Archevêque d’Alger:L'Algérie,pays de grande liberté pour les chrétiens par Jean Kinzler 2015-11-25 18:11:57 |
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Monseigneur Paul Desfarges, Archevêque intérimaire d’Alger : « On peut dire que les chrétiens pratiquent leur religion en toute liberté en Algérie »
Des attaques terroristes revendiquées par Daech ont été perpétrées à Paris, Bamako, Ankara et dans d’autres capitales à travers le monde…
Ces dernières attaques en France, qui ont été précédées par quelque chose de très grave au Liban et sans parler de tout ce qui se passe ailleurs, me mettent d’abord dans une profonde tristesse. Parfois, j’ai envie de pleurer pour toute la souffrance engendrée par ces événements. Ensuite, on est témoin de l’humiliation de nos amis Algériens musulmans qui viennent nous présenter des condoléances et affirment que ces choses n’ont rien à voir avec l’islam. Nous savons que ces hommes qui se réclament de l’islam pour commettre ces actes sont d’une perversion inégalée. D’ailleurs, ils [les musulmans] nous disent qu’ils n’en peuvent plus de cette barbarie au nom de la religion. Et cela nous touche beaucoup. Nous sommes ici témoins que la relation islamo-chrétienne et la convivialité sont possibles car nous les vivons. Alors gardez confiance et ne vous laissez pas entraîner dans ce jeu que veulent promouvoir ceux qui font ces actes, qui essayent de diviser et de monter la population française contre les musulmans ou ces derniers contre la France. Il ne faut pas se laisser prendre dans ce jeu pervers de monter les uns contre les autres puisqu’on peut très bien vivre avec les musulmans.
Vous avez justement exprimé des craintes de voir une montée de l’islamophobie en France. Est-ce que cela s’est confirmé quelques jours après ces attaques terroristes à Paris ?
Je ne suis pas en France. Donc, je ne peux pas dire ce qui se passe exactement là-bas. Mais je crois globalement que c’est l’inverse. Il y a eu des manifestations, des prises de parole, des gestes, de musulmans et musulmanes, dans les mosquées et de la part des autorités religieuses musulmanes en France pour condamner, plus fermement que jamais, ces attaques. Cela me touche beaucoup. Les musulmans de France n’en peuvent plus de ces attributions. Arrêtons de leur faire porter la responsabilité et de croire qu’ils soutiennent ce genre d’actions.
Des actes islamophobes se sont multipliés en France. Comment faire face à cela ?
Il ne faut pas répondre au mal par le mal. C’est tout. Dès qu’on est dans une spirale, il faut qu’il y ait suffisamment d’hommes et de femmes de paix qui disent : non, ce n’est pas le (bon) chemin. Mieux vaut prendre quelques coups que d’en donner.
La radicalisation des jeunes qui mènent ces attaques terroristes en Europe n’est-elle pas le résultat de l’exclusion et la marginalisation dont ils font l’objet notamment en France ?
C’est un élément parmi d’autres. Mais est-ce qu’il explique tout ? Est-ce que tous les exclus deviennent terroristes ? Il est vrai qu’il y a un problème en France et dans d’autres pays européens qu’on dit laïcs. La laïcité et la démocratie ont parfois des systèmes de valeurs qui peuvent heurter la sensibilité musulmane et même ma sensibilité chrétienne. Il s’agit de certaines questions liées à la légalisation de l’avortement et le mariage homosexuel par exemple. Je ne suis pas d’accord avec ces valeurs et ça me touche. La laïcité qu’on doit promouvoir est celle qui permet à chacun de pratiquer sa religion en toute liberté.
L’exclusion est également basée sur les origines de ces jeunes Français…
Des problèmes d’intégration existent. Il y a un malaise de vivre de certains jeunes dans certains quartiers ou banlieues qui ont du mal à se sentir français. Un certain nombre de questions doivent être posées. En même temps, on ne peut pas dire que l’intégration est impossible. Et je pense qu’il ne faut pas faire de ce problème une justification qui nous donne le droit d’entrer dans une logique où on va tuer tout le monde. Ce passage-là, je ne l’accepte pas et ce n’est pas tout le monde qui entre dans cette logique d’ailleurs. Ça serait justement de faire le jeu de ceux qui font la promotion de ces actions.
Les interventions de la France à l’étranger notamment en Libye et en Syrie et le soutien indéfectible de l’Occident à Israël n’expliquent-ils pas en partie la radicalisation de ces jeunes ?
Je ne suis pas spécialiste en politique mais ce n’est pas la France qui a inventé l’idéologie Daech non plus. C’est vrai que cette idéologie se sert d’un contexte difficile. Je suis Algérien depuis bientôt 30 ans et je ne suis ni pour ni contre cette politique étrangère de la France. Mais je peux comprendre qu’un contexte facilite cette perversion d’une idéologie qui justifie des actes qui ne sont pas justifiables. En fait, je refuse qu’on cherche une justification. Ensuite, je suis de ceux qui sont meurtris face aux conditions d’occupation insupportables dans lesquelles vit le peuple palestinien. Je comprends très bien que les jeunes musulmans de France soient particulièrement choqués par cela. Mais il n’y a pas qu’eux. Beaucoup de Français qui ne sont pas musulmans sont solidaires avec le peuple palestinien. Cela dit, il est vrai que l’aboutissement du processus de paix entre Israël et la Palestine sera un élément d’apaisement mondial important.
Dans ce contexte marqué par les dernières attaques terroristes, certains politiques de droite et d’extrême-droite pointent du doigt l’islam…
Nous continuons d’affirmer que l’islam que nous connaissons n’est pas comme ça. D’ailleurs, des musulmans pensent qu’il est temps de réfléchir à la façon dont on a laissé s’infiltrer ce courant extrémiste. Le ministre des Affaires religieuses en Algérie, dont je suis très proche, dit publiquement qu’on a laissé rentrer en Algérie un islam qui n’est pas le nôtre. C’est-à-dire le salafisme ou wahhabisme qui, par leur radicalité, imprègnent une mentalité qui peut se laisser prendre. Il faut qu’on révise un peu en France ou ailleurs, comme il se fait ici en Algérie, ce qu’on apprend à nos jeunes et ce qu’on dit dans les mosquées. Ceux qui utilisent tels versets ou de tels préceptes pour justifier ces actes, ce sont des fondamentalistes et les fondamentalistes religieux font du mal à toutes les religions.
Est-ce que les chrétiens pratiquent leur religion en toute liberté en Algérie ?
On peut dire qu’ils pratiquent leur religion en toute liberté. En fait, la grande majorité des chrétiens catholiques en Algérie sont des étrangers au pays et certains d’entre eux ne fréquentent pas de lieux de culte. Mais quelques Algériens de tradition musulmane sont devenus chrétiens et vivent dans une grande discrétion. Cela dit, il faut savoir que nous ne faisons pas de prosélytisme. Après un discernement exigeant de notre part pour vérifier s’il s’agit d’une expérience spirituelle ou d’une recherche d’intérêts (quitter son milieux, fréquenter les Européens…), nous les accompagnons.
Pourquoi vivent-ils dans la discrétion ? Se sentent-ils menacés ?
Ils ne se sentent pas menacés physiquement. Mais ils peuvent avoir des difficultés avec leurs proches notamment en ce qui concerne l’héritage. La conversion de ces personnes n’est pas connue de tous les membres de leurs familles. Cependant, dans la majorité des cas, il y a une certaine acceptation.
Donc, les chrétiens ne se sentent pas menacés en Algérie ?
Ils ne se sentent pas menacés physiquement. Mais ils peuvent être marginalisés dans leur lieu de travail par exemple si leur appartenance religieuse est révélée.
Est-ce que la loi sur le prosélytisme religieux pose toujours problème ?
Il était prévu qu’elle soit rediscutée ou réadaptée. Cette loi est très draconienne sur le prosélytisme. Quand est-ce qu’on fait du prosélytisme ? Peut-on dire que quelqu’un fait du prosélytisme si on retrouve une bible dans sa voiture ? Non. Pourtant, on peut chercher à embêter les personnes avec cette loi. C’est ce qui s’est passé avec quelques évangéliques. Donc, si cette loi est rediscutée, on sera contents. Par ailleurs, nous avons l’impression que les demandes de visas prennent plus de temps et sont plus compliquées quand il s’agit de personnel religieux de notre église.
Pourquoi ?
Je ne sais pas. Certes, le ministre des Affaires religieuses nous aide. Quand il y a des visas qui n’arrivent pas, je le signale au ministère qui fait suivre à qui de droit. Mais ça reste difficile et on ne comprend pas pourquoi ça reste aussi compliqué.
À combien estime-t-on le nombre d’Algériens de confession chrétienne ?
Je n’ai pas de chiffres précis. Ce sont surtout les protestants évangéliques dont la majorité se trouve en Kabylie. Eux disent qu’il y a entre 15 000 et 30 000. Pour les catholiques, je n’ai pas de chiffres.
Est-il facile de construire une église en Algérie ?
Nous bénéficions des lieux de culte qui existaient auparavant. Il faudra poser la question aux évangéliques qui ont effectivement des problèmes parce qu’ils sont nouveaux. Dans certains endroits, ils ont besoin de construire un lieu de culte. Mais je crois qu’ils sont en négociation. Ça prouve que c’est possible de négocier.
TSA
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