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Cardinal Ratzinger : les Juifs, l'oecuménisme, la décentralisation
par Chicoutimi 2016-01-21 10:33:05
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Dans le livre "Voici quel est notre Dieu", le Cardinal Ratzinger répond à plusieurs questions de Peter Seewald. Celui qui est devenu le Pape émérite Benoît XVI s'était alors exprimé sur de nombreux sujets qui sont encore d'actualité. Je vous livre quelques passages clés. J'ai ajouté, à la fin de certains passages, une note permettant de comparer l'enseignement des deux derniers papes. On y discerne davantage une continuité qu'une rupture.

1- Jésus était-il catholique ?


« On ne peut certainement pas dire cela avec certitude, car il est au-dessus de nous. De nos jours, il existe la formule inverse : on dit que Jésus n’était pas chrétien, mais juif. Ce n’est que partiellement vrai. Il était juif selon son appartenance ethnique. Il était juif parce qu’il avait accepté la Torah et vécue selon elle. Il était même, malgré toutes ses critiques, un juif pieux, qui a respecté le culte au Temple. Mais, malgré tout, il a rompu et dépassé l’Ancien Testament de par son autorité de Fils.

Jésus s’est compris lui-même comme le nouveau Moïse, supérieur à l’ancien, qui ne se contente pas d’interpréter la Loi, mais la renouvelle. C’est ainsi qu’il a dépassé ce qui était traditionnel et a créé du neuf. Il a élargi l’Ancien Testament à l’universalité d’un peuple, qui couvre la terre entière et qui est appelé à grandir sans cesse. Il est donc à l’origine de la foi et de l’Église catholique qui se sait voulue par lui, mais il n’est pas simplement l’un de nous. » (p. 16)

[NB : Comparez maintenant avec cette parole du Pape François : "Il n’existe pas un Dieu catholique"].

2- Le Christ nous amène à sortir de nos habitudes

« Je me souviens toujours de la parole de Tertullien qui disait : « Le Christ n’a pas dit : « Je suis l’habitude », mais : « Je suis la vérité ». Le Christ n’approuve pas simplement l’habitude, au contraire il amène à en sortir. Il veut qu’on se mette en route, pour chercher ce qui est vrai, ce qui nous introduit dans la réalité du Créateur, du Rédempteur, de notre propre être. » (p. 23)

[NB : Comparez maintenant avec cette homélie et avec celle-ci du Pape François qui condamne l'idolâtrie des habitudes].

3- La crédibilité de l'Église


« Vous connaissez sans doute cette histoire d’un juif du Moyen Âge qui, au cours d’un voyage, passait à la cour papale et qui devint catholique. À son retour, un connaisseur de la cour papale lui pose cette question : « Ne t’es-tu pas rendu compte de tout ce qui se passe là-bas ? » « Oui, dit-il, j’ai tout vu, toutes ces choses scandaleuses, tout ! » « Et malgré cela tu es devenu catholique ?, dit l’autre, c’est un non-sens. » Le juif lui répondit alors : « C’est précisément à cause de cela que je suis devenu catholique. Car si l’Église continue à subsister, c’est vraiment que quelqu’un d’autre la maintient » !

On rapporte aussi que Napoléon dit un jour qu’il détruirait l’Église. Là-dessus, un cardinal lui répliqua : « Même nous, nous n’avons pas réussi à le faire » !

Ces paradoxes font apparaître quelque chose de très important. Les incapacités humaines n’ont jamais manqué dans l’Église catholique. […]
Ainsi donc nous ne pouvons pas considérer les succès de l’Église comme dus à nos mérites. Mais nous pouvons affirmer, à la suite de Vatican II, que, même si les autres Églises et communautés présentent beaucoup de vitalité venant du Seigneur, l’Église comme sujet dans le vrai sens du terme est présente et vivante dans ce sujet. Et cela ne s’explique que parce que Dieu donne ce que les hommes ne peuvent faire. » (p. 43)

[NB : Ici, il y a une différence entre les deux papes : la perspective ratzinguérienne voit dans les scandales la preuve que si l'Église subsiste c'est parce que Dieu la gouverne, alors que la perspective bergoglienne consiste à vouloir purifier l'Église pour lui redonner sa crédibilité. Mais ces deux perspectives sont complémentaires].

4- Hors de l’Église point de salut ?

« Cela ne vaut pas dans le sens que tous les non-chrétiens seraient condamnés à l’enfer. Mais cela signifie qu’on a de quelque manière besoin de la mère même si on ne la connaît pas. De la communauté qui fait naître à la foi et oriente vers Dieu.

Cyprien parle de la relation entre Dieu et l’Église dans le contexte de la persécution. Il pense à des chrétiens qui quittent l’Église par peur du martyre mais croient continuer d’adhérer au Christ et à Dieu. […] Cyprien n’a pas inventé une théorie sur ce que Dieu ferait de ceux qui ne connaissaient pas l’Église.

Saint Paul lui aussi, qui insiste tant sur l’Église, dit que nous devons nous conduire convenablement dans l’Église; ce que Dieu fera avec ceux du dehors, c’est lui qui le fera, c’est lui qui les jugera. Ainsi Paul ne développe pas plus de théorie sur la manière dont Dieu traitera les autres. Mais il nous dit que celui à qui le Christ s’est révélé ne peut pas se séparer de l’Église et doit vivre en elle. » (p. 46)

[NB : Comparez avec cette audience du pape François pour qui "Aimer Dieu sans l’Église ? Ça ne tient pas debout !".]

5- Dieu a-t-il repris sa parole qui fait d’Israël le peuple élu ?

« Non, parce qu’il est fidèle. Naturellement, on peut constater qu’Israël a encore un bout de chemin devant lui. Chrétiens, nous croyons que nous nous rencontrerons finalement en Christ. Israël n’est pas simplement rejeté et congédié par Dieu : il restera inclus dans la fidélité de Dieu. » (p. 105)

6- Israël doit-il reconnaître le Messie ?

« Nous le croyons. Cela ne signifie pas que nous avons à leur imposer le Christ mais que nous devons être patients comme Dieu. En même temps nous devons essayer de vivre la communauté chrétienne de telle manière qu’elle ne s’oppose plus à Israël, ne lui soit plus inacceptable mais lui rende possible la convergence avec elle. En fait, notre conviction restera toujours que le Christ est aussi le messie d’Israël. Il dépendra de Dieu, bien sûr, de quelle manière, quand et comment l’unification des juifs et des païens, l’union du peuple de Dieu, s’accomplira. » (p. 106)

[NB : Comparez avec ce passage d'Evangelii Gaudium du Pape François pour qui "certaines convictions chrétiennes sont inacceptables pour le judaïsme, et l’Église ne peut pas cesser d’annoncer Jésus comme Seigneur et Messie".]

7- La Bible et les Juifs

« Si je lis la Bible selon l’esprit qui l’a suscité, l’esprit du Christ, elle est effectivement une force transformante. Il en est de même quand c’est un juif croyant qui la lit ainsi, c’est-à-dire dans la foi, depuis son vrai centre. » (p. 109)

[NB : Comparez avec cette déclaration du Pape François selon qui "les chrétiens se tournent vers le Christ comme source de vie nouvelle, les juifs vers l’enseignement de la Torah".

8- Œcuménisme : qui doit se joindre à qui ?

« La formule inventée par les grands oecuménistes, c’est qu’il faut aller de l’avant. Il ne s’agit pas de vouloir certaines annexions, mais nous espérons que le Seigneur suscitera partout la foi de telle manière qu’elle conflue pour former une seule Église.
En tant que catholiques nous sommes convaincus que cette seule Église est réalisée quant à sa structure fondamentale, mais qu’elle aussi continue son chemin et se laisse éduquer et guider par le Seigneur. C’est pourquoi nous ne nous représentons pas un modèle d’annexion, mais simplement la poursuite du chemin, sous la conduite du Seigneur, qui connaît le chemin. Et en qui nous a nous confiance. » (p. 316-317)

[NB : Comparez avec ces propos du Pape François dont la vision de l'œcuménisme est basée sur le martyre].

9- Peut-on définir ce qu’est une pensée spécifiquement catholique ?

« C’est difficile à dire. Ce qui est catholique se nourrit de la totalité de l’histoire de la foi, mais cette manière de voir s’est développée surtout dans l’Église occidentale. C’est pourquoi une grande part de ce que nous appelons pensée catholique n’est ni intemporelle ni invariable. Elle peut comporter des modifications, des approfondissements et des innovations par le fait que de nouveaux peuples arrivent et que les temps changent. » (p. 247)

10- Décentralisation et Conférences épiscopales

« Dans quelle mesure la décentralisation peut apporter des allègements supplémentaires, on y réfléchit. Le pape lui-même a demandé, dans l’encyclique sur l’œcuménisme, qu’on lui fasse des propositions sur les figures possibles de la papauté. Il y a dans ce domaine des voix discordantes. Mgr Quinn, archevêque émérite de San Francisco, a fortement insisté sur le problème de la décentralisation. Il y a beaucoup à faire dans cette perspective. Je tiens les visites ad limina des conférences épiscopales pour quelque chose de très important, pour que des contacts et des rencontres puissent avoir lieu. […] Se parler, s’écouter, se voir et discuter ensemble est un processus que rien ne peut remplacer. […]
La décentralisation signifie-t-elle qu’il y aura des patriarcats dans l’Église catholique ?

Alors que j’y pensais autrefois, il devient de plus en plus problématique pour moi de savoir si c’est sous cette forme qu’il faut organiser les grandes unités continentales. […] Le concile Vatican II, en revanche, a institué et défini les conférences épiscopales comme formes de telles unités interrégionales. […] Incontestablement de tels groupements interrégionaux, qui peuvent aussi assumer des tâches définies par Rome, sont une nécessité. » (p. 269-270)

[NB : Comparez avec ces propos du Pape François sur la décentralisation.]


Source : Cardinal Joseph Ratzinger, Voici quel est notre Dieu, Éditions Plon/Mame, 2001, 325 pages.


Y a-t-il vraiment une rupture entre la pensée ratzinguérienne et la pensée bergoglienne ?

     

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 Cardinal Ratzinger : les Juifs, l'oecuménisme, la décentralisation par Chicoutimi  (2016-01-21 10:33:05)
      Je ne vois pas pourquoi par Jean Ferrand  (2016-01-21 11:21:36)
          Bien d'accord avec vous ! par Chicoutimi  (2016-01-21 11:23:44)
          On vous a déjà dit qu'il n'en était rien Jean par Jean-Paul PARFU  (2016-01-21 11:58:05)
              Il a donc par Jean Ferrand  (2016-01-21 14:11:18)
                  Euh ?! par Jean-Paul PARFU  (2016-01-21 15:08:27)
                      Ce sont des spéculations par Jean Ferrand  (2016-01-21 15:30:56)
                          C'est un fait par Jean-Paul PARFU  (2016-01-21 15:44:32)
                          C'est en effet une opposition artificielle. par Rodolphe  (2016-01-21 16:31:05)
                              Si vous le dites par Jean-Paul PARFU  (2016-01-21 16:47:44)
                                  Je le redis... par Rodolphe  (2016-01-21 18:48:32)
                                      Allo la CRC, allo l'Opus Dei ? par Jean-Paul PARFU  (2016-01-21 18:52:32)


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