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Son amitié pour un jeune juif nommé Jonas
par Vianney 2015-01-31 14:50:03
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“Pendant cette année d'humanités où je logeais au café de mon ami Jean Pianta, j'entrai en relation avec un jeune juif nommé Jonas. Agé de dix-huit ans, de magnifique prestance il chantait d'une voix d'une beauté peu commune et jouait très bien au billard. Nous avions fait connaissance chez un libraire nommé Élie et, depuis lors, il ne pouvait entrer au café sans me demander aussitôt. Je lui donnais toute mon affection et il me la rendait à la folie. Il venait passer tous ses moments libres dans ma chambre. Alors nous chantions, jouions du piano, écoutions ou racontions mille histoires, lui surtout. Il lui arriva un jour de se quereller et de se battre avec quelqu’un à tel point qu’il pouvait en résulter de fâcheuses conséquences. Aussitôt, il se réfugia chez moi, me demandant conseil.

« Mon cher Jonas, lui dis-je, si tu étais chrétien je t’enverrais au plus tôt à confesse ; mais, pour toi, c’est impossible.

— Mais nous aussi, (s’empressa-t-il de répondre), nous pouvons aller à confesse si nous voulons.

— Vous allez vous confesser, mais votre confesseur n’est pas tenu au secret, il n’a pas le pouvoir de vous remettre vos péchés et ne peut vous administrer aucun sacrement.

— Si tu veux me conduire, j’irai me confesser à un prêtre.

— Je le pourrais bien, mais cela demande une longue préparation.

— Laquelle ?

— Sache que la confession remet tous les péchés commis après le baptême. De telle sorte que si tu désires recevoir un sacrement, il faut que tu sois baptisé.

— Que dois-je faire pour recevoir le baptême ?

— T’instruire de la religion chrétienne, croire en Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme. Ce n’est qu’après que tu pourras recevoir le baptême.

— Quel avantage me procurera le baptême ?

— Le baptême t’efface le péché originel et tous les péchés actuels, il t’ouvre la voie pour recevoir tout autre sacrement. En somme il te fait enfant de Dieu et héritier du ciel.

— Alors, nous Juifs, nous ne pouvons être sauvés ?

— Non, mon cher Jonas ; après la venue de Jésus-Christ les Juifs ne peuvent être sauvés sans croire en lui.

— Si jamais ma mère apprend que je cherche à me faire chrétien, gare à moi !

— N’aie pas peur, Dieu est maître des coeurs, et s’il t’appelle à devenir chrétien, il saura bien faire en sorte que ta mère s’apaise, ou il pourvoira, de quelque façon, au salut de ton âme.

— Mais toi, qui t’intéresses tant à moi, à ma place, que ferais-tu ?

— Je commencerais par m’instruire de la religion chrétienne. Pendant ce temps Dieu préparera les voies à tout engagement à venir. Prends donc un petit catéchisme et commence par l’étudier. Prie Dieu de t’éclairer et de te faire connaître la vérité. »

A partir de ce jour-là, il se prit à aimer la foi chrétienne. Il venait au café, mais à peine terminée une partie de billard, il me cherchait pour parler de religion et discuter du catéchisme. En quelques mois il sut faire le signe de la croix, réciter le Pater, l’Ave, le Credo et il connaissait les principales vérités de la foi. Il était très heureux et devenait chaque jour meilleur dans sa façon de parler et d’agir.

Tout jeune, il avait perdu son père. Sa mère, Rachel, avait entendu quelques vagues rumeurs mais ne savait encore rien de précis. Voici comment le pot aux roses fut découvert. Elle faisait un jour le lit (de son fils) lorsqu’elle trouva le catéchisme que Jonas avait, par distraction, oublié entre le matelas et le traversin. Alors ce furent des cris éperdus dans toute la maison. Elle alla porter le catéchisme au rabbin, puis, soupçonnant ce qui s’était passé, elle ne fit qu’un bond auprès de l’étudiant Bosco, dont elle avait entendu parler maintes et maintes fois par son fils. Imaginez le type même de la laideur et vous aurez une idée de la mère de Jonas. Borgne, sourde des deux oreilles, un nez énorme, presque édentée, des lèvres proéminentes, une bouche tordue, un menton long et pointu et une voix qui ressemblait au grognement d’un poulain : telle était celle que ses coreligionnaires avaient surnommée « la sorcière Lilith », terme par lequel ils qualifient ordinairement la créature la plus repoussante de leur peuple. Sa vue m’épouvanta. Sans me laisser le temps de retrouver mes esprits, elle m’aborda en disant : « Par ma foi, je le jure, vous avez tort ! Vous avez ruiné mon Jonas, vous l’avez déshonoré aux yeux de tous, vous, oui, vous ! Je ne sais ce qui va lui arriver. Je crains fort qu’il ne finisse par se faire chrétien. Et c’est vous qui en êtes responsable ! »

Je compris alors à qui j’avais affaire. Très calme je lui expliquai qu’elle ne connaissait pas son bonheur, qu’elle devait plutôt remercier quelqu’un qui faisait du bien à son fils.

— En voilà un bien ! C’est peut-être un bien que de faire renier sa propre religion ?

— Calmez-vous, ma bonne dame, répondis-je, et écoutez-moi. Ce n’est pas moi qui ai couru après votre Jonas. Nous nous sommes rencontrés chez le libraire Élie. Nous sommes devenus amis sans savoir pourquoi. Il me donne son affection et moi je l’aime beaucoup. En véritable ami, je désire qu’il puisse sauver son âme et s’instruire dans la religion sans laquelle personne ne peut être sauvé. Remarquez bien ceci, maman de Jonas, je n’ai fait que donner un livre à votre fils, en lui recommandant seulement de bien étudier notre religion, lui assurant que, s’il se fait chrétien, il n’abandonne pas la religion juive, au contraire il la perfectionne.

— Si, par malheur il devient chrétien, il devra alors abandonner les prophètes. Les chrétiens, eux, ne croient pas à Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, ni aux prophètes.

— Bien au contraire, nous croyons à tous les patriarches et à tous les prophètes de la Bible. Leurs écrits leurs paroles, leurs prophéties sont même le fondement de la foi chrétienne.

— Si notre rabbin était là, il saurait bien vous répondre. Moi je ne connais ni la Michna ni la Guemara (deux parties du Ta1mud). Mais que va-t-il advenir de mon cher Jonas ? »

Là-dessus elle coupa court et s’en fut. Il serait trop long de vous raconter tous les assauts que me livrèrent la mère, le rabbin et les parents de Jonas. Ni menaces ni violences ne furent épargnées au courageux jeune homme. Lui, cependant, souffrait tout et continuait de s’instruire de notre foi. Comme il ne sentait plus sa vie en sécurité dans sa famille, il dut s’en aller et vécu presque de charité. Bien des gens vinrent son secours. Jugeant qu’il fallait agir avec beaucoup de prudence je recommandai mon élève à un prêtre instruit qui en prit un soin paternel. Quand il fut dûment instruit de notre religion, comme il montrait impatient de devenir chrétien, on prépara une cérémonie solennelle qui édifia tous les chrétiens de Chieri et fit réfléchir d'autres Israélites qui, plus tard, embrassèrent la religion chrétienne.

Ses parrain et marraine furent Charles et Octavie Bertinetti. Au (jeune) néophyte, ils fournirent tout ce dont il avait besoin, de sorte que, une fois chrétien, il put gagner honorablement sa vie par le travail de ses mains. On lui donna au baptême le nom de Louis.”
Source : Don Bosco, Souvenirs autobiographiques, éd. Paulines, 1978, p. 73-78.

     

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