Une bonne initiative ! Des remarques et quelques objections... par Athanase 2014-01-22 20:04:18 |
|
Imprimer |
Je salue cette initiative qui traduit, chez certains tradis, une conscience que l'unité dans les relations entre tradis reste nécessaire. L'exemple de ces 25 dernières années démontre que nous n'avons pas toujours été exemplaire. Je pense même que certains tradis, en jouant avec la Charité, jouent hélas aussi avec la FOI.
Je ne reviens pas sur des épisodes désagréables; à titre personnel, j'ai regretté à la FSSPX une tendance à l'exclusivisme, apparue après les sacres de 1988. Une tendance conduisant même à décourager les Fidèles à ne pas suivre les messes de l'autre, etc. Une tendance qui peut se comprendre vu le rejet dont la FSSPX a fait l'objet et les accusations de schisme jetés par certains milieux diocésains. Et puis on ne cherche pas à choyer des communautés nées d'un texte qui désapprouve la FSSPX... Attitude qui a pu aller jusqu'à freiner toute initiative apostolique. Le plus curieux est que ce ne sont pas les sacres, ni même la critique (radicale) de Vatican II qui ont été choquants de la part de la FSSPX. Non, ce qui fut choquant c'est un peu ce recroquevillement constaté ici et là, mais pas partout, qui dénote qu'un noble combat est lourd, très lourd à porter. La FSSPX ne pouvait, à elle seule, le porter. Ce constat n'émane pas de moi, ni d'ennemis jurés de la fraternité, mais de membres ou proches de la FSSPX qui, il y a quelques années, pointèrent ce danger pour la FSSPX de n'avoir pas de communauté amie pouvant l'équilibrer et, si possible, la corriger (la solitude, surtout lorsqu'elle n'est pas cherchée, reste toujours un danger). Le drame de cette crise de l'Eglise a été aussi de laisser la FSSPX seule, sans autorité réelle au-dessus d'elle parce qu'elle se méfiait, non sans raison, des instances officielles. Sa situation est plus complexe; ce n'est ni l'anarchie, ni l'autoritarisme, mais une situation inédite créée par la crise de l'Eglise, dont la FSSPX souffre profondément alors même qu'elle la combat. Je n'en dis pas plus. D'ailleurs, le mieux est que l'on fasse soi-même ces critiques. Les imposer du dehors, cela ne sert à rien.
Je pense que si le climat s'est apaisé, cela résulte de différentes raisons, dont certaines sont évidentes, d'autres moins.
L'une des premières raisons est que la question de l'usage de l'ancien Missel et de la défense de la Tradition ne se pose plus selon le schéma binaire FSSPX/FSSP, comme ce fut le cas jusqu'à la fin des années 1990. L'apparition de nouvelles communautés, leur développement malgré des freins épiscopaux voire romains, la reconnaissance du Missel de 1962 comme forme extraordinaire ont autant d'éléments qui ont contribué à créer une situation non-binaire. A cela peut aussi s'ajouter le fait que la FSSP a pris ses marques et d'adolescente qu'elle était entre à l'âge adulte.
Je pense aussi que la FSSPX, de son côté, ne conçoit plus forcément la FSSP comme une concurrente destinée à l'asphyxier. On peut dire que, sur ce plan, si le rêve a été caressé, ce fut clairement un échec immédiat dans la mesure où peu de prêtres rejoignirent la FSSPX dans l'immédiat. Avec le temps, les deux fraternités ont fini par prendre chacune leur envol, développant leur propre spécificité. Avec le temps, elles ont cessé de se regarder en chiens de faïence, tout simplement parce qu'elles suivaient chacune leur route et qu'elles ont pris de la maturité (en 1988, la FSSPX était une ado, alors que la FSSP était un bambin; aujourd'hui, la FSSPX est une femme d'âge mûre, tandis que la FSSP est une jeune adulte qui entre dans la vie professionnelle...). La distance et le recul ont aussi du bon. Mais cela n'a pas empêché la FSSPX d'être la principale communauté usant de la forme extraordinaire. Cela doit être noté.
Enfin, le rapprochement officiel avec la FSSPX, la libéralisation, certes relatives, du rite tridentin (au moins sur le papier) et, plus généralement, l'intérêt de deux papes (Jean-Paul II et Benoît XVI) pour la question traditionnelle ont malgré tout créé un climat démontrant que la chose est appréhendée avec sérieux.
Je pense aussi qu'un autre élément, méconnu a considérablement joué: la souplesse des autorités romaines, à commencer par celle du Bienheureux Jean-Paul II, sur le dossier de la FSSPX. Le pape n'a guère fulminé contre la FSSPX ("acte schismatique" dans le Motu proprio de 1988, mais il n'y aura plus d'allusions de cette nature dans les textes qui suivirent sous la plume de Jean-Paul II); quant à la curie romaine, il n'y a guère de position officielle dénonçant l'attitude de la FSSPX: le décret du 1er juillet 1988 parlant de "schisme" n'a guère été suivi par des textes aussi éloquents. Aucune allusion papale, mais quelques textes romains sur la question, parfois contradictoires, qui démontrent surtout que Rome a fait preuve de souplesse. Si Rome voulait dénoncer la FSSPX, elle pouvait le faire. Elle ne l'a pas fait, ce qui démontre que le silence en dit assez long. Pour quelles raisons ? Pour ne pas tomber dans le "un poids, deux mesures": une FSSPX condamnée dans une Eglise tolérant les courants opposés, cela n'aurait pas eu grand sens. Pour reconnaître aussi que le dossier est complexe et qu'il est délicat de trancher rapidement. Et pour laisser une marge d'appréciation dans l'hypothèse d'une réconciliation future...
Personnellement, avec le recul, je reconnais que les sacres de 1988 ont été bénéfiques en ce sens qu'ils ont préservé l'unité de la FSSPX (c'est peut-être curieux, mais cet argument me semble capital: il aurait été fâcheux de se retrouver avec une affaiblissement notable dès 1988), évité la création d'une fraternité qui aurait dépéri par absence d'épiscopat, mais également ouvert la voie à d'autres communautés, mais unies à Rome. Je pense tout simplement que Dieu écrit droit avec des lignes courbes et qu'à vouloir être trop rationnel on se plante royalement. Tous, nous savons que la situation est complexe, que la crise de l'Eglise est présente, dans une bonne partie de l'Eglise, mais aussi en nous-même. Tous, nous constatons la fragilité des uns et des autres et que ce combat reste difficile dans une société qui nous est de plus en plus hostile.
Quelques remarques sur le paragraphe suivant qui me donnent une impression de vague et me laissent sur ma faim:
"Il faut dire en toute honnêteté: du côté de la FSSPX, il reste à reconnaître le Pape, et le désir de se faire reconnaître dans sa particularité demeure, choses qui varient de personne à personne. Du côté des communautés Ecclesia Dei, il reste une désapprobation de la nouvelle messe (indépendamment du fait qu'elle est considéré comme valide et légitime) et de la modification de la doctrine traditionnelle, qui sont tous deux également exprimé différemment d'une personne à une autre. Les exceptions au sein de ces groupes confirment la règle dans les deux communautés."
Euh, si je me trompe, la FSSPX vous dira qu'elle reconnaît le pape et que le lui demander n'a pas grand sens... Que signifie "reconnaître" ? Est-ce une soumission conditionnelle ? La FSSPX pourra vous dire qu'en soi elle n'est pas insoumise... Voilà du côté Saintpiediste. Quant à la "désapprobation de la nouvelle messe (indépendamment du fait qu'elle est considérée comme valide et légitime)": je tique un peu ! Que signifie désapprouver si l'on considère le rite comme valide et légitime ? Et puis que signifie vraiment désapprouver ? Si c'est dire que l'Eglise aurait dû, avec recul, s'abstenir d'instituer un nouveau rite, moins explicite, un peu rapide sur certains points, je ne vois guère d'objection: l'Eglise a la certitude de ne pas errer, mais pas de faire les meilleurs choix. A titre d'exemple, elle n'a jamais prétendu que sa discipline était la meilleure. Les promesses d'indéfectibilité ne sont pas des promesses d'accroissement, mais des promesses de préservation à l'égard de l'erreur. Cela s'applique aussi bien pour des pratiques pré que post-conciliaires. Quant à la nécessité de désapprouver la modification de la doctrine traditionnelle, là aussi je sursaute: 1) les intéressés vous diront qu'ils n'ont jamais approuvé cette modification; 2)que l'on peut nier toute idée de modification en haut-lieu et que Vatican ne voulait pas cette modification ; 3) que l'on n'a pas le pouvoir de la modifier, nonobstant ce que disent les esprits modernichons (dans ce cas, on dira que non seulement Vatican II ne voulait pas modifier la doctrine traditionnelle, mais tout simplement qu'il ne pouvait pas la modifier). Voilà du côté "Ecclesiadeiste"...
- Je pense tout simplement qu'il faut du temps et de la patience dans ce genre d'épreuves.
- Je pense aussi que la critique de Vatican II doit aussi venir de milieux et d'esprits différents; je sais, par exemple, qu'en Italie il existe une critique émanant de la gauche politique reprochant à Vatican II d'avoir capitulé devant l'esprit bourgeois au détriment du peuple.
- Je pense enfin que l'histoire de l'Eglise, notamment dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, démontre des crises dures suivies aussi de réconciliations avec des mouvements dits schismatiques (le schisme, c'est aussi une étiquette commode quand on se situe postérieurerement à l'événement). Hippolyte a bien fini par se réconcilier avec le pape Pontien; les Novatiens considérés comme schismatiques furent même invités au concile de Nicée et respectés par les catholiques défendant ledit concile parce qu'ils adhèrent au Credo proclamé; en 1869, une commission préparatoire au concile délibéra une journée pour savoir s'il fallait inviter l'Eglise schismatique d'Utrecht, etc. Des arguments qui pourraient être aussi bien utilisés par les oecuménistes que par les catholiques soucieux de l'unité de la mouvance traditionnelle.
Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !
|