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Philippe Beaussant est mort: l'aventure baroque continue
par baudelairec2000 2016-05-12 23:38:31
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Philippe Beaussant (6 mai 1930 -8 mai 2016) est mort : il était musicologue, l’un des plus grands spécialistes de la musique dite baroque, écrivain et académicen.

Hommage du journal le Monde : « C’est surtout ses émissions sur la musique baroque qui participeront à le faire reconnaître d’un public plus large. Son fervent engagement en faveur de la reconnaissance du patrimoine musical baroque fut sans aucun doute sa plus grande réussite. Après avoir fondé l’Institut de musique et de danse ancienne en 1977, il réitère dix ans plus tard avec le Centre de musique baroque de Versailles.

Si, avec l’aide de complices qu’il galvanise, Philippe Beaussant sait rendre à la danse de cour, renaissante ou baroque, un éclat que personne n’escomptait alors, le musicologue en devenir révèle aussi l’écrivain. Et avant même ses premières contributions savantes à la musique (François Couperin en 1980 ; Versailles, opéra en 1982 ; Rameau de A à Z en 1983 ; Vous avez dit Baroque ? en 1988, Les plaisirs de Versailles en 1996, Louis XIV artiste en 1999, Monteverdi, 2003), il signe deux brefs romans aux allures de diptyque, Le Biographe (1978) et L’Archéologue (1979) où la variation de tons et de sources, le jeu sur le réel et le factice, le doute qui contamine la présomption du savoir, imposent un style.

Suivront, versant romanesque, essentiellement chez Gallimard, La Belle au bois (1989), dont la partition alterne inflexions graves et légères avec une science ineffable, Héloïse (1993), couronné par l’Académie française, Stradella (1999), éloge de l’harmonie et de la sensualité, que Beaussant fin gourmet célèbre parallèlement dans un essai futé, Mangez baroque et restez mince (1999), Le Rendez-vous de Venise (Fayard, 2003) aussi, dernière fiction avant que l’Académie ne lui ouvre ses portes, l’élisant en novembre 2007 au fauteuil laissé vacant par le décès de Jean-François Deniau… »

Il ne craint pas la polémique notamment dans son manifeste Vous avez dit baroque ? livre dans lequel il nous raconte avec émotion un concert à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire de l’interprétation de la musique baroque, celui que donna Philippe Herreweghe à Saint-Etienne-du-Mont en 1980, c’était dans la Saint-Matthieu de Bach, enfin dégraissé de tous ces poids hérités du XIXe siècle. Il faut dire que le flamand participait à l’aventure de l’intégrale des cantates chez Teldec dont les héros avaient pour nom Harnoncourt et Leonhardt. Un ouvrage trop court dans lequel il nous explique pourquoi il y aura un avant et après Atys. Atys de Lully, spectacle de 1987 dont l’artisan fut William Christie, le metteur en scène Jean-Marie Villégier. Atys, magnifique hommage du XXe siècle à un musicien trop méconnu et quelque peu méprisé, mais une des plus belles réussites lyriques de ces cinquante dernières années avec le cycle Monteverdi du duo Harnoncourt/Ponnelle et le Bourgeois gentilhomme de Vincent Dumestre et Benjamin Lazar.

« Mais ce qui pourrait rendre Beaussant « immortel » c’est moins son entrée sous la Coupole que le succès de sa croisade en faveur du patrimoine musical et scénique de la France des Bourbons. Déjà lauréat du premier Prix de la personnalité musicale de l’année du Syndicat de la critique « pour la renaissance de la musique baroque et la préparation de l’année Rameau » en 1982/1983, le musicologue, dans la logique défendue depuis 1975 par Pierre Lemoine, conservateur en chef à Versailles dès 1974 qui invitait le claveciniste Gustav Leonhardt, fonde, avec le concours de Vincent Berthier de Lioncourt, qui en assure la direction administrative, le Centre de musique baroque de Versailles (CMBV).

Veillant à retrouver, restaurer, éditer et diffuser le patrimoine musical français des XVIIe et XVIIIe siècles, à remettre en lumière des œuvres oubliées, de Lalande à Clérambault, de Formé à Campra, de Mondonville à Royer ou de Brossard à Robert, l’institution a formidablement rempli sa mission durant deux décennies avant que les nominations à la tête de Versailles n’en compromettent certaines options.

Beaussant dont les sommes érudites et finement intuitives sur Couperin, Monteverdi, Lully – son opus magnum sur « le musicien du soleil » a même inspiré un film à Gérard Corbiau, Le Roi danse (2000) – ont assis l’autorité, ne craint pas la polémique et s’insurge dans La Malscène (Fayard, 2005) contre la tyrannie des metteurs en scène coupables à ses yeux de dénaturer sans vergogne les grands opéras. Jusqu’au bout cet homme de ferveur, et de colère parfois, a défendu une esthétique et une harmonie dont son engagement artistique et littéraire témoignera longtemps. »

Je vous propose deux entretiens de Philippe Beaussant, le premier accordé à France Musique où il se dépensa avec talent et conviction, le second à KTO, une vidéo dans laquelle il parle peinture et religion ; il n’est pas inintéressant d’entendre cet amoureux de la langue française, cet esthète, parler de la liturgie, d’une certaine liturgie avec ses « chansonnettes » et ses textes mal traduits dont le Notre Père. On l'entend aussi dire sa déception devant un film qui lui doit beaucoup, Le Roi danse, et son enthousiasme pour Tous les matins du monde (1992): ce film pourtant austère a attiré plus de deux millions et demi de spectateurs, l'album avec plus de 500 000 exemplaires écoulés est l'une des ventes les plus importantes dans le domaine du classique. Merci Jordi Savall.

Adieu, Philippe



Philippe Beaussant sur France Musique

Philippe Beaussant sur KTO (video)

     

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