L’article de Madiran auquel Chiron fait allusion... par Vianney 2014-06-06 10:52:43 |
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Jean Madiran avait écrit en une circonstance analogue : « je ne crois pas que l’on puisse mener une action politique en commun avec des ennemis déclarés de l’Église et de la Foi ».
En ouvrant Rivarol, ce matin du 20 mars, j’apprends que je suis un ami de M. Lucien Rebatet. Première nouvelle.
J’ignorais que M. Rebatet me portait de l’amitié. Je me demande ce que j’ai bien pu faire pour cela. Je sais seulement qu’il m’est impossible de la lui rendre.
M. Lucien Rebatet rappelle dans Rivarol qu’il est l’auteur d’un livre intitulé Les Décombres, paru à la faveur de l’occupation allemande, et qu’après quatorze années (il veut dire seize), qu’après quatorze années qui auraient pu être de réflexion, et que l’on espérait de remords, il n’en retranche rien, il y ajouterait plutôt, et le publierait de nouveau s’il en avait la possibilité.
Cela le regarde. Mais il se trouve que ce livre, quelles qu’y soient les manifestations ou les apparences d’un talent de plume que l’on peut diversement apprécier, est le contraire de tout ce que je pense, insulte tout ce que j’aime et bafoue tout ce que je désire servir.
Qu’il attaque parfois des personnages et des institutions indéfendables n’a aucune importance et n’est pas une excuse car simultanément, il traîne dans la boue la France chrétienne et l’Eglise catholique, PARCE QU’IL LES DÉTESTE, et d’ailleurs ne le cache point.
M. Lucien Rebatet se vante dans Rivarol d’avoir « traité deux ou trois Papes de gredins ». Qu’il ait pu d’autre part rencontrer un abbé progressiste encore plus « anti-clérical » que lui-même n’est pas complètement invraisemblable, mais ne constitue pas un alibi.
Parmi les « deux ou trois Papes » en question, M. Lucien Rebatet a outragé le Souverain Pontife régnant, d’une manière qui fait pâlir les insolences actuellement mises en scène par M. Peyrefitte. Que M. Rebatet puisse en invoquer le souvenir dans Rivarol autrement que pour s’en excuser ; qu’il puisse en tirer vanité : voilà un fait nouveau.
Il a parfois existé en France une droite anti-cléricale, anti- papiste et antichrétienne. Mais ce n’est pas la mienne.
J’apprends du même coup que j’aurais le dessein de « reconvertir les Jésuites français au catholicisme ». Il est bien évident que le catholicisme et les Jésuites sont des réalités qui échappent totalement au jugement de M. Rebatet, ou à ce qui lui en tient lieu : car il n’est pas toujours vrai que la haine soit clairvoyante, l’exemple de M. Rebatet suffisait à l’établir.
Il m’est arrivé, il m’arrivera peut-être encore d’interroger ou de contredire non pas « les Jésuites français », mais certains d’entre eux, par ailleurs éminents et respectés, sur leur méconnaissance des réalités concrètes du communisme soviétique, ou sur quelques préjugés temporels dont ils ne sont pas toujours exempts.
Mais, cela dit, j’ai infiniment plus à apprendre des Jésuites français que je n’ai à leur en remontrer. Leurs saints et leurs martyrs sont les témoins de Jésus-Christ dans tous les continents, depuis quatre siècles, y compris le nôtre. M. Rebatet n’y peut rien comprendre, qui n’entend jamais parler de l’Évangile sans ricaner. Ses sentiments m’importent peu. Mais, à partir de la minute où il les exprime dans Rivarol, il est évident que ce journal, je n’en suis plus.
Je ne crois pas que l’on puisse mener une action politique en commun avec des ennemis déclarés de l’Église et de la Foi. Quelle action politique d’ailleurs ? Je cherche vainement depuis des mois sur quel chapitre de la politique je serais vraiment et fondamentalement d’accord avec Rivarol. Un tel désaccord n’était peut-être pas un accident insurmontable. Un journal peut exprimer des points de vue divers. Il pouvait même, sans doute, s’enrichir ou s’orner de la collaboration du critique d’art, du musicographe ou du chanteur de charme, je ne sais plus, qu’est paraît-il M. Rebatet, importante vedette de l’écurie Gallimard.
Cela aurait néanmoins comporté quelque équivoque. Le mérite de M. Rebatet est de l’avoir dissipée d’emblée. Il le dit et on peut l’en croire : c’est bien l’auteur des Décombres, l’insulteur du Pape, l’ennemi de la Foi chrétienne qui est entré à Rivarol.
Il ne pouvait y entrer sans que j’en sorte. Personne d’ailleurs n’en avait sérieusement douté.
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