Les deux populismes se neutraliseront pour le bien commun politique par le torrentiel 2014-05-27 16:47:29 |
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Cher Jacques,
C'est mon pari: je crois que les deux populismes qui auraient un intérêt supérieur à s'allier pour sauver le peuple finiraient, s'ils entraient dans cette logique d'alliance, par neutraliser respectivement chacun ce que l'autre a de mauvais.
Comme vous, je suis hostile à l'avortement. Le FN a cessé de l'être explicitement, mais il promet d'organiser un référendum sur le sujet. Le Front de gauche émet trop de protestations démocratiques pour pouvoir s'y opposer le moment venu. Que si l'on m'objecte que "la morale ne se met pas aux voix", on se condamne à accepter que rien ne change, un peu comme on s'est bercé à bon marché que "Force vie" pourrait devenir un parti politique...
Comme vous, je suis opposé à la conception républicaine de la laïcité, sans pousser jusqu'à la reconnaissance de la Royauté Sociale de NSJC parce qu'elle me paraît un contresens historique et social.
Force est de constater que le FN a détourné la laïcité pour la mettre dans son escarcelle à des fins d'opposition à l'islam.
Mon pari est que la laïcité républicaine "pur jus" du front de gauche et la laïcité antiislamique du Front National finiront par se neutraliser réciproquement dans un commun respect des religions.
Je me crois fondé à penser qu'il y a des relents de xénophobie dans le FN et je n'aime pas que le FN soit xénophobe.
Ou je refuse à l'avenir tout compagnonage avec le FN en raison de sa xénophobie (et ce serait un point de vue chrétiennement parfaitement défendable), mais alors je me condamne à ne jamais défendre d'alternative propre à réhumaniser (et à rechristianiser) la politique dans le sens d'une souveraineté à laquelle je crois par ailleurs.
Je me condamne aussi à faire comme si je ne savais pas que, si les choses continuent d'aller leur train, l'élection de Marine le Pen sera inévitable à terme. Ou je compose avec cette conviction prospective, ou je me place en dehors de l'Histoire sous prétexte de refuser de la comprendre.
De même, je n'apprécie pas le sectarisme du Front de gauche. Ou bien j'en reste à la caricature autoritaire et sectaire que me donne à entendre son porte-parole, ou bien je la dépasse, et je fais de la politique en cherchant le plus petit commun dénominateur entre les populismes et en pariant que ce qui unit les deux Fronts est plus important que ce qui les sépare, et que cette communauté de vue finira par neutraliser, au FN la dérive xénophobe; au Front de gauche la dérive autoritaire (tempérée par une profession de foi démocratique)
Ou bien, comme les dirigeants actuels du Front National et du front de gauche, je fais le dégoûté devant l'autre; ou bien je prends acte du fait que l'expérience soviétique a définitivement discrédité l'antidémocratisme des partis de gauche, comme l'expérience des puissances de l'Axe a rendu impossible que le Front National finisse dans le fascisme et a fortiori dans un national socialisme à la française, fût-il d'inspiration soralienne.
Quant à la similitudes programatique entre le Front National et le Front de gauche, ne vous saute-t-elle pas aux yeux ainsi qu'à la plupart des commentateurs? Or, que propose le FN, sinon de détruire de l'intérieur et sans alliés pour le faire une idée européenne qui n'est pas intrinsèquement mauvaise ni antichrétienne?
Bien qu'il ait été atlantiste, Robert schumann n'a-t-il pas fait triompher l'Europe chrétienne contre l'Europe nationale socialiste?
Certes, c'était pour arriver à la même Europe allemande sur l'axe géographique (et non pas idéologique) de la Mittel Europa, mais ceci est-il imputable à Robert schumann ou à sa confiance excessive dans la technocratie bureaucratique?
ON ne fait pas de politique sans se salir les mains.
Le FN , avec la laïcité, a repris une thématique maçonnique; le Front de gauche l'assume en franche maçonnerie; mai si l'analyse dégage que seule leur union est de nature à permettre à la souveraineté populaire d'émerger à nouveau, doit-on bouder cette union?
(Je ne confonds évidemment pas la souveraineté populaire avec la Souveraineté divine, mais je crois que la liberté politique des peuples a quelque chose de commun avec la liberté qu'ont les individus de répondre à la Volonté de Dieu, et je ne vois pas comment la liberté qui serait dévolue aux individus serait refusée aux sociétés. Je ne le vois pas dans l'absolu, et je ne le vois pas dans le cadre des sociétés pluralistes que sont devenues de fait nos sociétés occidentales.)
On ne fait pas de politique sans se salir les mains, et je me salis les mains en produisant cette analyse. Il me coûte d'avoir à reconnaître que Marine le Pen et Jean-Luc Mélanchon sont devenus à eux deux l'incarnation de l'alternative démocratique et démophile en politique, eux en qui je voyais, au lendemain de l'élection présidentielle de 2002, à la simple écoute de leurs voix qui étaient alors inconnues du grand public auquel j'appartiens , l'expression de la haine en politique, deux recours auxquels j'espérais qu'on n'en arrive jamais. Car, contrairement à la plupart de mes contemporains (et pas simplement par esprit de contradiction), je préfère Jean-Marie le Pen à sa fille...
Si je glisse à présent de l'analyse des forces politiques à l'analyse des forces religieuses en présence dans notre société, je dois dire (et non pas confesser, car je ne regrette pas ma position) que, pour des raisons que j'ai développées en son temps, je me suis senti peu engagé par le combat Contre "le mariage pour tous".
Mais je reconnais à ce combat, outre sa dignité, d'avoir permis à la religion (certes plurielle) d'avoir commencé à émerger dans son ordre.
Elle a lutté pour ne pas s'organiser en Front des religions, mais elle y a presque été contrainte par le rapport des forces, c'est-à-dire par la force des choses, qui est la saine obédience que l'on doit au réel qui commande dans son ordre.
Je regrette simplement que le front des religions qui s'est organisé réunisse catholiques et musulmans au détriment du tiers juif et sur la base d'un certain antijudaÏsme. La faute en est à de mauvais bergers come Alain Soral qui, quels que soient leur charisme et leur séduction, prospèrent sur la désunion nationale et à qui Farida Belghoul doit de façon contingente d'avoir émergé par nécessité dans ce débat où on attendait quelqu'un de son calibre.
Là encore, je ne crois pas à la politique de l'anti.
C'est pourquoi je ne crois pas que le FN ait raison d'être antieuropéen, comme je ne crois pas que la "convergence" islamo-chrétienne ait de l'avenir, si elle a pour implicite un antijudaÏsme qui a fait trop de dégâts.
Incidemment, je regrette a posteriori de ne pas avoir intitulé mon précédent message "La défense de la vie ne fait pas une politique" plutôt que "n'est pas une politique":
La défense de la vie est le début de la politique, mais la politique consiste avant tout à savoir déterminer ce que l'on fait de la cité dans l'intervalle, quel projet on met en avant entre la naissance des enfants et la mort des citoyens, étant sauf le droit de ne pas être tué avant de naître ou avant de mourir de mort naturelle.
Je termine par une note plus personnelle: même si je me suis abstenu d'en faire état, j'ai été consterné de ce qui arrive à Ennemond et suis heureux qu'il s'en sorte. Deo gratias, comme il va sans dire et peut-être mieux en extériorisant ce pieux remerciement au Seigneur de nos corps et de nos âmes!
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