Soutane et képi par Aigle 2014-09-20 18:22:32 |
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Lu sur le blog mauvpens :
Avez-vous remarqué, comme moi, que les rares militaires que l’on croise encore en uniforme dans les transports publics semblent avoir égaré leur couvre-chef ? Pas de képi, pas de casquette… Envolés ? Non, non : soigneusement dissimulés. L’objet du délit -car c’en est un au regard du règlement militaire- se trouve généralement remisé dans un informe sac-à-dos -non point d’ailleurs un sac-à-dos militaire, mais un sac-à-dos civil, sac-à-dos de sport, sac-à-dos de supermarché. C’est là une deuxième infraction à la discipline militaire, puisque le mélange des effets militaires et des effets civils est strictement interdit. Pourquoi? Mais il suffit d'ouvrir les yeux : parce qu'un tel mélange sent la vadrouille et pue la déroute. Sans avoir lu le règlement, n'importe quel citoyen doté d'une certaine sensibilité aux formes peut s'en rendre compte. Les militaires en question n'en font sans doute pas partie...
Comment interpréter ce comportement ?
Il faudrait commencer par commenter la raréfaction des militaires en uniforme, mais elle relève de la même logique, évidemment. La réponse est très simple : la plupart des militaires ne sont plus capables de porter fièrement leur uniforme, et ceux qui se trouvent contraints par les circonstances de le porter sur la voie publique n’ont pas le front d’assumer la partie la plus visible de leur tenue, à savoir leur couvre-chef. Essayons de nous mettre dans la peau de ces militaires d’un nouveau genre. Ils ne sont plus capables d’assumer devant leurs propres concitoyens le fait qu’ils sont des militaires de carrière, arborant les insignes de leur corps d’appartenance. Creusons un peu : pourquoi ne sont-ils plus capables de porter fièrement les marques de leur fonction ? Ont-ils honte ? Ont-ils à ce point intériorisé l’idéologie libertaire qu’ils seraient incapables de justifier leur état ? Sont-ils si peu assurés dans l’existence ? Il y a certainement de cela. La même analyse vaut pour la grande disparition des prêtres en soutane dans les années 70. La soutane, cette "prédication muette" disait aux passants : "Faites pénitence, Dieu vous voit, convertissez-vous." L'animateur social en anorak violacé ne dit rien à personne. Le képi, c'était pareil ; il disait "Honneur-Patrie-Valeur-Discipline". Quelle horreur ! La tenue du militaire dépenaillé dit exactement le contraire.
Mais, vous commencez à me connaître, je ne vais pas en rester là. Je vais vous dire qu’il y a bien pire. Le motif le plus probable du comportement des militaires à la tête nue me semble être la peur. La peur d’être pris à partie, houspillé, bousculé. Pour éviter cela, il faut commencer par se rendre le moins visible qu'on peut, comme le petit lapin qui se recroqueville dans le fossé en tremblotant. Il faut aussi éviter de porter sur la tête l’objet que les agresseurs enverraient voler en premier. Je n’ai guère de doute sur l’hypothèse que je formule.
Voilà donc où nous en sommes. Les hommes qui ont pour vocation d’exercer dans notre pays le monopole de la violence légitime, les membres de la force armée n’osent plus sortir tout seuls dans le métro, tenaillés qu’ils sont par un mélange de honte et de peur. Je ne sais pas si cela vous rassure. Moi pas. Et si certains pensent que nos ennemis sont insensibles à ce genre de signes d’aplatissement et de cagade morale, c’est qu’ils n’ont jamais réfléchi à ce qu’est un rapport de force.
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