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Le latin en 1964
par Aigle 2015-06-21 21:44:20
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Lu dans La Vie cette opinion datant de 1964. Que d'illusions !


C’est surtout en s’écoutant les uns les autres dans la Basilique Saint-Pierre que leurs idées peu à peu se précisent, évoluent. Au tout début de la discussion sur «l’ouverture » de la liturgie aux fidèles, notamment par l’utilisation de la langue courante au lieu du latin dans certaines parties de la messe, on avait l’impression qu’une bonne moitié, sinon la majorité n’était pas favorable. Ils ont alors entendu des interventions qui les ont ébranlés. Celles des évêques des pays de l’Est ou celle de Mgr Ancel, auxiliaire de Lyon, presque dans les mêmes termes : « J’adjure, disait celui-ci, les évêques de pays encore chrétiens et ceux qui n’ont pas la responsabilité d’un diocèse de comprendre que dans nos pays déchristianisés, il se trouve des millions d’hommes qui ne mettront les pieds dans nos églises qu’une ou deux fois dans leur vie, pour un enterrement ou pour un mariage. C’est la seule occasion de leur révéler quelque chose de Dieu, mais si nous le disons ne latin, l’occasion est perdue. » Et nos Bantoues, est-ce que vous y pensez ? s’écrie un évêque africain. Et cet autre de Grande-Bretagne qui estimait que le débat s’enlisait et qu’on perdait de vue quelques autres réalités angoissantes : « C’est très beau de parler dans les langues courantes. Mais si les gens n’ont rien à se mettre dans la bouche, ça ne sert à rien non plus. »

Cette vivacité de ton, les discussions assez âpres qui ont secoué l’assemblée, ont motivé certains titres éclatants dans des journaux : « Révolte, Bagarres entre la gauche et la droite. Défaite des conservateurs », etc.

Pourtant, il est sûr que rarement un Concile fut aussi fraternel. Les Pères ne cessent de le répéter et c’est vrai. On se contredisait sans manières, mais avec de la délicatesse et de l’estime.

Qu’il y ait eu deux tendances, c’est aussi évident et normal, car cela fait partie du jeu même du Concile. Jusqu’aux décisions finales, chaque Père fait son métier qui consiste à défendre démocratiquement ce qu’il estime être le plus vrai le plus utile. C’est seulement après le vote final, après l’approbation du pape, que l’avis de la majorité sera l’avis de l’Eglise et qu’ils devront tous s’y conformer.

Que pensait-elle, cette majorité ? Des cinq rapports qui furent examinés, elle n’a pour l’instant approuvé qu’une partie de celui qui traitait de l’adaptation liturgique parce qu’elle y voyait une promesse de ce renouveau que le Concile doit promouvoir. Les autres rapports – sur l’Eglise, sur les moyens d’information, sur l’unité, sur la Révélation – ont été renvoyés pour subir des transformations, voire même pour une refonte complète du fond et de la forme. Ainsi, le tout, ou presque, est à revoir à la prochaine session.

     

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