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Arrageois : ils rament pour les réparer, mais les villages restent accrochés à leur clocher
par Bernard Joustrate 2016-02-27 17:12:19
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Arrageois : ils rament pour les réparer, mais les villages restent accrochés à leur clocher
La Voix du Nord
PAR FABIEN BIDAUD (texte) et PASCAL BONNIERE (photos)

Du ping-pong sous les voûtes : l’usage farfelu que fait ce hameau du sud Artois de son église, illustre en creux les difficultés des villages à gérer un patrimoine coûteux et peu fréquenté. Faut-il alors désacraliser certains édifices ? Rares sont ceux prêts à franchir le pas...





ARRAGEOIS. Michel Rousseau a eu une drôle d’idée. « Si l’État ne nous donne pas de sous, je mets tous les RSA du village sur un échafaudage pour rejointer la façade ! » Mi-ironique, mi-sérieux, le maire d’Inchy-en-Artois, 630 habitants et 350 000 € de budget annuel, s’échine à tenter de résoudre la même équation que nombre de villages de l’Arrageois. « On a tous le même problème : comment on va faire pour payer ? » La facture, salée, est celle de la rénovation de l’église, achevée en 1925 : 670 000 € pour la première tranche de travaux (toiture, façade…), « simplement pour maintenir la sécurité ». Plus de deux millions en tout. Un gouffre. Et encore, la grande toilette se justifie-t-elle à Inchy : « On a une messe tous les quinze jours, les communions du secteur se font ici… »

ZÉRO Désacralisation
Dans moult villages en revanche, les offices sont sporadiques, voire inexistants. « Il s’agit pour beaucoup d’églises de la Reconstruction, des années 1920 ou 1930. Il faut réunir des sommes phénoménales juste pour les mettre en sécurité », dit Jean-Jacques Cottel, député, qui cite de nombreux exemples. Le problème ne date pas d’hier. M. Cottel avait lancé une réflexion il y a une quinzaine d’années pour imaginer un autre usage aux lieux de culte. Sans les faire disparaître : « Les gens tiennent à leur clocher, il y a un attachement affectif. » Pourquoi pas, en revanche, faire cohabiter les offices et des activités « païennes » ? « Une salle polyvalente qui justifierait l’investissement des collectivités. La question est : jusqu’où faut-il aller ? »
Pour l’instant, pas bien loin… « L’évêché ne voulait pas trop bouger, l’État n’a rien fait non plus… » Le sous-préfet Marc Del Grande verrait néanmoins d’un bon œil ce genre d’initiative. « L’État pousse, mais c’est encore frileux, euphémise-t-il. Tout est affaire de consentement local. » Il n’est, pour l’instant, pas au rendez-vous. Aucune église du Pas-de-Calais n’est désacralisée et un seul dossier serait en cours. Même abîmé, le clocher est encore solidement arrimé. « Quand on abat l’église, le village perd son âme, juge Michel Rousseau. Ni le conseil ni les habitants ne voudraient voir disparaître l’église. Même, ceux qui ne pratiquent pas. »

«Le père évêque n’est pas prêt» à engager la désacralisation d’églises
Michel Tillie est membre de la commission diocésaine d’art sacré et un personnage important de l’évêché d’Arras. Il juge que la communauté catholique locale n’est pas prête à voir s’évaporer les clochers…

Peut-on faire du sport dans une église, comme cela a pu être le cas à Warlencourt notamment ?
« On a un cadre, c’est la loi de 1905 : l’église est affectée uniquement au culte catholique. Donc on se met hors la loi si on y fait autre chose. Ce n’est pas normal d’y faire du ping-pong ! Le maire ne peut pas avoir l’usage de l’église sans l’autorisation du curé. »
Certains événements sont quand même acceptés…
« Oui, il peut y avoir des concerts, un récital, si possible religieux ou spirituel, en lien avec le lieu. C’est quand même un lieu sacré. »
Quid de la désacralisation, quand une église n’est plus utilisée depuis longtemps pour le culte ?
« Il faut qu’il y ait un accord de la communauté locale. Les gens sont encore très attachés aux églises. Elle fait partie de la vie de tous les jours. Souvent, le cimetière est autour, ça marque. Ici, on n’est pas à Paris. J’ai soumis un cas au père évêque il y a trois mois, mais il n’a pas pris de décision. Il n’est pas prêt. Dans une commune autre du Pas-de-Calais, il n’y a pas eu une messe depuis 1960. Elle est pourtant toujours consacrée. »
Comment voyez-vous l’avenir ?
« Il faudra bien que ça bouge un jour, à moins qu’il y ait une reprise forte en matière de culte. C’est un sujet qui nous pose question, c’est pour ça qu’on avait organisé un colloque en 2011. Le partage (une partie de l’église pour le culte, le reste pour d’autres activités) n’est pas possible dans le cadre de la loi de 1905. Mais si les églises étaient accessibles et plus visitées, on ne se poserait pas la question. Il faudrait que les églises soient toujours ouvertes, que le promeneur puisse y entrer pour y faire une pause. »
C’est votre axe de travail ?
« Oui. On travaille sur les églises de la Reconstruction. On a l’impression que parce qu’elles sont récentes, elles n’ont aucun intérêt. C’est faux ! On essaie de construire des circuits de découverte. Il faut montrer toute la richesse de ces édifices, que c’est lié à une histoire. Il y a des gens qui se sont battus pour que ces églises soient construites ! »

     

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