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La nouvelle postérité spirituelle de Joachim de Flore.
par Scrutator Sapientiæ 2015-01-06 08:15:30
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Bonjour à tous,

1. Je commence ce message en signalant la réédition de "La postérité spirituelle de Joachim de Flore", du Cardinal Henri de Lubac, les deux tomes étant réédités en un seul volume, aux éditions du Cerf.

Je continue ce message en vous précisant ce qu'est, à mes yeux, la postérité spirituelle actuelle de Joachim de Flore, depuis l'après 1945.

2. Voici tout d'abord deux citations de Joachim de Flore :

(Au début de son Expositio in Apocalypsim (Exposition de l'Apocalypse), Joachim reproduit l'idée fondamentale de son système, à savoir, la division du gouvernement du monde en trois règnes. Le premier, celui du père, va depuis le commencement du monde jusqu'à l'avènement du fils ; le second, celui du fils, commence à Zacharie, père de Jean, et va jusqu'à saint Benoît, avec lequel s'annonce le troisième. À ces trois règnes correspondent trois états de l'humanité : au premier âge appartient l'ordre des conjoints par le mariage, et qui n'ont d'autre fin que la propagation de l'espèce, au deuxième âge l'ordre des clercs, qui n'est pas né pour créer selon la chair, mais pour propager la parole de Dieu ; enfin l'ordre monastique procède de l'un et de l'autre : à l'un il doit l'existence, et par l'autre les hommes se préparent à la vie qu'ils doivent embrasser, il est le couronnement de la destinée de l'homme. Le dernier âge lui-même a trois périodes : celle de la lettre de l'Évangile, celle de l'intelligence spirituelle, celle enfin de la pleine manifestation de Dieu.)

« Il y aura un temps où on vivra en esprit. Il durera jusqu'à la fin du monde, et a commencé avec le bienheureux Benoît. Dans l'un on a été sous la loi, dans l'autre nous sommes dans la grâce, dans le troisième, que nous attendons prochainement, nous serons sous une grâce plus abondante. Le premier est l'âge de la servitude servile, le second de l'obéissance filiale, le troisième de la liberté. Le premier est l'âge de la crainte, le second de la foi, le troisième de la charité. Le premier est l'âge des vieillards, le second celui des jeunes gens, le troisième celui des enfants. »

(Il y a trois sortes d'écritures divines : la première était pour le premier âge du monde, c'est l'Ancien Testament ; la seconde est la nôtre, c'est le Nouveau Testament ; la troisième résulte des deux autres, elle consiste dans l'intelligence de l'Esprit. L'une est pour les enfants, l'autre pour les adolescents, la dernière doit enivrer les cœurs d'amour. Et cette Écriture sainte du dernier âge, c'est l'Évangile éternel. « Cet Évangile a été nommé éternel par Jean, parce que celui que le Christ et les apôtres nous ont donné est transitoire et temporel en ce qui touche à la forme même des sacrements, mais éternel pour les vérités que ceux-ci signifient. »)

« De même que la lettre de l'Ancien Testament semble appartenir au Père, par une certaine propriété de ressemblance, et au Fils la lettre du Nouveau Testament ; de même l'intelligence spirituelle, qui procède de tous les deux, appartient au Saint-Esprit. D'après cela, l'âge où l'on s'unissait par le mariage fut le règne du Père ; celui des prédicateurs est le règne du Fils; et l'âge des religieux, ordo monachorum, le dernier, doit être celui du Saint-Esprit. Le premier avant la loi, le second sous la loi, le troisième avec la grâce. »

Ici.

3. Voici ensuite ce que je crois pouvoir constater : la présence, dans l'Eglise catholique, depuis déjà quelques décennies, de l'état d'esprit suivant, selon lequel :

- le premier âge a été celui de l'Ecriture

- le deuxième âge a été celui de la Tradition

- le nouvel âge est celui du Renouveau, dans l'acception progressiste du terme.

4. Je ne pense pas ici au renouveau charismatique, ni même au renouveau théologique, en ce qu'il a eu de plus fidèle à au moins une composante de la Tradition, mais je pense ici à ce qu'ont été, et à ce que sont toujours, dans les faits, le plus souvent, le renouveau liturgique et le renouveau pastoral.

5. La question de savoir si ce nouvel âge est également synonyme de "troisième âge", dans l'acception "mono-générationnelle" de cette expression, mérite vraiment d'être posée : on pouvait en effet espérer, au début des années 1980, que l'état d'esprit qui a été véhiculé, dans les années 1960-1970, serait le fait d'une seule génération d'évêques, et ne serait pas réitéré par les générations suivantes, mais force est de constater que ce n'est pas le cas, notamment dans le contexte français.

6. La mystique du Renouveau, hier para ou pseudo "conciliaire", aujourd'hui para ou pseudo "évangélique", est aujourd'hui devenue partiellement synonyme de nostalgie, vis-à-vis des deux décennies de la "génération Vatican II", mais cela ne l'empêche pas de continuer à sévir, même si la liturgie est un peu moins soumise à de la "créativité", et même si la pastorale est autrement "contextualisée".

7. Je constate par ailleurs, et c'est la raison pour laquelle je parle de la nouvelle postérité spirituelle de Joachim de Flore, que les clercs partisans et promoteurs de ce que j'appelle l'âge du Renouveau se condamnent à faire de moins en moins référence à l'Ecriture et à la Tradition, ou à subordonner de plus en plus l'une et l'autre au Renouveau lui-même, donc à l'angélisme, à l'irénisme, à l'utopisme, que le caractérisent.

8. Le Magistère étant l'interprète, mais aussi le "réceptacle", de l'Ecriture et de la Tradition, un "véhicule" dans lequel doivent pouvoir monter l'Ecriture et de la Tradition, on ne peut qu'être interrogatif, quand on entend Mgr PONTIER parler de placer la pastorale avant la doctrine.

Ici.

9. Comment une pastorale qui passerait avant la doctrine pourrait-elle à coup sûr être inspirée par l'Ecriture et par la Tradition, la doctrine étant précisément l'instance d'interprétation de l'Ecriture et de la Tradition, de la manière la plus explicite et la plus objective ?

10. Il me semble que l'on voit assez bien dans quelle mesure la mystique du Renouveau, qui est une mystique "gaudium-et-spiste", quasiment réductrice du Concile à GS, se condamne à l'anti-référentialité ou à la pseudo-référentialité, plutôt qu'à des références pleinement fidèles à l'Ecriture, à la Tradition, et au Magistère, dans la mesure où il est lui-même "ortho-référentiel".

Qui suis-je pour...ne pas me poser la question de la compatibilité du "logiciel" de l'âge du Renouveau avec le contenu de la Parole de Dieu, donc de l'Ecriture et de la Tradition ?

Je précise que je viens de me procurer l'ouvrage d'Henri de Lubac, mais que je n'en ai pas lu une ligne, avant d'écrire ce message ; ce n'est donc pas cet ouvrage, ni ce qui se passe depuis bientôt deux ans, qui constitue la source d'inspiration première de ce message, d'autant plus que je fais référence à un âge du Renouveau qui a commencé à se manifester dès les années qui ont suivi la fin de la seconde guerre mondiale.

Bonne journée et à bientôt.

Scrutator.

     

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 La nouvelle postérité spirituelle de Joachim de Flore. par Scrutator Sapientiæ  (2015-01-06 08:15:30)
      Oui, il y a un côté millénariste dans les confusions actuelles... par Athanase  (2015-01-06 10:52:57)


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