L’Abbé Hébert:“Pas de signe offensant à repeindre un calvaire” par Jean Kinzler 2015-05-19 19:33:28 |
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En quittant la brocante de Saint-Hilaire-sur-Erre ce dimanche, on pouvait découvrir au détour d’un chemin une œuvre bien étrange. Et qui va faire débat, mais c’est peut-être là une des vertus de l’art. Il s’agit d’une « intervention » sur un calvaire installé entre l’Angellerie et le Grand Radray. Le Christ qui jusque-là se détachait sobrement en blanc immaculé sur le fond vert du paysage percheron est maintenant réhaussé de couleurs vives. Le contraste arrête l’œil, l’effet est vif, plutôt joyeux. À y regarder de plus près, la peinture est appliquée à la bombe, avec soin. Pour une œuvre d’art « illégal », il semble bien qu’il n’y ait pas de volonté de dégrader ou d’agresser, plutôt d’embellir en éveillant le regard. Pourtant, le choix d’intervenir sur une représentation de Jésus-Christ, personnage historique qui est aussi pour les chrétiens un tiers de la divine trinité, pose question.
“Pas de signe offensant”
L’Abbé Hébert a sous son autorité la paroisse Saint-Germain-St-Lhômer dont fait partie Saint-Hilaire. Découvrant une photographie de l’œuvre, il est très étonné mais reste ouvert. « Cette initiative n’est pas dans l’esthétique que nous aurions choisie de mettre en œuvre, déclare-t-il, mais il n’y a là aucun signe offensant, je ne peux pas condamner ». Toutefois, il s’inquiète de savoir si l’accord des légitimes propriétaires du calvaire a été sollicité. Menant l’enquête au débotté, il interroge des paroissiens et découvre que le calvaire fait partie de la ferme voisine. Pour l’anecdote, il aurait été érigé à distance des bâtiments agricoles, en bord de route, afin d’éviter que les poules ne s’y perchent.
“Signe de vitalité de l’art populaire”
Contacté par l’association Un trou (sise à Nogent-le-Rotrou, 28) qui fait la promotion de l’art populaire dans le Perche, Jean-Baptiste Lison, un spécialiste belge des arts graphiques de rue a pu voir la photographie. « Je suis très heureux de découvrir une telle intervention, surtout en milieu rural. C’est un signe de vitalité pour l’art populaire ». « Comme souvent dans l’art illégal, commente-t-il, c’est une réalisation très économe en moyens, cinq traits colorés illuminent la poitrine du sujet, mais l’effet produit est maximal. Ça sort les yeux de leurs habitudes, ça pousse à regarder les choses à nouveau, comme si le paysage était tout neuf ». Interrogé sur le choix d’un support religieux : « franchement, je ne pense pas qu’il s’agit d’art religieux, même si cette œuvre fait penser aux polychromies qui décoraient la plupart des églises d’Europe du moyen-âge jusqu’à l’époque moderne, ou encore à l’art chrétien populaire du Mexique. Mais comme parfois dans la religion, il y a dans cet art le désir de transformer le monde directement, c’est-à-dire déjà dans le regard, dans les sens et dans l’esprit de celles et ceux qui l’habitent.»le-perche.fr
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