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Paul VI et les religieuses violées au Congo. Ce que ce pape n’a jamais dit
par Mauwgan 2016-02-24 16:12:09
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http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/1351240?fr=y

ROME, le 24 février 2016 – Au cours de la conférence de presse "feu d’artifice" qu’il a donnée pendant le voyage aérien qui le ramenait du Mexique à Rome, le pape François a, entre autres sujets, raconté à nouveau l’histoire selon laquelle "Paul VI – le grand ! – a autorisé les religieuses qui se trouvaient dans une situation difficile, en Afrique, à utiliser des contraceptifs pour faire face aux situations de violence".

Et il a ajouté qu’"éviter la grossesse n’est pas un mal absolu et, dans certains cas, comme celui que j’ai mentionné en parlant du bienheureux Paul VI, [c’] était clair" :

Deux jours plus tard, le père Federico Lombardi a, lui aussi, repris cette histoire, à l’occasion d’une interview qu’il a accordée à Radio Vatican dans le but de corriger la déformation des déclarations du pape par les médias, qui avaient déjà chanté victoire à propos du feu vert donné aux contraceptifs :

"Les contraceptifs ou les préservatifs, dans les situations particulièrement urgentes et graves, peuvent également faire l’objet d’un discernement de conscience sérieux. C’est ce que dit le pape. […] L’exemple, que [François] a cité, de Paul VI et de l’autorisation qui aurait été donnée d’utiliser la pilule à des religieuses exposées à un risque très grave et continu de violences de la part des rebelles congolais, à l’époque où avaient lieu les tragédies de la guerre au Congo, fait comprendre que ce n’est pas dans une situation normale que cette possibilité était prise en considération".

Cela dit, le fait que Paul VI aurait donné de manière explicite cette autorisation n’est attesté nulle part. Personne n’a jamais été en mesure de citer un seul mot qu’il aurait prononcé à ce sujet.

Ce qui n’a pas empêché cette légende urbaine de continuer à se répandre pendant des décennies et encore aujourd’hui ; François et son porte-parole sont eux aussi tombés dans le panneau.

Pour comprendre comment est née cette histoire, il faut remonter non pas au pontificat de Paul VI mais à celui de son prédécesseur Jean XXIII.

Cela se passait en 1961. La question de savoir s’il était licite que des religieuses exposées au risque d’être violées aient recours à des contraceptifs, dans une situation de guerre telle que celle qui sévissait alors au Congo, fut soumise à trois théologiens moralistes qui faisaient autorité :

- Pietro Palazzini, qui était à cette époque secrétaire de la sacrée congrégation du concile et qui fut par la suite fait cardinal;
- Francesco Hürth, jésuite, qui était professeur à l’Université Pontificale Grégorienne;
- Ferdinando Lambruschini, qui était professeur à l’Université Pontificale du Latran et qui devint ensuite archevêque de Pérouse.

Les trois hommes formulèrent leurs opinions respectives et les regroupèrent dans un article qui fut publié par la revue de tendance Opus Dei "Studi Cattolici", n° 27, 1961, pp. 62-72, sous le titre : "Una donna domanda : come negarsi alla violenza ? Morale esemplificata. Un dibattito" [Une femme interroge : comment se soustraire à la violence ? Morale par l’exemple. Un débat].

Ils étaient tous les trois d’accord pour admettre la licéité de cet acte, même si c’était en recourant à des arguments différents. Et non seulement cet avis favorable ressortit intact du contrôle, pas du tout complaisant, exercé par le Saint-Office, mais il devint la doctrine commune des moralistes catholiques de toutes les écoles de pensée.

En 1968 Paul VI publia l'encyclique "Humanæ vitæ", qui condamna comme "intrinsèquement mauvaise toute action qui, soit en prévision de l'acte conjugal, soit dans son déroulement, soit dans le développement de ses conséquences naturelles, se proposerait, comme but ou comme moyen, de rendre impossible la procréation".

Et cette condamnation allait être ensuite incluse, en 1997, en ces mêmes termes, dans le Catéchisme de l’Église Catholique.

Cependant, même après la publication d’"Humanæ vitæ", la licéité du comportement des religieuses congolaises continua à être admise paisiblement, sans que Paul VI et ses successeurs aient dit quoi que ce soit à ce sujet.

Au contraire, en 1993, sous le pontificat de Jean-Paul II, la question attira de nouveau l’attention, cette fois-là en raison d’une guerre qui avait lieu non pas au Congo mais en Bosnie.

Le théologien moraliste qui, cette année-là, se fit le porte-parole autorisé de la doctrine commune favorable à la licéité fut le jésuite Giacomo Perico, dans un article publié dans "La Civiltà Cattolica" – revue qui n’est imprimée qu’après avoir obtenu l'imprimatur des autorités vaticanes - sous le titre : "Stupro, aborto e anticoncezionali" [Viol, avortement et contraceptifs].

En réalité la controverse entre les moralistes, depuis ce moment-là jusqu’à aujourd’hui, porte non pas sur la licéité de l’action dont il est question, mais sur les fondements de cette licéité.

Certains d’entre eux considèrent que la licéité de cette action constitue une "exception", à laquelle, par conséquent, on pourrait en ajouter d’autres, à évaluer au cas par cas, invalidant de cette manière la qualification d’"intrinsèquement mauvaise" – qui ne comporte, par conséquent, aucune exception – appliquée à la contraception par l’encyclique "Humanæ vitæ".

D’autres, en revanche, considèrent que le comportement des religieuses congolaises ou bosniaques constitue un acte de légitime défense visant à se protéger des effets d’un geste de violence n’ayant rien à voir avec un acte conjugal libre et volontaire dont on voudrait exclure la procréation, acte qui est celui et le seul que condamne – sans exceptions de quelque nature que ce soit –"Humanæ vitæ".

Le chercheur qui a présenté de la manière la plus claire l’opposition entre ces deux courants de pensée est Martin Rhonheimer, professeur d’éthique et de philosophie politique à l’Université Pontificale de la Sainte-Croix, dans son ouvrage "Ethics of Procreation and the Defense of Human Life", The Catholic University of America Press, Washington, 2010, aux pages 133 à 150, qui reproduisent elles-mêmes un précédent article de Rhonheimer paru en 1995 dans "La Scuola Cattolica", la revue de la faculté de théologie de Milan, sous le titre : "Minaccia di stupro e prevenzione. Un'eccezione?" [Menace de viol et prévention ? Une exception ?].

L’opinion de Rhonheimer est que la seconde thèse est la plus fidèle au magistère de l’Église, alors que la première, typiquement marquée de casuistique et de "proportionnalisme", prête le flanc aux critiques formulées dans "Veritatis splendor", l'encyclique de Jean-Paul II consacrée à la théologie morale.

Mais, étrangement, c’est bel et bien du côté de la première thèse que paraissent pencher – avec le soutien présumé de Paul VI – à la fois le pape François, lors de sa conférence de presse aérienne du 17 février, et, encore davantage, le père Lombardi, dans l’interview qu’il a accordée, le 19 du même mois, à Radio Vatican.

L'un et l'autre, en effet, font une différence entre l’avortement, mal absolu qui n’admet aucune exception, et la contraception, qui, au contraire – disent-ils – "n’est pas un mal absolu" mais "un moindre mal" et qui peut donc être permise dans des "cas d’urgence ou des situations particulières".

Le père Lombardi cite, comme autre cas où une exception peut être admise, l'utilisation du préservatif dans des situations comportant un risque de contagion, étudiée par Benoît XVI dans son livre d’entretiens "Lumière du monde", paru en 2010.

Mais justement, il réduit également ce cas à l’état d’exception. Ce faisant, il ne tient pas compte de la note de clarification – à l’orientation toute différente – que la congrégation pour la doctrine de la foi, exprimant la pensée du pape Benoît, avait diffusée le 22 décembre 2010 en réponse aux polémiques nées de la parution de ce livre.

     

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