Il s’agit d’ouvrir les yeux et de voir, qu’objectivement le néomodernisme a envahi des sphères immenses des structures officielles. Si on a pu dire avec raison à Paul VI, puis à Jean-Paul II : “Rendez-nous le Catéchisme, l’Écriture et la Messe” (J. Madiran), c’est que ce sont les biens essentiels de l’Église qui sont partout en péril.
C’est dans ce contexte qu’arrive “du plus haut sommet” un enseignement incomplet, entaché de plusieurs graves erreurs, parsemé de propositions douteuses. Dans quel sens faut-il les entendre ? Mais dans le sens de la prédication ambiante, de celle des Pasteurs mis en place et maintenus par Jean-Paul II ! Ne leur a-t-il pas dit, à propos de l’affaire du catéchisme moderniste “Pierres Vivantes” : “dans les diocèses dont vous avez la charge, aucune personne ni aucun groupe privé ne saurait suspecter ni remettre en question votre responsabilité primordiale en ce domaine, ni l’autorité qui lui est inhérente” ? (Disc. aux év. de l’Ile de France, 1er oct. 1982, O.R. 05.10.82, p. 8).
On nous dira aussi peut-être : mais quelle importance tout cela a-t-il ? Ne nous suffit-il pas de nous cantonner, nous personnellement, dans le catéchisme d’antan, en laissant de côté ces querelles de doctrine qui n’intéressent personne ? Mais précisément, cette question nous montre la nécessité de souligner le primat de la Vérité et de la Foi dans l’Église.
L’histoire de l’Église est jalonnée de ces grandes luttes dont l’issue est décisive pour la foi des humbles. N’avez-vous pas remarqué combien les pasteurs imprégnés de progressisme insistent sur l’importance de “l’engagement dans le monde”, du “social”, etc., à tel point qu’ils n’accordent qu’une importance relative aux devoirs de leur ministère ? Mais c’est le résultat direct de la théologie de “Gaudium et Spes” ! Avez-vous noté combien ces pasteurs soulignent sans cesse la dignité surnaturelle de tout homme, adopté comme fils dans le Christ, sans parler de péché originel ou de nature déchue ? Mais c’est la vulgarisation de la prédication de Jean-Paul II sur “l’union du Christ à tout homme” !
Les “querelles de doctrine”, comme on les qualifie, sont vitales pour l’Église parce que c’est la Foi qui est le fondement de la vie surnaturelle. Pouvons-nous laisser croire à nos frères que nous acceptons tout cela ? Pouvons-nous nous désintéresser de ceux qui marchent dans l’erreur, à cause des mauvais bergers ? Ne devons-nous pas tout faire pour les éclairer ?
“Reculer devant l’ennemi et garder le silence, lorsque de toutes parts s’élèvent de telles clameurs contre la vérité, c’est le fait d’un homme sans caractère, ou qui doute de la vérité de sa croyance. Dans les deux cas, une telle conduite est honteuse et elle fait injure à Dieu ; elle n’est avantageuse qu’aux seuls ennemis de la foi ; car rien n’enhardit autant l’audace des méchants que la faiblesse des bons” (Léon XIII, enc. “Sapientiae Christianae”, du 10 janv. 1890).
Source : conclusion de la conférence prononcée à la Mutualité par le R.P. Louis-Marie de BLIGNIÈRES, tert. o.p.
Paris, 16 avril 1983, mercredi de la Passion.
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