Harnoncourt: la disparition d'un maître par baudelairec2000 2016-03-08 00:37:54 |
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Adieu, monsieur Harnoncourt.
Mon seul regret : ne l’avoir jamais entendu en concert tout comme son ami Gustav Leonhardt, décédé le 15 janvier 2012.
Nikolaus Harnoncourt nous a donc quittés trois mois exactement après son départ de la scène musicale, le 5 décembre 2015.
Hommage de Diapason (n° de février 2016 dont la couverture était consacrée à la mort de Pierre Boulez) à l’occasion de sa retraite, au terme de soixante ans de carrière ! Deux jours après son décès, il n’y a rien à retirer aux propos du magazine musical.
« Un maître nous manque
C’était le 5 décembre dernier, la veille de son quatre-vingt-sixième anniversaire et de la Saint-Nicolas. Harnoncourt devait diriger son Concentus Musicus, le doyen des orchestres baroques (fondé en 1953), au Musikverein de Vienne. Souffrant, il a laissé un petit mot tracé d’une écriture élégante dans le programme de salle, qui disait en substance : Cher public, me forces physiques me contraignent à renoncer à mes projets futurs. De grands souvenirs me reviennent : une relation incroyablement profonde s’est nouée entre nous, sur la scène, et vous, dans la salle -nous sommes devenus une heureuse communauté de découvreurs ! De cela, il restera beaucoup. Le cycle de cette année est encore dans mon esprit, restez-lui fidèle ! Votre Nikolaus Harnoncourt.
Un géant se retire sur la pointe des pieds, conforme à sa noblesse d’âme goûtant peu les mondanités, et avec lui son épouse et complice de jeu depuis le début de l’aventure, la violoniste Alice Harnoncourt. Cet adieu à la scène sonne également le retrait des studios d’enregistrement, qui ont alimenté une discographie immense. L’heure n’est cependant pas à la tristesse, mais à la gratitude envers ce maître d’une révolution culturelle et intellectuelle dont la portée aura très largement excédé ses XVIIe et XVIIIe siècles chéris, et l’aire de jeu des instruments de cette époque. On pense bien sûr à l’intégrale des cantates de Bach partagée avec feu Gustav Leonhardt entre 1971 et 1989, au cycle monteverdien construit avec Jean-Pierre Ponnelle à Zurich de 1975 à 1979, aux opéras de Mozart embrassés la décennie suivante. Mais aussi à ses Schubert, Beethoven, Brahms, Bruckner, Johann Strauss, Offenbach, Verdi, Gershwin…
Un regard magnétique
La petite liste des formations que l’ancien violoncelliste des Wiener Symphoniker a dirigées reflète des fidélités durables : son Concentus Musicus comme prolongement naturel d’un geste libre et de son regard si magnétisant, le flexible Chamber Orchestra of Europe, ces grands fauves racés que sont les Philarmoniker de Berlin et de Vienne, et l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam, qu’Harnoncourt ne cherchait pas à dompter, mais à convaincre, dans une relecture de la tradition sans dogme ni tiédeur.
Et maintenant, quel avenir pour le Concentus Musicus sans celui qu’il appelle affectueusement son spiritus rector ? Il sait qu’il devra se créer un avenir qui repose sur l’héritage reçu mais ne s’y limite pas et redéfinir son chemin et ses besoins artistiques. Moment ô combien périlleux, mais passionnant (Diapason, p. 12). »
J’ajouterai pour ma part que, si on peut avoir quelques inquiétudes pour le Concentus Musicus, les maîtres que furent Leonhardt, Harnoncourt ou bien encore Frans Brüggen (flûtiste et chef d’orchestre, décédé en août 2014) ont su transmettre, former ; la relève est là, on en est déjà à la troisième, voire la quatrième génération d’interprètes « baroqueux ».
Depuis l'annonce de sa retraite (bien méritée), j'avais repris la lecture d'un bel ouvrage consacré à Harnoncourt: Alice et Nikolaus Harnoncourt. Une biographie. L'intelligence du coeur (par Monika Mertl, 2002, Versant Sud), biographie dans laquelle on découvre le rôle d'Alice, fidèle d'entre les fidèles, tant dans l'ensemble du Concentus Musicus, que chez elle, lorsqu'il s'agissait d'établir, de corriger les partitions destinées aux interprètes.
Rémi (je le salue au passage) a bien raison de souligner qu’on ne peut pas réduire Harnoncourt au baroque. Evidemment, jusqu’à la fin des années 70, Harnoncourt s’est illustré dans la lecture des compositeurs dits « baroques » : Monteverdi (les opéras), voire un peu avant, avec des musiciens comme Thomas Morley, Biber, Schmelzer, Fux, Purcell, Bach, Haendel, Telemann, quelques incursions chez les Français, Marin Marais et Rameau, ou bien encore Vivaldi, Pergolèse.
Puis il y eut les enregistrements Haydn, qui ont contribué à asseoir définitivement son autorité : les deux Oratorios, La Création et les Saisons avec le Chœur Arnold Schoenberg et les Wiener Symphoniker, Les Sept dernières paroles du Christ en croix, des symphonies (6, 7, 8, 30, 31, 45, 53, 59, 60, 69, 73, soit quatre enregistrements) avec son cher Concentus Musicus, le cycle des symphonies londoniennes (93-104, en 6 CD), le maître était à la tête d’une phalange exceptionnelle, le Royal Concertgebouw Orchestra d’Amsterdam, un cycle de messes et le Stabat Mater avec le concours du Concentus et du Chœur Arnold Schoenberg. Papa Haydn avait trouvé en Harnoncourt son interprète.
Les enregistrements consacrés à Mozart constituent une liste passionnante : que ce soit les opéras (de Lucio Silla, La Finta giardiniera ou Il re pastore, Idomeneo, La Clémence de Tituspour les moins connus, à La Flûte enchantée, L’enlèvement au sérail, Les Noces de Figaro, Cosi fan tutte), le Requiem, les messes (10 CD), et les symphonies enregistrées soit avec le Concentus Musicus, soit avec le Royal Concertgebouw (n° 25, 26, 28-35, 38-41). Harnoncourt se paie le luxe de réenregistrer dix ans après les symphonies 38 à 41 avec le Chamber Orchestra of Europe.
Du classicisme au romantisme, il n’y a qu’un pas, et monsieur Harnoncourt n’allait pas tarder à revisiter les compositeurs romantiques : Beethoven (Chamber Orchestra) ou Schubert (Concertgebouw) avec le cycle complet des symphonies. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Harnoncourt frappa un grand coup, marqua les esprits en 1990-1991, avec sa vision décapante de Beethoven, qui, du coup, retrouvait une seconde jeunesse. Ces œuvres que l’on croyait connaître par cœur dans l’interprétation des grands chefs germaniques, on ne les reconnaissait plus, du moins il s’agissait d’une redécouverte. Harnoncourt devait aussi s’intéresser à Schumann, Mendelssohn, Brahms, Dvorak ou Bruckner.
Pour faire plaisir à Rémi, pour également déjouer tous les simplismes, jouons les prolongations chez Beethoven, avec le « cadeau d’adieu » de Nikolaus, les symphonies 4 et 5 enregistrées avec le Concentus Musicus de Vienne, retour aux instruments anciens ; certains, je le sens, sont inquiets : que peuvent bien apporter les instruments anciens à Beethoven ?
Verdict, ce mois-ci dans Diapason ; c’est Yvan A. Alexandre qui assure la critique de cet ultime enregistrement d’Harnoncourt (Diapason mars 2106, p. 83) :
« Un quart de siècle après le choc de 1991, N. H. annonçait une nouvelle intégrale Beethoven, cette fois avec l’ensemble «historique » par excellence, le Concentus Musicus Wien. Immobilisé (le rédacteur de Diapason a écrit sa chronique avant la mort du chef), le chef devra s’arrêter à cet album testamentaire. Attachez vos ceintures, le retour va secouer.
Le 5 décembre, veille de son 86e anniversaire, N. H. posait la baguette – pour toujours , s’excusait-il dépité mais stoïque, trahi par ses jambes, non par sa tête. Ces deux symphonies enregistrées début mai au Musikverein seront donc un testament. Le premier cycle Beethoven du Concentus Musicus aura désormais d’autres visages ( la jeune américaine Karina Canellakis l’été prochain).
"De toute ma vie de musicien, explique le chef dans la notice, je n’ai jamais pu interpréter une œuvre deux fois de la même façon." Qui veut suivre son chemin (chaque concert équivaut pour moi à une découverte, ajoute-t-il) trouvera maints détails, maints appuis, maints départs de rubato à comparer. Pourtant, ce qui nous frappe d’abord, c’est moins l’évolution du geste que sa constance. La suprématie du discours, le triomphe de l’accent (expressif, moral) sur le rythme (spontané, physique) et de l’articulation sur le mouvement, la rage tantôt cachée tantôt affichée (quelque chose de Klemperer dans le finale de la Symphonie n° 4), le règne de Schopenhauer sur ce sombre univers partagé entre volonté et représentation… tout était déjà là en 1990. Y étaient aussi des tempos moins prestes que ceux indiqués (tardivement) par le compositeur, tempos qui n’ont guère évolué pour l’essentiel, l’interprète s’en explique avec profusion et peut-être un rien de mauvaise foi.
La surprise du texte Ce qui n’y était pas, ce sont les instruments. Voici un quart de siècle, quand Harnoncourt enregistrait sa première intégrale Beethoven (Warner), la vision surclassait la texture. Aujourd’hui, observe-t-il, c’est en partie à cause des instruments que j’ai voulu rejouer les symphonies. Modernes en 1990 (le Chamber orchestra of Europe), « historiques » en 2015, ils apportent le grain et la couleur ; ce qui pourrait sembler futile, voire contraire à la métaphysique du démiurge, mais transfigure en effet son approche, surtout dans cette Ut mineur généreuse en résonances de tous ordres. La saveur individuelle des pupitres, les échanges de la flûte et de la clarinette dans l’allegro initial, le flageollet janissaire du finale, la promenade champêtre du scherzo : promesse d’hier, à présent réalité. La couleur donne vie. Avec encore plus d’acuité, nous sentons le discours prendre chair, nous admirons ce qui pourrait être le credo de N. H. : la surprise du texte…»
Un album paru chez Sony
Biographie d’un musicien hors du commun, d’un très grand monsieur…
« Né le 6 décembre 1929 à Berlin en Allemagne, fils d'un ingénieur qui composait et jouait du piano, le chef d'orchestre, violoncelliste, gambiste et musicologue autrichien Nikolaus Harnoncourt (exactement « Johann Nikolaus comte de La Fontaine et d'Harnoncourt-Unverzagt ») quitte sa ville natale avec sa famille pour Graz en Autriche à la suite de l'évolution de carrière de son père. C'est à Vienne qu'il commence à étudier le violoncelle à l'âge de neuf ans, d'abord avec Paul Grümmer (qui fut membre du Quatuor Busch) puis dans la classe d'Emanuel Brabec (premier violoncelliste du Philharmonique de Vienne et membre du Quatuor Boskovsky) à l'Académie de musique de Vienne.
Engagé par Herbert von Karajan à l'Orchestre Symphonique de Vienne en 1952 (où il restera jusqu'en 1969), Nikolaus Harnoncourt a 24 ans en 1953 quand il fonde le Concentus Musicus de Vienne avec sa femme, la violoniste Alice Hoffelner qu'il épouse en juin de la même année (et dont il aura quatre enfants). Avec cet ensemble innovant, unique en son genre puisqu'il ne le conçoit que constitué d'instruments d'époque ou copies d'anciens, Nikolaus Harnoncourt a largement contribué à transformer l'approche de la musique baroque dont il va également définir d'une manière presque scientifique le style interprétatif à la lumière d'écrits et documents anciens qui renforcent sa conviction que le retour à la vérité historique est nécessaire à ce répertoire.
C'est en 1957 que Nikolaus Harnoncourt donne ses premiers concerts dont le rayonnement ira crescendo jusque dans les années 1970/1980 où il atteint une certaine notoriété, devenant même une référence en la matière avec des enregistrements qui ont fait date (sauf pour les réfractaires à son option interprétative) : Concertos Brandebourgeois et Cantates (avec Gustav Leonhardt) de Bach, L'Orféo, Le Retour d'Ulysse, Le couronnement de Popée de Monteverdi, Jephté, Belshazzar, Saul (trois oratorios qu'il ressuscite) et Alexander's Feast de Haendel, le cycle de concertos Il Cimento dell' armonia e dell' invenzione de Vivaldi... Le nom de Nikolaus Harnoncourt fait autorité : en 1972, on lui demande d'enseigner l'interprétation de la musique ancienne au Mozarteum de Salzbourg, fonction qu'il assume jusqu'en 1993, et de donner des conférences à l'Institut musicologique de l'Université de la ville.
À la fin des années 1970, c'est le grand virage. Ne voulant plus se cantonner dans le répertoire baroque, Nikolaus Harnoncourt renoue avec les formations modernes - travaillant régulièrement avec l'Orchestre Philharmonique de Berlin et particulièrement avec l'Orchestre du Concertgebouw d'Amsterdam dont il devient le directeur musical en 1977 - en gardant toujours à l'esprit ce même souci du respect historique sur le plan des tempi et de l'équilibre sonore. Après plusieurs opéras de Monteverdi montés avec Jean-Pierre Ponnelle, Nikolaus Harnoncourt poursuit sa collaboration avec le metteur en scène par un cycle Mozart (Idoménée, L'Enlèvement au sérail, La Flûte enchantée). Au début des années 1990, son enregistrement des Symphonies de Beethoven connaît un grand retentissement et fait l'unanimité de la critique (ffff Télérama, Diapason d'Or, Choc du Monde de la musique, 10 de Répertoire, Classique d'Or RTL, Gramophone Award). C'est en 2003 que Nikolaus Harnoncourt enregistre son premier opéra, La Grande Duchesse de Gerolstein d'Offenbach, suivi en 2005 de Carmen de Bizet.
Cette longue expérience au sein de grands orchestres traditionnels, qui a conduit Nikolaus Harnoncourt à élargir considérablement son répertoire, abordant jusqu'aux opérettes et même Gerswhin dont il dirigera Porgy and Bess, l'a amené à repenser ses interprétations et à revenir sur ses positions antérieures très radicales en prenant même le contrepied de ses convictions de jeunesse. Dans ses deux livres de 1984 et 1985, Le Discours musical et Le Dialogue musical. Monteverdi, Bach et Mozart, cette évolution était déjà très perceptible. Plaidant toujours pour la musique baroque en pourfendant les déformations dont elle a été victime, Harnoncourt n'impose plus une seule vision et dévoile un esprit plus flexible en prêchant une remise en question constante, meilleur remède à la routine. »
© Qobuz 02/2013.
Pour mieux comprendre sa démarche, deux ouvrages d’Harnoncourt :
- le recueil d'entretiens La Parole musicale, propos sur la musique romantique, Actes Sud,
- le recueil d'essais Le Discours musical, Tel/Gallimard.
Je termine ma revue de presse avec l’hommage de Télérama :
« Né à Berlin le 6 décembre 1929, Johannes Nikolaus, comte de La Fontaine et d’Harnoncourt-Unverzagt n'a pas de vocation musicale précoce. Enfant, il se passionne plutôt pour les marionnettes ; il les sculpte de ses mains, construit le théâtre qui va avec. En 1947, malade, il entend à la radio le mouvement lent de la Septième Symphonie de Beethoven, et décide brutalement que le violoncelle, qu'il pratiquait jusque-là en amateur, va devenir son métier. C'est le premier électrochoc. Le second survient l'année de ses quarante ans, alors qu'il est violoncelle solo à l'Orchestre symphonique de Vienne.
« Je devais jouer pour la centième fois la Symphonie en sol mineur de Mozart. Avec une irritation croissante. Je ne comprenais pas pourquoi on devait la jouer encore et encore. La partition était posée sur mon pupitre, et je me suis dit : en fait, nous ne sommes absolument pas en train de jouer cette œuvre. J'avais lu beaucoup de choses sur cette symphonie qui pour tout musicien aimant Mozart est évidemment très importante. Jouer cette œuvre comme une sérénade gentillette et mignonne me semblait un contresens complet. Aussi, après cette représentation d'avril 1969, je décidais de quitter l'orchestre, pour ne plus avoir à rejouer cette symphonie ! J'en parlai avec mon épouse. Nous avions déjà quatre enfants à l'époque, et nous n'avions ni plans ni filet de sécurité. Mais nous avons pensé qu'il y avait nécessité, et qu'au fond tout se passerait bien ».
La suite donnera plus que raison à Nikolaus et Alice Harnoncourt, cofondateurs dès 1953, avec des amis sur la même longueur d'onde, de l'ensemble Concentus Musicus Wien (Alice, épousée la même année, en est le premier violon). S'ils mélangent d'abord musique « historique » et contemporaine, ils se spécialisent bientôt dans la musique ancienne, dont le Concentus Musicus propose des lectures rafraîchies sur instruments originaux. Nikolaus Harnoncourt devient ainsi l'un des principaux artisans du renouveau baroque, avant d'appliquer le même traitement de choc aux œuvres classiques et romantiques. Son idée directrice : obliger les musiciens (en commençant par le chef) à s'interroger sur le sens de l'œuvre qu'ils s'apprêtent à jouer, débarrasser la partition d'origine de toutes les strates interprétatives qui s'y sont empilées, retrouver ainsi l'essence du discours musical et ce que la musique d'autrefois a à dire aux musiciens d'aujourd'hui.
De même que la rénovation des fresques de la chapelle Sixtine n'a pas fait l'unanimité (certains, effarés par la vivacité et la crudité des couleurs retrouvées, regrettant la vieille patine entassée par les siècles), la démarche de Nikolaus Harnoncourt a trouvé sur sa route nombre de détracteurs, mais n'en a pas moins fini par s'imposer. D'autant plus simplement, d'ailleurs, que le grand homme n'a jamais joué les gourous de « l'authenticité ». Sa préférence pour les instruments d'époque ? Confirmée, s'il s'agit d'instruments de qualité et qui siéent au répertoire joué ; sinon, dit-il, « il serait absurde de préférer une mauvaise flûte baroque à une bonne flûte Böhm pour la seule raison qu'il s'agit d'une flûte baroque » .
Inaltérable modernité
Quant à sa volonté de retrouver le sens originel des œuvres, comme il l'explique en 1982 à propos de Franz Schubert, il ne s'agit en aucun cas de les reconstituer telles qu'elles ont été pensées, jouées et entendues lors de leur création : « je ne puis m'ériger en gardien de musée, mais seulement en homme d'aujourd'hui. Il n'existe pas de version historiquement vraie ni même authentique. C'est impossible. C'est une illusion ou de la charlatanerie. Mais je crois nécessaire de se demander ce que le compositeur pouvait bien avoir en tête puis de livrer une interprétation personnelle de nos découvertes […]. J'essaie d'acquérir autant de connaissances que possible sur l'œuvre, idéalement dans son état originel, et non altérée par les éditions ou la tradition interprétative qui se sont fixées indûment dans le courant du XIXe siècle. »
Jusqu'à son décès, survenu chez lui, en famille, samedi 5 mars 2016, Nikolaus Harnoncourt est resté fidèle à ses principes, refusant obstinément la musique décorative pour lui préférer celle qui « trouble et inquiète », et ce quel que soit le répertoire qu'il était en train de défricher. Nous restent une pensée d'une inaltérable modernité et une généreuse discographie, où les enregistrements de légende en côtoient d'autres détrônés, depuis leur apparition, par ceux de nouveaux révolutionnaires ayant parfaitement assimilé la leçon du maître. Lequel se montrait aussi soucieux d'éduquer le public que les interprètes, rappelant volontiers que les mélomanes d'autrefois n'allaient écouter que des œuvres nouvelles et surprenantes, voire choquantes (comme pouvait l'être, au temps de sa création, la Symphonie en sol mineur de Mozart), et plaidant pour que ceux d'aujourd'hui retrouvent le goût de la surprise et de l'inattendu.
Deux témoignages musicaux de Nicolaus Harnoncourt; il ne s'agit pas de Bach, mais de Haydn et Mozart.
Première vidéo: les jubilatoires Saisons de Haydn c'est ici
Second enregistrement: Mozart, les dernières symphonies, c'était en 2014,avec le Concentus Musicus et son épouse Alice au violon.
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