Pour moi vous enfoncez une porte ouverte. J'ai fréquenté pendant trente ans les milieux œcuméniques de France, et par conséquent les protestants. Et je sais par expérience que les catholiques ont une bien grande fidélité à la Bible, pratique et dévotion, que les protestants eux-mêmes. Pour nous la Bible est vraiment la Parole de Dieu, 'dictée' par l'Esprit Saint, mot par mot, lettre par lettre, accent par accent, selon le mot du Christ :
"Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir.
Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise." (Mt 5, 18-19).
(Une dictée, bien sûr, qui ne fut pas mécanique - car l'Esprit Saint n'est pas mécanique -, mais qui utilisa les facultés intellectuelles, et jusqu'à leur liberté, des hagiographes, les auteurs sacrés, en les portant à leur maximum.)
Tandis que pour les protestants la Bible n'est qu'une parole humaine à travers laquelle Dieu s'exprime et que chacun peut interpréter selon ses lumières individuelles, ce qu'on appelle le libre examen. Alors que pour les catholiques la Parole de Dieu doit toujours être écoutée en Église et interprétée selon l'autorité des Pères, des docteurs et surtout du magistère.
Il n'y a qu'à constater l'importance et l'honneur que la liturgie catholique (et d'ailleurs orthodoxe) accorde au livre des évangiles, au livre des Psaumes et à toute la Bible, aussi bien dans l'eucharistie que dans toute la prière des heures. La vie de l’Église est rythmée par la Parole de Dieu. Tandis que le protestantisme met surtout l'accent sur la lecture individuelle de la Bible. Si les catholiques avaient du retard en ce dernier domaine, ils l'ont bien rattrapé depuis. Dans les sessions œcuméniques je n'ai jamais rencontré un collègue catholique qui ne fût ostensiblement muni de sa Bible personnelle, dans une grande variété de versions d'ailleurs.
Vous savez que le protestantisme va fêter dans les deux ans, en 2017, le 500e anniversaire de ce qu'il appelle la Réformation. Le protestantisme français, en particulier, se prépare à le célébrer en grande pompe. L'ironie de la chose veut que je connaisse personnellement le pasteur François Clavairoly, président de la Fédération Protestante de France, élu pour organiser cette commémoration. Et qu'il sache fort bien ce que je pense. Nous avons eu plusieurs conversations privées. Il m'a chaque fois considéré avec beaucoup d'égards, car il est naturellement très gentil. Mais ni lui ni moi n'avons cédé sur le fond. Il vaut mieux être franc, et il ne m'en a pas voulu.
Sur les questions des mœurs, dont il est question dans ce fil, j'ai toujours pensé que le catholicisme et le protestantisme ne peuvent que diverger de plus en plus et s'éloigner l'un de l'autre, jusqu'à rendre le dialogue œcuménique presque impossible ou en tout cas irréel. Il me semble qu'on va vers une impasse, en ce domaine. Mais pour dire l'inexprimé de ma pensée, cette évolution m'apparaît comme providentielle. L'Esprit nous guide sans doute par des sentiers que nous ne voudrions pas emprunter.