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La phrase citée me semble être une contradiction dans les termes.
par Scrutator Sapientiæ 2014-03-06 21:44:42
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Bonsoir et merci, Abbé Néri.

"Oui à la globalisation, mais avec l'homme au centre et dans le respect de la particularité de chaque peuple."

1. La phrase que vous citez au début de votre message me semble être une contradiction dans les termes, quel que soit son auteur, je dis bien "quel que soit son auteur" car j'ai déjà entendu, dans les années 1990, ce genre d'"antinomie aporétique", dans la bouche de personnes, évidemment totalement à l'abri des conséquences les plus dramatiques de la globalisation, qui en vantaient les mérites, tout en souhaitant que l'on y mette davantage la personne humaine au centre, et qu'on y respecte davantage l'identité de chaque nation.

2. Ce n'est pas pour des raisons accidentelles ou conjoncturelles, momentanées ou provisoires, mais c'est pour des raisons tout à fait intentionnelles, programmatiques, volontaristes, que la globalisation contemporaine est ce qu'elle est, surtout depuis le début des années 1990 ; pour être encore plus clair, je rappelle ceci : ce que nous appelons globalisation n'est autre que l'américanisation du monde, ce qui ne signifie pas que le processus ne va pas finir par échapper aux continuateurs de ses initiateurs.

3. D'une part, de quel homme parle-t-on ? De quel regard sur l'homme, de quelle vision de l'homme, parle-t-on exactement, concrètement, précisément ? A qui donc fera-t-on croire que la vision homosexualiste de l'homme est la même que la vision judéo-chrétienne ? Et en quoi la référence à l'homme constitue-elle une instance d'humanisation effective, et pas seulement incantatoire, de la globalisation ?

4. D'autre part, pourquoi donc l'homme devrait-il au centre de la globalisation ? Puisque, ou si, c'est si bien que cela, la mondialisation, pourquoi donc la référence à Dieu, Père, Fils, Esprit, ne pourrait-elle pas être placée au centre de la mondialisation, non dans une optique théocratique, mais dans une logique théonomique, respectueuse et soucieuse du Créateur, de la création, et des créatures ?

5. Enfin, qu'arriverait-il si la particularité d'un peuple, ou d'un groupe de peuples, consistait précisément à s'en prendre à l'homme, et à faire en sorte que ce soit le marché, et non l'homme, ou la charia, et non l'homme, qui soit placé(e) au centre de la globalisation ?

6. Je préfère, pour ma part, la notion de mondialisation, qui implique, non l'humanisation, mais la mondanisation des êtres et de l'agir humain, des idées et des actions, des préoccupations et des activités, sous couvert de modernisation économique, éducative, culturelle, matérielle, sociale, technique.

7. C'est cela, et pas autre chose, l'intrinsèquement pervers d'aujourd'hui, et c'est cela qui aboutit à des pratiques qui ne sont pas seulement injustes, mais qui sont aussi absurdes, quand on pense, par exemple, au nombre de kilomètres parcourus par un cageot de tomates, entre le producteur et le consommateur, ou au fait qu'il y a aujourd'hui plus de personnes qui ont accès à un téléphone portable que de personnes qui ont accès à une eau naturellement potable.

8. Je termine ce message en pensant au mot de Pie XII, repris par Jean XXIII dans Mater et Magistra :

" Un grave danger

Comme Nous l'avons déjà fait remarquer, les hommes ont aujourd'hui approfondi et grandement étendu la connaissance des lois de la nature ; ils ont créé des instruments pour accaparer ses forces ; ils ont produit et continuent à produire des œuvres gigantesques et spectaculaires. Cependant, dans leur volonté de dominer et de transformer le monde extérieur, ils risquent de se négliger et de s'affaiblir eux-mêmes. Comme le notait avec une profonde amertume Notre Prédécesseur Pie XI dans l'Encyclique Quadragesimo anno : « Le travail corporel que la divine Providence, même après le péché originel, avait destiné au perfectionnement matériel et moral de l'homme, tend, dans ces conditions, à devenir un instrument de dépravation : la matière inerte sort ennoblie de l'atelier, tandis que les hommes s'y corrompent et s'y dégradent. » (48)

De même le Souverain Pontife Pie XII affirme avec raison que notre époque se distingue par le contraste existant entre l'immense progrès scientifique et technique et un recul effrayant de l'humanité : notre époque achèvera « son chef-d'œuvre monstrueux, en transformant l'homme en un géant du monde physique aux dépens de son esprit, réduit à l'état de pygmée du monde surnaturel et éternel » (49).

Aujourd'hui encore se vérifie sur une très vaste échelle ce que le Psalmiste affirmait des païens : l'activité des hommes leur fait oublier leur nature ; ils admirent leurs propres œuvres au point d'en faire des idoles : « Leurs idoles, or et argent ; une œuvre de main d'homme. » (50) "

La mutation du psychisme humain et la soumission au progrès technique font partie des origines et des conséquences de la mondialisation ; ce qui nous tend les bras, ce n'est pas un polygone libérateur, égalitaire, fraternitaire, c'est un véritable panoptikon totalitaire.

Ce qu'il y a de bien, avec les prophètes de malheur, c'est qu'ils sont presque toujours remplis d'espoir paradoxal : l'espoir de ne pas avoir raison...

Bonne nuit et à bientôt.

Scrutator.

     

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