imprimer |
Bonjour Candidus,
1. Pour ma part, je n'ai rien contre la personne du Pape François, mais j'ai beaucoup de remarques contre la non résistance manifeste, contre le silence voire le suivisme, de bien des clercs, dont, "parfois", la sienne propre, face à "l'esprit du Concile", "l'esprit d'Assise", "l'esprit de l'Evangile", ou "l'esprit de Tibhirine".
2. Je veux dire par là que les uns et les autres, disons, pour reprendre vos expressions, les catholiques conservateurs et les catholiques traditionalistes, n'ont ni intérêt, ni vocation, à donner l'impression qu'ils sont allergiques à la personne même du Pape François : leur opposition éventuellement commune devrait plutôt pouvoir porter, à mon sens, sur des doctrines et des tendances erronées, face auxquelles la plupart des évêques, y compris, "parfois", l'évêque de Rome, sont, le plus souvent, uniquement irénistes, quand ils ne sont pas approbateurs.
3. Ces doctrines et ces tendances n'ont certes pas attendu l'élection du Pape François, ni même, pour certaines d'entre elles, celle de...Pie XII, pour commencer à sévir, au sein de l'Eglise catholique, d'abord et surtout en Europe occidentale, et c'est quand les catholiques conservateurs diocésains accepteront bien plus souvent de s'exposer au risque de se faire traiter d'intégristes ou, comme on dit aujourd'hui, de "pélagiens", de "pharisiens", désireux de réduire l'Eglise catholique à un "élitisme" et la Foi catholique à du "gnosticisme", que l'on pourra commencer à parler d'un rapprochement entre conservateurs et traditionalistes, non contre la personne du Pape François, mais contre ces doctrines et ces tendances.
4. Je pense donc que les uns et les autres, les conservateurs et les traditionalistes, envisageront de faire preuve de plus de compréhension mutuelle, de plus de coopération réciproque, à partir du moment où ils accepteront de s'exposer ensemble aux mêmes accusations ou aux mêmes représailles.
5. Je maintiens, pour ma part, qu'il y a eu un esprit du Concile avant la lettre, et que la polarisation, légitime par ailleurs, sur des questions à caractère liturgique, a longtemps fait obstacle à l'analyse de cet esprit du Concile avant la lettre, chez bien des catholiques conservateurs et bien des catholiques traditionalistes.
6. Pour moi, l'idéal pourrait être que les uns et les autres prennent conscience, ensemble, et fassent prendre conscience, ensemble, du fait que le modus cognoscendi et le modus cogitandi de quelques théologiens, déjà cités, a provoqué une rupture épistémologique d'une extrême gravité, qui était probablement bien intentionnée, mais qui était également dotée de vices de conception (philosophiques et théologiques), et qui a donné naissance à l'auto-dénaturation ou à l'auto-fragilisation de l'Eglise catholique que nous connaissons et subissons, encore aujourd'hui.
7. Or, précisément, encore aujourd'hui, il est extrêmement difficile de faire admettre, même à un catholique conservateur et diocésain des plus réaliste, qu'il y a bien
- un lien de causalité entre cet esprit du Concile avant la lettre et au moins une partie de certains textes du Concile, eux-aussi déjà cités,
- un lien de causalité entre au moins cette partie du Magistère conciliaire au sens strict et au moins une partie de la pastorale post-conciliaire.
8. Je viens de remonter en amont de l'avant-Concile sous Pie XII, et il me reste à redescendre jusqu'à l'aval de l'après-Concile sous Paul VI ; je sais que je vais rêver un instant à voix haute, mais tant pis, je vais le faire quand même : que les catholiques conservateurs et les catholiques traditionalistes prennent donc connaissance, communément, et davantage, de ce que l'on trouve, notamment,
- d'une part, dans le Catéchisme de l'Eglise catholique, Veritatis splendor, Evangelium vitae, Fides et ratio, Dominus Iesus, le Compendium du Catéchisme,
- d'autre part, sous la plume d'un Claude GEFFRE, d'un Joseph MOINGT, d'un Christian SALENSON, d'un Christoph THEOBALD, d'un Alain THOMASSET...
En résumé : ne diabolisons pas quelque théologien que ce soit, quelque évêque que ce soit, ou ne donnons pas l'impression de le faire, mais analysons les doctrines et les tendances qui sont amplement à l'origine du fait que nous en sommes là où nous en sommes, en ce qui concerne toute une ambiance, iréniste jusqu'à l'oxymore, et bien des pratiques, pastorales, au sens de : consensualistes et fraternitaires, et non pastorales, au sens de : conduites par des pasteurs, pour le bien, surnaturel, du troupeau.
Bonne journée.
Scrutator.
Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !
|