Cardinal Schönborn sur le Synode : Il n'y aura aucun changement dans la doctrine par Chicoutimi 2015-08-12 08:43:53 |
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[Ceci est une traduction française d’un texte anglais du National Catholic Register]
Cardinal Schönborn sur le Synode: « Je suis confiant, il n'y aura aucun changement dans la doctrine »
L'archevêque de Vienne estime que la miséricorde ne doit pas seulement s'étendre aux catholiques divorcés et remariés, mais aussi pour les enfants et les conjoints abandonnés et lésés par des ruptures familiales.
par JOAN FRAWLEY DESMOND 10/08/2015
"Le Cardinal Christoph Schönborn est archevêque de Vienne et Président de la Conférence épiscopale autrichienne. Ancien élève du Pape émérite Benoît XVI, le Cardinal Schönborn est peut-être mieux connu comme l'éditeur du Catéchisme de l'Église catholique. Il est également membre du Conseil du Secrétariat général du Synode des Évêques et assistera le Synode ordinaire qui se tiendra du 4 au 25 octobre.
Le 31 juillet, au cours d'une apparition publique à l'Institut de Napa, il a répondu aux questions de savoir si le Synode pouvait approuver des propositions visant à modifier la doctrine catholique sur l'indissolubilité du mariage et la discipline de l’Église qui interdit aux catholiques divorcés et remariés de recevoir l'Eucharistie. Le Cardinal Schönborn a dit, « Je suis confiant qu’il n'y aura aucun changement dans la doctrine. »
Le lendemain, le cardinal, qui a eu 70 ans en janvier, s'est entretenu avec le rédacteur en chef Joan Frawley Desmond pour exprimer ses espoirs sur le Synode et sa conviction que la miséricorde ne doit pas seulement être étendue aux catholiques divorcés et remariés, mais aussi pour les enfants et les conjoints abandonnés et lésés par des ruptures familiales. Le Cardinal Schönborn a également réfléchi sur son travail en tant qu'éditeur du Catéchisme et a rappelé le débat intense qui a entraîné un changement dans l'enseignement catholique sur la peine capitale.
Vous avez parlé du traumatisme que vous avez vécu comme enfant quand vos parents ont divorcés, et vous avez exprimez votre espoir que le Synode ordinaire appellera à la clémence non seulement envers les catholiques divorcés et remariés, mais aussi pour les enfants qui ont soufferts de ruptures familiales.
C'est tellement évident que les premières victimes du divorce sont toujours les enfants, parce que les parents sont leurs parents. Ils ont non seulement un père, mais aussi une mère. Ils ont une mère, mais aussi un père. S'ils se séparent, quelque chose est toujours cassée dans la vie de l'enfant.
Par conséquent, je souscris entièrement au fait qu’il faut parler de miséricorde et être miséricordieux envers les divorcés et remariés, qui éprouvent souvent beaucoup de souffrances et de troubles. Mais avant de parler de la souffrance des parents, nous devons parler de la souffrance des enfants.
Je recommande les catéchèses que le Pape François a données récemment sur le sujet. Le 20 mai, il a dit aux parents séparés: "les enfants ne devraient pas être ceux qui doivent supporter le poids de cette séparation ; ils ne devraient pas servir comme otages contre l'autre conjoint."
Et si nous parlons de miséricorde pour ceux qui se sont remariés, nous devons aussi parler pour ceux qui sont laissés seuls. Saint Jean-Paul II, dans Familiaris Consortio (sur le rôle de la Famille chrétienne dans le monde moderne), a écrit un passage très émouvant sur les époux abandonnés, qui souffrent de cette situation, existentiellement et économiquement.
J'ai toujours insisté sur l'accompagnement pastoral des gens qui se sont divorcés et remariés, mais aussi de ceux qui restent seuls après un divorce, très souvent sans abri, avec de grands problèmes économiques et dans la solitude. Ils ont besoin de l’attention de l'Église.
Il y a un troisième point, que mentionne le Catéchisme, et c'est presque dans toutes nos discussions : le préjudice énorme que le divorce inflige à notre société.
Même les enfants qui n'ont pas de parents divorcés sont touchés par le divorce. Ils craignent que le mariage de leurs parents puisse casser ou que leur mariage ne dure pas.
Le Catéchisme mentionne l’exemple négatif que donne le divorce: « Il a un effet contagieux qui le rend vraiment comme une peste pour la société » (2385).
Combien d'entreprises familiales se sont effondrées avec le divorce des parents ? Quels sont les énormes préjudices économiques qui viennent du divorce. Par conséquent, j'espère que le Synode aura des mots très encourageants pour aider les catholiques à surmonter la tentation du divorce.
Vous avez dit que le divorce de vos parents a été très douloureux pour vous. Comment récupérez-vous spirituellement et émotionnellement ?
Tout d'abord, j'ai un vaste réseau familial, et c'est un grand avantage dans une crise familiale. Mes parents n'étaient pas laissés seuls par leurs familles, et nous, les enfants, n'étaient pas laissés seuls par nos tantes, les oncles et les cousins. L'effet du divorce sur une petite famille isolée, père, mère et enfant, est plus dramatique.
Deuxièmement, j'ai été appelé par Jésus très tôt, à 11 ans. Lorsque le divorce de mes parents est arrivé, j'avais déjà une vie religieuse intense, personnelle, qui m'a aidé à surmonter la douleur.
Dans le processus, j'ai découvert quelque chose qui est extrêmement important. Je me souviens avoir dit à ma mère, dans les jours difficiles du divorce de mes parents: «la paroisse est ma maison.» Bien sûr, ce n'était pas très gentil pour ma mère. Mais, en y repensant, cela montre que la paroisse - l'Église comme famille — est une réalité, et elle peut être d'une aide précieuse pour surmonter la douleur et la séparation du divorce.
Comme rédacteur en chef du Catéchisme de l'Église catholique, vous avez joué un rôle dans le processus de rédaction. Un langage dur du Catéchisme, s'opposant à la peine de mort dans presque tous les cas, a conduit un nombre croissant de catholiques américains à rejeter cette pratique. Pouvez-vous nous parler des délibérations sur cette question qui ont eu lieu avant la publication du catéchisme ?
Dans la rédaction du Catéchisme, nous sommes arrivés au Cinquième commandement, et il y avait des questions brûlantes : euthanasie, suicide, guerre et paix, la question de la guerre juste. Mais peut-être que les plus intenses discussions ont portées sur la peine de mort.
Il y avait deux lignes de discussion sur cette question. L’une disait que l'Église a toujours maintenu qu'il y a un droit fondamental de la société à se défendre contre les menaces graves de la criminalité et de la violence, et que la punition n'est pas tant d'être considérée comme une vengeance mais comme une défense légitime de la société.
La deuxième ligne disait que la peine de mort doit être définitivement interdite, tout comme l'esclavage a été interdit et que d'autres formes traditionnelles de violence ont clairement été interdites par l'Église.
La position du Pape Jean Paul II appartenait à cette deuxième ligne. Il ne l’a jamais exprimé publiquement, mais lorsque nous travaillions sur ce chapitre, nous savions qu'il voulait limiter la peine de mort au maximum.
La première édition du Catéchisme n'était pas tellement explicite en disant que la peine de mort n'était plus nécessaire.
Ce qui a causé le changement dans la version définitive officielle était que Jean-Paul II avait publié Evangelium Vitae (l'Évangile de la vie) qui comprend des passages où il félicite explicitement les sociétés modernes pour l'interdiction de la peine de mort. Donc, dans la rédaction du texte définitif, le passage d’Evangelium Vitae a été introduit dans le Catéchisme.
Ce qui n’a pas été introduit pas, à mon grand regret, c'est un autre passage d'Evangelium Vitae, qui dit que parmi les signes d'une nouvelle civilisation de l'amour et une nouvelle culture de la vie a été la tendance dans le monde entier d'interdire définitivement la peine de mort. Ce passage n'a pas été inclus, mais le message central d’Evangelium Vitae est dans le Catéchisme.
Le Pape Saint Jean-Paul II a vécu sous deux régimes totalitaires, sous les nazis, puis sous l'Union soviétique. Cette expérience a-t-elle influencé sa vision de la peine de mort ?
Sans aucun doute. Il avait vu l'application arbitraire de la peine de mort dans les régimes nazis et communistes. Son expérience de la vie a contribué à former son opinion que la peine de mort peut être si facilement abusive qu'elle doit être interdite.
Le Catéchisme a contribué à clarifier les enseignements pour les fidèles, en particulier après une période d'instruction religieuse faible et confuse de l'Église. Toutefois, les gens sont souvent confus lorsque les médias sélectionnent un passage des observations informelles du Pape François, comme «qui suis-je pour juger?» et ensuite déclarent que le pape a écarté un élément de l'enseignement catholique sur l'éthique sexuelle. Quelle est votre réaction à cela ?
Ce que le Pape François a dit dans une interview sur le vol de retour des JMJ, en fait, n’est-ce pas ce que dit Jésus dans l'Évangile ? Jésus dit à la femme: « Je ne te juge pas. » Et, pendant le Sermon sur la montagne, il a dit: «Ne jugez pas.» Il a dit de ne pas appeler bien ce qui est mal et mal ce qui est bien. S'abstenir de jugement ne signifie jamais déclarer bien ce qui est mal et déclarer mal ce qui est bien.
L’évidence est que la déclaration du Pape François était une réaction évangélique qui vient directement de l'Évangile. Il a seulement dit : "qui suis-je pour juger?" Dieu est le juge. Mais, dans tous ses enseignements, le Pape François a été très clair sur la question du partenariat de même sexe.
Je ne vois pas le problème. Je vois, au contraire, le problème pour ceux qui la considèrent comme un problème.
Est-ce que l’approche pastorale du Pape introduit quelque chose de différent ?
Je pense qu'il y a une continuité profonde, surtout avec le Pape Benoît XVI.
Je le dis toujours, lisez le discours du Pape Benoît XVI à Freiburg im Breisgau, lors de son voyage de 2011 en Allemagne, où, disait-il, « l'Église doit être détaché de ce monde ». Le programme qu’il a décrit pour une Église missionnaire dans une société laïque se lit comme le programme du Pape François.
Je dis aussi qu’il faut lire les homélies de Benoît, qui a dit que l'amitié avec Jésus est l'essence du christianisme.
Bien sûr, le Pape François a apporté son expérience de l'Amérique latine et sa spiritualité jésuite et ignatienne dans son pontificat. Mon impression est que, avec ses homélies quotidiennes et ses catéchèses, il procède à une sorte de retraite ignatienne avec toute l'Église.
Dans Evangelii Gaudium (la joie de l'Évangile), qui est un texte formidable, il nous aide à être des missionnaires chrétiens dans une société laïque.
Depuis les toutes premières pages d’Evangelii Gaudium, il lance une formidable invitation: "la joie de l'Évangile remplit le cœur et la vie de tous ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui acceptent son offre de Salut sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur et de la solitude. Avec le Christ, la joie naît de nouveau constamment. »
Dans Evangelii Gaudium, le Pape François appellent les fidèles à aller vers les périphéries et à être disposés à se «salir» et se «blesser». Vient-il nous tirer hors de notre complaisance ?
Très souvent, le Pape François a dit: "Je préfère une Église qui sort plutôt qu’une Église qui est égocentrique et isolé".
Certes, la récente crise de l'immigration en Europe pose un grand défi pour les dirigeants politiques et à l'Église. Mais vous avez aussi dit que l'Église catholique à Vienne a bénéficié de l'immigration.
Nous avons grandement bénéficié des immigrants catholiques qui apportent un dynamisme frais, un nouvel élan à l'Église en Autriche. Nous avons des immigrants Polonais, Philippins, Indiens et Africains, et nous sommes très reconnaissants pour leur présence. Les immigrants non catholiques des Églises orthodoxes ont également renouvelé notre culture chrétienne.
Il y a aussi l'immigration musulmane : des milliers de Turcs sont arrivés en Autriche dans les années 60 et 70. Maintenant, il y a une deuxième génération d'immigrés musulmans vivant en Autriche, et beaucoup d'entre eux sont au milieu d'un renouveau islamique. Nous avons un problème croissant d'intégration islamique — ou de non intégration — dans le pays.
Enfin, il y a un phénomène nouveau qui est tout à fait inattendu : une énorme vague, comme un tsunami, est en train d’entrer en Europe, du Moyen-Orient et d'Afrique. Cette année, notre petit pays, l'Autriche compte 80 000 réfugiés venant d'Afrique, du Moyen-Orient, de la Syrie et de l'Ukraine. Il s'agit de la conséquence des conflits au Moyen-Orient et en Afrique, une guerre quasi civile au Soudan et en Somalie, le conflit en Érythrée et la catastrophe climatique dans la Zone du Sahel en Afrique.
Il y a eu beaucoup de discussions sur la façon de relever ce défi. Les politiciens disent que l'Église doit faire davantage. Ils disent cela parce qu'ils veulent détourner l'attention de leur propre impuissance.
L'Église fait beaucoup. Environ 5 000 réfugiés se trouvent dans toutes sortes d'institutions ecclésiales ; ce sont environ 10 % de tous les réfugiés en Autriche. Mais, si cette crise se poursuit, nous ne savons pas comment nous serons en mesure de la résoudre.
La récente couverture médiatique du Synode des évêques sur le mariage et la famille a donné l'impression que certains évêques d'Europe du Nord peuvent contester l'enseignement de l’Église sur le mariage et provoquer des conflits avec d'autres évêques qui veulent que la doctrine catholique et la pratique pastorale sur le mariage restent comme elles sont. Est-ce une caractérisation juste, ou souhaitez-vous corriger cela ?
Les Églises européennes ne sont pas un bloc. Il y a des situations très différentes dans chaque pays européen. Beaucoup d'évêques polonais n'ont pas exactement le même point de vue que de nombreux évêques allemands. Mais, en général, j'ai l'impression que nous sommes victimes de la nécessité typique des médias de tout mettre en noir et blanc. Il n'y a pas de nuances.
Je pense qu'il est nécessaire et sain que toutes ces questions sur le mariage et la famille soient discutées ouvertement et honnêtement. Nous ne devrions pas avoir peur de cela.
Mais je suis également convaincu que les positions présentes au Synode ne sont pas tellement aussi espacées que le suggèrent les médias.
Vous êtes plein d'espoir ?
Je suis très optimiste.
Tout d'abord, je crois que le Seigneur est présent, comme il l’a promis, lorsque deux ou trois sont réunis en son nom. Je ne crois pas que l'Esprit Saint partira en vacances au cours du Synode. Enfin, je crois que le rôle du Saint-Père est de mettre l'accent sur l'unité. Il est l'expression de l'unité de l'Église.
Par conséquent, cum Petro et sub Petro — avec Pierre et sous Pierre — le Synode sera sur la bonne voie.
N'oubliez pas que les différends du premier synode dans l'histoire de l'Église, qui a eu lieu à Jérusalem — ce que l'on appelle le Concile des apôtres — a impliqué un débat considérable et très dur. Mais il se termina par une grande unité. La vie de l'Église aujourd'hui est toujours inspirée par les décisions du Conseil de Jérusalem."
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