Quand les tradis rejoignent les modernistes ... par Pensassa 2013-12-26 19:32:37 |
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... pour rejeter une (+/-récente) tradition populaire:
Article du journal Dimanche du 5 décembre 1999 (Charles Delhez) dans le courrier des lecteurs:
Question
'Pourquoi à l'occasion du prochain Noël ne pas remettre à l'honneur le "Noël" d'antan autrement dit le "Minuit chrétiens" ? Jusqu'il y a une vingtaine d'années on l'entendait dans toutes les églises et sur toutes les radios francophones. Cette "Marseillaise des chrétiens" serait-elle devenue ringarde ? Elle a cependant fait vibrer bien des générations de croyants et de moins croyants. SOn 3e couplet est un chant de libération d'un saisissante actualité et pas seulement à Noël'
Réponse
'Effectivement on ne chante plus guère el Minuit chrétiens. La "tache originelle" dont parle le célèbre chant, expression non biblique, ne fait plus recette aujourd'hui. On préfère présenter la venue de Jésus parmi nous autrement, de manière plus évangélique: Celui qui a donné sa vie pour la vie du monde. Question de mots direz-vous. Sans doute. Mais les mots ont toujours un impact affectif. Ils ne sont pas à négliger. Grâce à eux, comme on dit aujourd'hui, "ça passe ou ça casse". Et c'est parfois la même vérité qui essaye de se dire. L'habit ne fait peut-être pas le moine, mais un moine qui se promènerait habillé en gendarme ne produirait pas le même effet! Une autre expression gêne lasensibilité contemporaine: le courroux du Père. Dans la ligne de Jésus, nous parlons aujourd'hui de Dieu en termes d'amour, de miséricorde, de bonté infinie. Le Dieu vengeur qui prépare l'enfer détourne nos contemporains de la foi. Hélas ces deux expressions sont dans le premier couplet. Cela n'invite guère à aller plus loin.
Effectivement, comme vous le faites remarquer, le troisième couplet est tout autre: "Le Rédempteur a brisé toute entrave; la terre est libre et le Ciel est ouvert: Il voit un frère où n'était qu'un esclave; L'amour unit ceux qu'enchaînait le fer; QUi lui dira notre reconnaissance? C'est pour nous tous qu'il naît, qu'il souffre et meurt. Peuple debout, chante ta délivrance. Noël, Noël, chantons le Rédempteur". La libération, un thème très actuel.
On pourrait aussi faire remarquer, comme le fait le Père Louis Dingemans, que ce chant souligne le lien étroit entre les fêtes de Noël et de Pâques, entre l'Incarnation et la croix. Il commente:"Noël est la célébration d'un enfant désarmé, non pas face à la colère divine, mais face à la méchnaceté des hommes. L'enfant Jésus annonce le Chrit prophète dont la mort est bien un sacrifice, une vie offerte sans résistance, en pardonnant à ses bourreaux. Ce sacrifice est nécessaire, non pour apaiser Dieu, mais pour nous ouvrir les yeux. La mort de Jésus est un geste significatif, une parole destinée à nous éclairer sur le vrai sens de la vie. (...) Noël, prélude de la croix, nous fait reconnaître un Dieu différent de toutes les présentations que l'esprit humain avait pu se faire de lui. L'Enfant-Dieu révèle que le Tout-Puissant ne serait pleinement Père s'il lui manquait l'expérience de la fragilité."
Faut-il, cette année, chanter le Minuit, chrétiens? Je comprends les réticences de certains, les attentes d'autres. Il est vrai que les chants modernes ont aussi leurs imperfections. En tout cas, si on le prend, cela mérite un petit mot dans l'homélie."
J'y avais répondu à l'époque:
"(...) Comment peut-on sans rire dire que le chant a été supprimé notamment parce qu'il reprenait le terme non biblique de tache originelle. A quand la suppression de la fête de Noël elle-même car il n'est écrit nulle part que la naissance a eu lieu le 25 décembre ? Tous nos chants modernes ne seraient-ils que la retranscription des cantiques bibliques ? Un peu de sérieux !
Si le terme 'tache originelle' n'apparaît pas tel quel dans la Bible, l'expression recouvre cependant très bien la vérité biblique et est conforme à la Tradition. En matière de Révélation, l'enseignement de l'Eglise nous apprend que sa source est double à savoir l'Ecriture et la Tradition. Rejeter la Tradition parce que non scripturaire c'est être protestant. C'est aussi manquer de jugeote puisque l'on s'accorde à dire que les Evangiles, ainsi que beaucoup d'autres livres de la Bible, ont été tout d'abord transmis oralement. Rejeter la Tradition devrait amener à rejeter les Ecritures. Effacer la tache originelle et apaiser le courroux du Père ne cadrerait pas avec le message évangélique du Christ ? Là aussi, un peu de sérieux ! En fin de lettre, je reprends des références au jugement ou à la colère de Dieu et à la condamnation des méchants. Je ne prétends pas avoir été exhaustif et je n'ai pas relu qu'une des Epîtres. Comment pourrait-on ignorer tous ces passages. S'ils ne forment certes pas l'entièreté du message, laisser sous-entendre qu'ils n'existent même pas relève de la manipulation de texte, de la mauvaise foi au propre comme au figuré.
Parler de la colère de Dieu ne conviendrait pas à nos populations modernes. Cela viderait les églises. Là aussi il faut être de mauvaise foi pour ne pas voir que c'est précisément depuis que l'on s'est fait un Dieu copain et bonasse qui pardonne tout à tous, même non repentants, que les églises se vident. Et puis quoi, il faudrait se taire pour ne pas heurter les sensibilités de nos contemporains ? Est-ce là l'exemple du Christ ? Ne faut-il pas prêcher à temps et à contretemps ? Et est-ce d'ailleurs prêcher à contretemps que de parler à Noël de notre rachat par le Christ ? Devrait-on aussi cesser de L'appeler notre Rédempteur, notre Sauveur ? Si il n'y a pas de tache originelle, si il n'y a pas de colère à craindre de Dieu, de quoi le Christ nous sauve-t-Il ou nous rachète-t-Il ? Nos épurateurs modernes envisagent-ils aussi de retirer l'Apocalypse du Livre Sacré ? Ou tout au moins les passages qui pourraient heurter certaines personnes sensibles, qui risqueraient de se détourner de la religion vraie si elles venaient à les lire ? De même faudrait-il supprimer des Actes, le passage de la mort d'Ananias et Saphira ? Cela ne cadre pas non plus avec le message du Christ (tel que revu par nos savants exégètes) !? Et que dire de l'Ancien Testament : à supprimer de toutes les bonnes bibliothèques! Pensez donc le déluge, Babel, Sodome et Gomorrhe, ... Inacceptable !
Dieu, qui est immuable ("Je suis celui qui est"), ne peut avoir autorisé cela ! Que devient dans ce contexte la fameuse phrase, biblique elle, "La crainte de Dieu est le début de la sagesse"? A censurer également !? Quant à saint Eusèbe, pour ne citer que lui, qui disait "Malheur à ceux qui attendent les châtiments de Dieu pour y croire", il aurait, d'après l'article, sans doute mieux fait de se taire. Comme toute l'Eglise d'ailleurs dont le Magistère aurait sans doute erré en matière de foi et de morale et utilisé la crainte de Dieu pour manipuler une masse ignorante. Ceci à l'encontre évidemment du dogme de l'infaillibilité, mais ce dogme est probablement lui aussi une erreur. Bref, on constate que sur base de quelques affirmations farfelues, c'est toute les fondements de la religion catholique qui sont ébranlés. Dieu aurait un pouvoir législatif (les dix Commandements) mais pas de pouvoir judiciaire, ni exécutif ?
Du troisième couplet, ne retenir que la libération en en soulignant le thème très actuel, c'est faire un rapprochement entre la libération du péché et de la mort et la théologie de la libération qui est sans rapport avec le sujet traité dans le chant.
Dans les paroles du 'Père' Louis Dingemans, je relève notamment "Ce sacrifice est nécessaire non pour apaiser Dieu mais pour nous ouvrir les yeux." Ce n'est rien moins que de nier le caractère expiatoire du sacrifice de la croix et donc aussi la valeur expiatoire et propitiatoire du sacrifice sans cesse renouvelé de la Messe. C'est la vision protestante.
(...). On pourrait aussi citer la disparition du Dies Irae des messes pour les défunts (Jour de colère que ce jour-là), la suppression de la communion à genoux, le tutoiement généralisé de Dieu, la distribution de la communion par des laïcs, la suppression des prie-Dieu dans beaucoup d'églises, la suppression des encensements, ... Bref tous ces signes qui montraient extérieurement le respect intérieur du chrétien pour son Dieu. Comme il n'y a pas de changement insignifiant en cette matière (car si c'est insignifiant pourquoi changer ?), il faut découvrir l'intention qui se cache derrière ce changement. Veut-on mieux responsabiliser les croyants ? Fini les enfantillages, l'enfer, etc. Le Père nous aime, Il nous attend, Il nous prend comme on est. Si les deux premiers termes de la phrase sont exacts le troisième ne l'est évidemment pas. C'est un peu la foi sans les œuvres de Luther, voire même le paradis sans la foi, ni les œuvres... Si Dieu nous prenait comme on est, pourquoi tout au long des Evangiles et des Epîtres, cet appel au changement de vie ? Les fidèles sont depuis une trentaine d'années manipulés par des prêtres et une partie de la hiérarchie qui sont à la dérive et qui cherchent à se rassurer en se persuadant que leurs errements dus à leur manque de foi ou de persévérance seront sans impact sur leur salut éternel. Le plus grave c'est qu'ils entraînent avec eux des milliers de croyants qui, faute de se documenter sérieusement par eux-mêmes sur leur religion, ne se rendent pas compte de ce qu'on leur fait gober. (...)
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