[Ceci est une traduction française d'un article anglais du National Catholic Register. NB : Le titre parlait de 7 voies prophétiques, mais le texte en contient 6.]
Le 10 septembre 2015
un texte de R. Jared Staudt
Les 6 voies prophétiques de Benoît XVI qui pointent vers le renouveau
"(…) Cette réflexion donne des pistes par lesquels le Pape émérite Benoît XVI nous amène vers le chemin du renouveau de l'Église et la société. Comme nous étions arrivés au point d'avoir besoin d'un autre Benoît, Dieu a suscité exactement la même chose – un autre Benoît qui a prophétiquement conduit l'Église à un moment crucial. Que Benoît XVI ait choisi l'ancien Benoît comme le patron de son pontificat renforce cette affirmation et fournit un cadre utile pour bon nombre des caractéristiques de l'héritage du Pape Benoît XVI.
1. La centralité de la liturgie
Dans la Préface du premier volume des œuvres complètes, le Pape Benoît XVI souligne la centralité de la liturgie dans sa pensée, mais surtout dans la vie de l'Église. Ce faisant, il s’inspire de Saint Benoît :
"Lorsque le focus n'est pas Dieu, tout le reste perd son orientation. Les mots de la règle bénédictine "Ergo nihil Operi Dei praeponatur" (43,3 ; "Alors que rien ne se mette devant le travail de Dieu") qui s'appliquent spécifiquement au monachisme, comme une déclaration de priorité, sont aussi vrais pour la vie de l'Église et de chacun de ses membres, chacun à sa manière."
Lorsque nous tournons notre attention hors de la liturgie et vers nos propres efforts, surtout que nous tentons de lutter contre le déclin culturel, nous nous dirigeons vers le découragement et l'échec. Le renouveau doit rester l’œuvre de Dieu auquel nous coopérons.
2. La dynamique de continuité avec le passéLa question de la liturgie nous mène vers un autre aspect central de la pensée de Benoît XVI : l'herméneutique de la continuité. Le renouvellement de la culture doit avoir une orientation vers l'avant, parce que nous construisons quelque chose de nouveau, mais comme le bon intendant de la parabole de Jésus, nous devons tirer à la fois du nouveau et de l'ancien. Nous voyons l'expression la plus claire de Benoît XVI concernant cette herméneutique dans son discours de Noël à la Curie en 2005, mais l'application de ce principe a eu lieu avec plus de force dans
Summorum Pontificum :
« Parmi les Pontifes qui ont eu ce soin requis se distingue le nom de saint Grégoire le Grand, qui fut attentif à transmettre aux nouveaux peuples de l’Europe tant la foi catholique que les trésors du culte et de la culture accumulés par les Romains au cours des siècles précédents... Il encouragea vivement les moines et les moniales qui, vivant sous la Règle de saint Benoît, firent partout resplendir par leur vie, en même temps que l’annonce de l’Évangile, cette très salutaire maxime de la Règle, « Ne rien préférer à l’œuvre de Dieu ». Ainsi, la liturgie sacrée selon la coutume de Rome féconda non seulement le foi et la piété mais aussi la culture de nombreux peuples. »
La vision dynamique de Benoît XVI du renouveau indique la voie à suivre: « D'ailleurs, les deux formes de l'usage du Rite Romain peuvent s’enrichir réciproquement. » Le renouveau ne peut être tout simplement un retour dans le passé, mais doit aller de l'avant en continuité avec le passé, ce qui lui permet de façonner la culture encore une fois.
3. Un nouvel œcuménisme de la catholicitéLe principe de l'enrichissement mutuel a trouvé une expression surprenante dans la reconnaissance d'un «patrimoine anglican» qui pourrait être favorisé au sein de l'Église catholique. La création, par le Pape Benoît XVI, d’ordinariats pour des groupes d'Anglicans entrant dans la communion avec l'Église - avec la constitution
Anglicanorum Coetibus - était vraiment un geste audacieux et controversé. Benoît XVI a créé une nouvelle expression par laquelle l’œcuménisme peut trouver un véritable accomplissement dans la catholicité robuste, incorporant pour la première fois un patrimoine protestant directement dans la vie de l'Église. À mon avis, ce n'est que la première des nombreuses étapes qui vont transformer radicalement le paysage futur du christianisme.
Une autre petite indication de cette catholicité large est venue avec la proclamation d'un Docteur arménien de l'Église, Saint Grégoire de Narek, qui n'était pas en communion avec Rome au cours de sa vie, un mouvement commencé sous le pontificat de Benoît XVI.
4. Leadership « fort » pour la proclamation de l'ÉvangileBenoît XVI a indiqué, dès le début de son pontificat, que la nomination des évêques serait une de ses principales priorités. Thomas Peters a qualifié les nominations de Benoît XVI, concernant 100 évêques aux États-Unis, comme la « Bosse de l'évêque Benoît » qui influencera l'Église dans l'avenir. Peu de temps après l'élection de Benoît XVI, Sandro Magister décrivait le vif intérêt personnel que Benoît XVI avait pour la nomination des évêques :
« Ratzinger veut prendre en charge personnellement la nomination des nouveaux évêques. Il a une excellente connaissance du corps des évêques qu'il a obtenue grâce au fait que tout évêque qui a visité le Vatican est venu le voir quand il était préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi. Et il soutient qu'une renaissance de l'Église, et sa purification, doit provenir d'une nouvelle génération de plusieurs évêques motivés et énergiques. »
À mon avis, la nomination d’évêques fortement orthodoxes, liturgiquement révérencieux et évangéliquement "efficace" restera un moment fort du pontificat de Benoît XVI. Cela sert également de symbole pour la façon dont chacun d'entre nous devons avancer dans le renouvellement qu'il faut entreprendre. Il n'y a aucune voie d'avenir sans un leadership fort.
5. La beauté et l'imitation des SaintsOutre la nécessaire relation entre la vérité et la charité, Benoît XVI a plusieurs fois pointé vers la place centrale de la beauté, un point étroitement liée à la liturgie. Le lieu où nous trouvons la beauté, en particulier, vient non seulement de l'art, mais plus encore de la vie des saints qui incarnent la foi dans le monde :
"Admirer les icônes et les grands chefs d’œuvre de l’art chrétien nous amène, en général, sur un chemin intérieur(…). De cette façon, nous sommes mis en contact avec la puissance de la vérité. J'ai souvent affirmé ma conviction que la véritable apologie de la foi chrétienne, la démonstration la plus convaincante de la vérité contre tout refus, sont les saints et la beauté que suscite la foi. Aujourd'hui, pour que la foi puisse croître, nous devons nous-même nous diriger, et les personnes que nous rencontrons, vers la rencontre des saints et entrer en contact avec le beau" ("The Feeling of Things, la Contemplation de la beauté").
À notre époque, beauté est devenue un moyen nécessaire de renouveau, atteignant là où la vérité ne peut pas à cause de la laïcité et du relativisme. (…)
6. La prière et la formation de la CultureLe renouvellement du monde proviendra d'un renouveau spirituel, fondé dans la rencontre avec Dieu. Benoît XVI nous oriente vers ce renouveau qui passe à travers la prière :
"Dans ce contexte, je tiens en particulier à rappeler et à recommander l'antique tradition de la Lectio divina : la lecture assidue de l'Écriture, accompagnée par la prière, apporte ce dialogue intime où la personne qui lit entend Dieu qui parle et, en priant, lui répond avec confiance et l'ouverture du cœur (cf. Dei Verbum, n. 25). Si elle est effectivement promue, cette pratique apportera à l'Église - je suis convaincu de cela - un nouveau printemps spirituel" (quarantième anniversaire de Dei Verbum ).
(…) Dans sa Conférence à Paris, auprès de l'UNESCO, Benoît XVI pointe encore plus directement vers la spiritualité bénédictine, en racontant le rôle de ce monachisme dans la culture et sa mise en forme qui est venue non pas avec l'intention de la faire, mais dans la recherche de Dieu avant tout.
"Le monachisme implique non seulement une culture de la parole, mais aussi une culture du travail, sans lequel l'émergence de l'Europe, sa philosophie et son influence sur le monde serait impensable. Naturellement, cette philosophie devait inclure l'idée que le travail humain et la mise en forme de l’histoire est comprise comme partage dans l’œuvre du Créateur et doit être évaluée en ces termes. Quand cette évaluation est manquante, quand l'homme s'arroge lui-même le statut de Dieu comme créateur, la mise en forme du monde peut rapidement se transformer en destruction du monde" (voir aussi Spe Salvi, où Benoît XVI parle de la relation de l'agriculture à l'âme selon Saint Bernard).
Bien que Saint Jean-Paul II fut plus largement connu pour sa confiance en un nouveau printemps, nous voyons ici la vision de Benoît XVI pour un nouveau printemps spirituel. En permettant à Dieu de façonner l'âme dans la prière, en le cherchant avant toute chose, nous pourrons alors remodeler notre culture, comprise comme un partage dans l’œuvre de Dieu.
ConclusionLe renouvellement prêché par le "nouveau Benoît" n'a pas procédé à la réalisation concrète d'une nouvelle communauté (c'est notre tâche), mais a souligné clairement la manière dans laquelle ce renouvellement doit avoir lieu. La vision "forte" de Benoît XVI au niveau de la liturgie, la continuité avec la tradition, la catholicité, le leadership, la beauté et la prière sont des points cruciaux fournissant les bases pour tout renouvellement authentique. Le travail que nous avons à entreprendre pour vivre et exprimer cette vision sera difficile. Nous devons soigneusement discernement dans ce travail, comme nous devons former de nouveaux apostolats et renouveler les plus âgés, et réaliser les travaux de la Nouvelle Évangélisation. Au milieu de ces entreprises, la vision du Pape émérite Benoît XVI sera un atout énorme et même crucial. Comme la règle de Saint Benoît, les écrits de ce nouveau Benoît nous ont laissé un corps d'enseignement pour nous inspirer et nous guider dans la création d'une nouvelle culture chrétienne. En attente d'un autre Benoît ? Nous l’avons trouvé !"
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