aspect très mineur à mon sens par Luc Perrin 2013-12-28 14:12:40 |
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Je ne crois pas, sous réserve de documents à publier bien sûr - seuls le pape Benoît XVI et le cardinal Bertone ont la réponse, avec les chancelleries éventuellement concernées -, que ceci ait été déterminant.
Une "preuve" : en 2007, le motu proprio a bien été décidé ; en 2009, les excommunications levées et, surtout, en dépit du scandale Williamson, les discussions doctrinales ont été organisées pendant 2 ans. Pourtant les moulins à vent médiatiques ont agité l'air avec fureur en 2009-2010.
Au mieux, le rejet germano-israélien est un paravent, un prétexte que le Saint-Siège au demeurant n'a pas mis en avant. Sauf peut-être, c'est sans doute la raison de la mention de Mgr Fellay, la déclaration très hostile du cardinal suisse Koch qui établissait un lien entre les relations avec le judaïsme et le rétablissement de la pleine communion avec Menzingen.
L'élection en mars 2013 de "l'anti-Ratzinger" de 2005 comme pape montre avec éclat que ce n'est pas ni à Tel Aviv/Jérusalem ni à Berlin à l'Auswärtiges Amt qu'il faut chercher les causes majeures de l'échec de 2012 ou plutôt du repli, assez piteux disons le, opéré par Rome à la dernière minute en mai-juin 2012.
La citation de Mgr Fellay est nette à ce sujet : "certains milieux de l'Église".
L'élection de 2005 n'était pas une adhésion aux idées ratzinguériennes de la part de la majorité de la hiérarchie ecclésiale : ni chez les cardinaux, ni dans les organes du Saint-Siège et pas du tout dans le Collège épiscopal.
L'élection était un réflexe de "sécurité" dans une situation difficile, de "continuité" en quelque sorte. Benoît XVI était, je pense, conscient de sa faible audience quant à ses inflexions personnelles à la ligne complexe de Jean-Paul II. N'oublions pas que les Ratzinguériens étaient minoritaires au sein de la "génération Jean-Paul II". Une élection ne change pas à elle seule cette donnée de fond. Beaucoup chez les traditionalistes l'ont un peu cru trop vite.
Conscient d'être "minoritaire", Benoît XVI a pensé qu'en allant extrêmement lentement, en ne concevant aucune politique de nomination pour élargir cette "minorité", en ne favorisant pas du tout l'émergence d'une "génération Benoît XVI" - au moment où les faiblesses des soutiens wojtyliens ont éclaté au grand jour (affaire Maciel, extension des scandales sexuels dans le clergé), il pourrait désarmer ses adversaires déclarés. Grosse erreur bien entendu, étonnante méconnaissance de la mentalité cléricale par un clerc qui pourtant ne manquait pas d'expérience.
Le pape François, on le voit tous les jours, n'a pas remis tout à plus tard et n'a pas attendu des années avant de choisir des collaborateurs proches de ses orientations. Les atermoiements de Benoît XVI n'ont pas consolidé son autorité et n'ont pas élargi sa marge d'action, au contraire.
En 2012, face au dernier dossier - celui de la FSSPX - sur lequel il n'avait pas capitulé - recul rapide sur l'interreligieux, capitulation sur la liturgie en 2009 avec le départ de Mgr Ranjith, recul sur la visite pastorale des religieuses américaines, recul sur l'année sacerdotale et le curé d'Ars, recul initial pour l'enseignement de la théologie avec le choix du cardinal Levada -, le pape a mesuré son isolement. Ébranlé par la tempête médiatique de 2009-2010 puis le Vatileaks, il a senti qu'il n'avait plus l'autorité requise pour assumer un pas considérable sur la nature des orientations de Vatican II et d'éventuelles révisions, même à la marge, même partielles, des décisions post-conciliaires.
Ces "certains milieux de l'Église", très opposés aux idées ratzinguériennes elles-mêmes avant 2005, sont montés au créneau en 2011 et surtout 2012. Rappelons que Jean-Paul II avait lui-même capitulé à plusieurs reprises devant ces "milieux de l'Église", y compris pour la légitimité de la Messe romaine traditionnelle, alors que dès le départ en 1978, il était lui-même favorable à cette libération. Ceci montre le poids, la force vindicative de ces "milieux de l'Église" car personne ne voit en Jean-Paul II un pape pusillanime et timide.
Dans l'Église moderne, tout n'est pas possible sans préparation préalable ni sans certaines conditions de faisabilité, comme le dit Athanase. Le rapport aux États est un aspect incontestablement, comme par le passé, mais dans ce dossier sûrement pas la clé de compréhension de l'échec grave de 2012, échec dont je persiste à penser que la responsabilité incombe largement à Rome. Comme je persiste à penser que l'idée d'obtenir un accord global à court terme était une erreur fondamentale dans l'approche du Saint-Siège depuis 1978.
Dans la Rome "franciscaine", ce dossier a perdu son actualité et ne figure sûrement pas dans les priorités du Saint-Père si ce n'est pour frapper ceux qui prendraient trop au sérieux le motu proprio Summorum Pontificum comme le montre le démantèlement en cours d'une société de prêtres fort dynamique, les Franciscains de l'Immaculée. Un peu comme la Rome de saint Pie X avait frappé en 1911 l'alors très dynamique congrégation des religieux de saint Vincent de Paul. Sans raison valable ni en 2013 ni en 1911.
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