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Non à ces pratiques en nous, et non à la guerre entre nous.
par Scrutator Sapientiæ 2013-12-05 17:13:47
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Bonjour et merci, Mingdi.

Je vous remercie d'autant plus que c'est votre message qui m'aura fait penser à ce qui suit.

1. Le Pape François commence par déclarer la guerre à certaines pratiques qui sont présentes en certains catholiques ; si j'ai bien compris,

- certaines de ces pratiques ont plutôt tendance à permettre à certains catholiques d'acquérir, puis d'accroître ou de conserver, des rentes de situation, extra ou intra ecclésiales, et traduisent la préservation, la satisfaction, d'intérêts individualistes ;

- certaines de ces pratiques ont plutôt tendance à permettre à d'autres catholiques de servir, plus ou moins bien, évidemment, des idéaux plus élevés, et reflètent un objectif liturgique désintéressé, même si la liturgie n'est évidemment pas un objectif auto-suffisant.

2. En d'autres termes, ces pratiques, qui, parmi d'autres, sont censées relever, dans l'esprit du Pape François, d'une même "mondanité spirituelle", NE SONT PAS DU MEME ORDRE ; j'ai même plutôt tendance à penser que certaines d'entre elles qui, bien comprises, ne sont pas blâmables en elles-mêmes, nécessitent que l'on fuie les mondanités, ou que l'on soit mis "au ban de l'Eglise" par une partie de ceux qui les affectionnent.

3. Dans le cas des "mondains spirituels" qui sont, pour aller vite, catholiques carriéristes, que ce soit au dedans ou en dehors de l'Eglise, je vois bien ce qui est mondain, mais je ne vois pas ce qui est spirituel.

Dans le cas des "mondains spirituels" qui sont, pour aller vite, catholiques intégristes, néo-pharisiens ou néo-pélagiens, je vois bien ce qui est spirituel, mais je ne vois pas ce qui est mondain.

4. Et pourtant, nous avons la possibilité de lire ceci :

" Non à la mondanité spirituelle

93. La mondanité spirituelle, qui se cache derrière des apparences de religiosité et même d’amour de l’Église, consiste à rechercher, au lieu de la gloire du Seigneur, la gloire humaine et le bien-être personnel. C’est ce que le Seigneur reprochait aux pharisiens : « Comment pouvez-vous croire, vous qui recevez la gloire les uns des autres, et ne cherchez pas la gloire qui vient du Dieu unique ? » (Jn 5, 44). Il s’agit d’une manière subtile de rechercher « ses propres intérêts, non ceux de Jésus-Christ » (Ph 2, 21). Elle prend de nombreuses formes, suivant le type de personne et la circonstance dans laquelle elle s’insinue. Du moment qu’elle est liée à la recherche de l’apparence, elle ne s’accompagne pas toujours de péchés publics, et, extérieurement, tout semble correct. Mais si elle envahissait l’Église, « elle serait infiniment plus désastreuse qu’une quelconque autre mondanité simplement morale ».[71]

94. Cette mondanité peut s’alimenter spécialement de deux manières profondément liées entre elles. L’une est l’attrait du gnosticisme, une foi renfermée dans le subjectivisme, où seule compte une expérience déterminée ou une série de raisonnements et de connaissances que l’on considère comme pouvant réconforter et éclairer, mais où le sujet reste en définitive fermé dans l’immanence de sa propre raison ou de ses sentiments. L’autre est le néo-pélagianisme auto-référentiel et prométhéen de ceux qui, en définitive, font confiance uniquement à leurs propres forces et se sentent supérieurs aux autres parce qu’ils observent des normes déterminées ou parce qu’ils sont inébranlablement fidèles à un certain style catholique justement propre au passé. C’est une présumée sécurité doctrinale ou disciplinaire qui donne lieu à un élitisme narcissique et autoritaire, où, au lieu d’évangéliser, on analyse et classifie les autres, et, au lieu de faciliter l’accès à la grâce, les énergies s’usent dans le contrôle. Dans les deux cas, ni Jésus-Christ, ni les autres n’intéressent vraiment. Ce sont les manifestations d’un immanentisme anthropocentrique. Il n’est pas possible d’imaginer que de ces formes réductrices de christianisme, puisse surgir un authentique dynamisme évangélisateur.

95. Cette obscure mondanité se manifeste par de nombreuses attitudes apparemment opposées mais avec la même prétention de “dominer l’espace de l’Église”. Dans certaines d’entre elles on note un soin ostentatoire de la liturgie, de la doctrine ou du prestige de l’Église, mais sans que la réelle insertion de l’Évangile dans le Peuple de Dieu et dans les besoins concrets de l’histoire ne les préoccupe. De cette façon la vie de l’Église se transforme en une pièce de musée, ou devient la propriété d’un petit nombre. Dans d’autres, la même mondanité spirituelle se cache derrière la fascination de pouvoir montrer des conquêtes sociales et politiques, ou dans une vaine gloire liée à la gestion d’affaires pratiques, ou dans une attraction vers les dynamiques d’auto-estime et de réalisation auto-référentielle. Elle peut aussi se traduire par diverses manières de se montrer soi-même engagé dans une intense vie sociale, remplie de voyages, de réunions, de dîners, de réceptions. Ou bien elle s’exerce par un fonctionnalisme de manager, chargé de statistiques, de planifications, d’évaluations, où le principal bénéficiaire n’est pas le Peuple de Dieu mais plutôt l’Église en tant qu’organisation. Dans tous les cas, elle est privée du sceau du Christ incarné, crucifié et ressuscité, elle se renferme en groupes d’élites, elle ne va pas réellement à la recherche de ceux qui sont loin, ni des immenses multitudes assoiffées du Christ. Il n’y a plus de ferveur évangélique, mais la fausse jouissance d’une autosatisfaction égocentrique.

96. Dans ce contexte, se nourrit la vaine gloire de ceux qui se contentent d’avoir quelque pouvoir et qui préfèrent être des généraux d’armées défaites plutôt que de simples soldats d’un escadron qui continue à combattre. Combien de fois rêvons-nous de plans apostoliques, expansionnistes, méticuleux et bien dessinés, typiques des généraux défaits ! Ainsi nous renions notre histoire d’Église, qui est glorieuse en tant qu’elle est histoire de sacrifices, d’espérance, de lutte quotidienne, de vie dépensée dans le service, de constance dans le travail pénible, parce que tout travail est accompli à la “sueur de notre front”. À l’inverse, nous nous attardons comme des vaniteux qui disent ce “qu’on devrait faire” – le péché du “on devrait faire” – comme des maîtres spirituels et des experts en pastorale qui donnent des instructions tout en restant au dehors. Nous entretenons sans fin notre imagination et nous perdons le contact avec la réalité douloureuse de notre peuple fidèle.

97. Celui qui est tombé dans cette mondanité regarde de haut et de loin, il refuse la prophétie des frères, il élimine celui qui lui fait une demande, il fait ressortir continuellement les erreurs des autres et est obsédé par l’apparence. Il a réduit la référence du cœur à l’horizon fermé de son immanence et de ses intérêts et, en conséquence, il n’apprend rien de ses propres péchés et n’est pas authentiquement ouvert au pardon. C’est une terrible corruption sous l’apparence du bien. Il faut l’éviter en mettant l’Église en mouvement de sortie de soi, de mission centrée en Jésus Christ, d’engagement envers les pauvres. Que Dieu nous libère d’une Église mondaine sous des drapés spirituels et pastoraux ! Cette mondanité asphyxiante se guérit en savourant l’air pur du Saint Esprit, qui nous libère de rester centrés sur nous-mêmes, cachés derrière une apparence religieuse vide de Dieu. Ne nous laissons pas voler l’Évangile ! "

5. Juste après ce réquisitoire pontifical contre la "mondanité spirituelle", réquisitoire qui, encore une fois, analyse, sous une même catégorie, des pratiques qui ne semblent pas relever d'un seul et même principe, nous avons encore la possibilité de lire ceci :

" Non à la guerre entre nous

98. À l’intérieur du Peuple de Dieu et dans les diverses communautés, que de guerres ! Dans le quartier, sur le lieu de travail, que de guerres par envies et jalousies, et aussi entre chrétiens ! La mondanité spirituelle porte certains chrétiens à être en guerre contre d’autres chrétiens qui font obstacle à leur recherche de pouvoir, de prestige, de plaisir ou de sécurité économique. De plus, certains cessent de vivre une appartenance cordiale à l’Église, pour nourrir un esprit de controverse. Plutôt que d’appartenir à l’Église entière, avec sa riche variété, ils appartiennent à tel ou tel groupe qui se sent différent ou spécial.

99. Le monde est déchiré par les guerres et par la violence, ou blessé par un individualisme diffus qui divise les êtres humains et les met l’un contre l’autre dans la poursuite de leur propre bien-être. En plusieurs pays ressurgissent des conflits et de vieilles divisions que l’on croyait en partie dépassées. Je désire demander spécialement aux chrétiens de toutes les communautés du monde un témoignage de communion fraternelle qui devienne attrayant et lumineux. Que tous puissent admirer comment vous prenez soin les uns des autres, comment vous vous encouragez mutuellement et comment vous vous accompagnez : « À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13,35). C’est ce que Jésus a demandé au Père dans une intense prière : « Qu’ils soient un en nous, afin que le monde croie » (Jn 17,21). Attention à la tentation de l’envie ! Nous sommes sur la même barque et nous allons vers le même port ! Demandons la grâce de nous réjouir des fruits des autres, qui sont ceux de tous.

100. À ceux qui sont blessés par d’anciennes divisions il semble difficile d’accepter que nous les exhortions au pardon et à la réconciliation, parce qu’ils pensent que nous ignorons leur souffrance ou que nous prétendons leur faire perdre leur mémoire et leurs idéaux. Mais s’ils voient le témoignage de communautés authentiquement fraternelles et réconciliées, cela est toujours une lumière qui attire. Par conséquent, cela me fait très mal de voir comment, dans certaines communautés chrétiennes, et même entre personnes consacrées, on donne de la place à diverses formes de haine, de division, de calomnie, de diffamation, de vengeance, de jalousie, de désir d’imposer ses propres idées à n’importe quel prix, jusqu’à des persécutions qui ressemblent à une implacable chasse aux sorcières. Qui voulons-nous évangéliser avec de tels comportements ?

101. Demandons au Seigneur de nous faire comprendre la loi de l’amour. Qu’il est bon de posséder cette loi ! Comme cela nous fait du bien de nous aimer les uns les autres au-delà de tout ! Oui, au-delà de tout ! À chacun de nous est adressée l’exhortation paulinienne : « Ne te laisse pas vaincre par le mal, sois vainqueur du mal par le bien » (Rm 12, 21). Et aussi : « Ne nous lassons pas de faire le bien » (Ga 6, 9). Nous avons tous des sympathies et des antipathies, et peut-être justement en ce moment sommes-nous fâchés contre quelqu’un. Disons au moins au Seigneur : “Seigneur, je suis fâché contre celui-ci ou celle-là. Je te prie pour lui et pour elle”. Prier pour la personne contre laquelle nous sommes irrités c’est un beau pas vers l’amour, et c’est un acte d’évangélisation. Faisons-le aujourd’hui ! Ne nous laissons pas voler l’idéal de l’amour fraternel ! "

6. Pour ma part, je crois que l'amour fraternel passe par le respect fraternel : je connais quelques catholiques "carriéristes" et quelques catholiques "intégristes", et je n'exclus pas qu'il y ait parfois des catholiques à la fois carriéristes et intégristes ; ils ont tous des qualités que je n'aurai jamais, et j'aurais plutôt écrit :

"ne reniez pas vos qualités, vos intérêts, vos objectifs, en ce qu'ils ont de légitime, mais ne vous trompez pas de priorités, car l'ordre des moyens a toujours vocation à être subordonné à l'ordre des fins, et parce que vous êtes dépositaires, et non propriétaires, de l'essentiel, qui sera toujours avant tout spirituel, et non avant tout mondain".

7. Mais là n'est pas le plus important ; le plus important, à mes yeux, c'est la question que je suis tenté de poser au Pape François : "Très Saint Père, vous dites que c'est cela, la "mondanité spirituelle", et je ne dis pas que vous avez raison, ni que vous avez tort, mais qu'est-ce que vous en savez exactement, qu'est-ce qui vous autorise exactement

1) à attribuer cet état d'esprit, cette mentalité, ces intentions, ces objectifs, à telle ou telle catégorie de catholiques,

2) à ranger ces intentions, ces objectifs, malgré leur hétérogénéité, voire leur caractère antagonique, sous une bannière commune, celle de la "mondanité spirituelle",

3) d'autant plus que, "extérieurement, tout semble correct" ?

8. Cela me rappelle le jour où Soeur Emmanuelle a raconté, à la télévision, qu'il n'y avait rien de mieux que d'organiser des matches de football, en l'occurrence inter-ethniques, pour commencer à venir à bout des violences inter-ethniques ; quelqu'un lui avait répondu en substance :

"Ma Soeur, si vous même avez eu la chance d'en faire l'expérience, d'une manière couronnée de succès, eh bien tant mieux pour vous, mais dites-vous bien que ce n'est pas le cas de tout le monde, et que tout le monde n'a pas eu, n'a pas, ou n'aura pas, cette chance".

Soeur Emmanuelle n'avait rien répondu...

J'ai bien envie de dire à peu près la même chose au Pape François :

"Très Saint Père, si vous même avez la chance d'être lucide au point de réprouver, parmi les formes de mondanité spirituelle, des comportements aussi diamétralement opposés, dans leur principe, que "le carriérisme" et "l'intégrisme", eh bien tant mieux pour vous, mais dites-vous bien que ce n'est pas le cas de tout le monde, et que tout le monde n'a pas eu, n'a pas, ou n'aura pas, cette chance."

Je ne sais pas ce que le Saint Père répondrait...

A bientôt.

Scrutator.

     

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