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Mauvais et bons riches
par Aigle 2016-03-22 19:39:39
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J'appreciais beaucoup la fermeté du pape François face à la finance immatérielle et sans cœur. Je suis peut être allé un peu vite en besogne.

ROME, le 11 mars 2016 – Envers les "Mauvais Riche" qui affament les "Pauvre Lazare", envers ce qu’il appelle "l’économie qui tue", le pape François est implacable.

Ce qui n’empêche pas les hommes les plus riches du monde et les superpuissants de la finance de se bousculer pour être reçus par lui. Et non seulement il les accueille à bras ouverts, mais il les couvre d’éloges.

La dernière en date à avoir bénéficié des compliments du pape a été Christine Lagarde. Reçue au Vatican le 18 janvier dernier, confirmée au mois de février dans ses fonctions à la tête du Fonds Monétaire International, elle a été gratifiée par François, au début du mois de mars, devant un groupe de socialistes catholiques français stupéfaits, de l’éloge suivant : "une femme intelligente qui affirme que l’argent doit être au service de l’humanité et non pas le contraire".

Au commencement de son pontificat, Jorge Mario Bergoglio avait surpris tout le monde en prêchant une Église "pauvre et pour les pauvres" et en appelant dans le même temps au Vatican, pour des consultations, les sociétés de conseil en systèmes organisationnels et financiers les plus connues et les plus coûteuses du monde, de McKinsey à Ernst & Young, de Promontory à KPMG.

Cependant, maintenant, la musique n’est plus la même. Ce ne sont plus les caisses du Vatican qui règlent les notes d’honoraires présentées par ces sociétés : ce sont les grands chefs d’entreprises qui sont admis à s’entretenir avec le pape et qui lui offrent des dons très généreux.

Certains d’entre eux le font sans le dire, d’autres en le disant. Le 22 janvier dernier, Tim Cook, directeur général d’Apple, n’a pas caché qu’il avait remis un don dans les mains de François (voir photo), au cours d’une audience qui avait eu lieu, comme les autres de ce genre, non pas dans la prosaïque Maison Sainte-Marthe, mais dans la solennelle bibliothèque pontificale du Palais Apostolique.

Quelques jours plus tard, le 28 janvier, Leonardo Di Caprio a effectué le même geste. Dans le film qui montre cette rencontre, on le voit remettre au pape une enveloppe contenant un chèque destiné "à des œuvres de charité qui sont chères à son cœur". Plutôt qu’en tant qu’acteur de cinéma, Di Caprio avait obtenu cette audience en tant que créateur d’une fondation qui lutte contre le réchauffement climatique mondial, au nom de laquelle il était intervenu, quelques jours plus tôt, au Forum économique mondial de Davos, où un prix lui a été remis.

Le pape François a lui aussi fait entendre sa voix au Forum de Davos, dans un message où il a pris la défense de la création et demandé un développement "intégral" de l'homme. Et il a fait cadeau à Di Caprio, comme à beaucoup d’autres, d’un exemplaire relié en cuir rouge de son encyclique "Laudato sì".

La nature et la technocratie, voilà la combinaison gagnante. Sept jours avant de recevoir en audience Tim Cook, le patron d’Apple, le pape Bergoglio avait reçu le numéro un de Google, Eric Schmidt, qui était accompagné du directeur de Google Ideas, Jared Cohen. Les deux hommes sont eux aussi à la tête d’une fondation, qui est engagée dans les domaines de la lutte contre la pauvreté, de l'énergie et de l’environnement et qui a pour slogan "Don't be evil", ne soyez pas malfaisant.

Enfin, à la fin du mois de février, il a reçu Kevin Systrom, fondateur et directeur général d’Instagram, le réseau social de la photographie, qui revendique 400 millions d’utilisateurs dans le monde. Toujours au mois de février, le pape François a également rencontré une délégation du World Wildlife Fund for Nature, qui était conduite par la présidente mondiale de cette organisation, Yolanda Kakabadse.

Toutefois, dans ce domaine, la plus grosse opération a été le spectacle "son et lumière" qui a été projeté sur la façade et sur la coupole de la basilique Saint-Pierre au soir du 8 décembre, jour d’ouverture du Jubilé de la miséricorde. Ce spectacle, qui a donné lieu à de nombreuses discussions, était un hymne à la nature mais il ne comportait pas la moindre allusion au Créateur. Il a également coûté très cher mais il a été entièrement offert au pape par la Banque Mondiale, par la fondation Okeanos, et par la société Vulcan Inc. qui appartient au cofondateur de Microsoft, Paul Allen.

Et il s’en est fallu de très peu que François ne reçoive en audience Bill Gates lui-même. Celui-ci est le grand patron de Microsoft mais également, d’après le classement Forbes, l’homme le plus riche du monde. Ceux qui ont empêché la concrétisation de ce projet sont deux cardinaux africains, qui ont rappelé au pape que la Bill & Melinda Gates Foundation fait une propagande très active en faveur de l'avortement dans les pays pauvres.

Aucune objection, en revanche, n’a été soulevée en ce qui concerne le deuxième du classement Forbes, le Mexicain Carlos Slim, un magnat des télécommunications. C’est par lui que les frais occasionnés par les transmissions et par les centres de presse au cours du voyage que François a effectué au Mexique au mois de février dernier ont été entièrement couverts.


Source http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/1351250?fr=y

     

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