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lLa loi naturelle et l'amour humain
par Diafoirus 2013-10-02 09:55:15
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Voici un rappel utile.
Si la loi naturelle, dans son énoncé positif, n'a plus de sens pour beaucoup, il est possible encore d'en saisir la valeur par l'étendue des dégâts qu'entraîne son mépris.

En matière de morale sexuelle, telle est la démarche de N. Jouravleff dans la Presse Médicale du 8-4-1967 (cité par l'Homme Nouveau du 7 mai 1967, revue de presse, p. 12) :

« 1) Comment le « birth-control » (contrôle des naissances) démolit la morale sexuelle :

« Admettre le contrôle des naissances légalement et socialement, voire religieusement, c'est admettre que l'homme a droit au plaisir sexuel seul, sans reproduction à la clef. C'est, médicalement, admettre qu'il existe une fonction sexuelle pure, en soi, sans hypothèque génitale, parfaitement séparée de la fonction reproductrice, et même opposée à celle-ci — et, moralement, socialement, c'est admettre que cette fonction sexuelle est une valeur en soi, suffisamment importante pour qu'on puisse lui sacrifier la reproduction !
Autrement dit, en donnant au plaisir sexuel une valeur en soi, indépendante de la reproduction, on réhabilite légalement, moralement, socialement la stérilité, et on sape à la base toutes les accusations portées jusqu'alors contre les formes stériles de la sexualité. Or, répétons-le, jusqu'à présent, seule la référence génitale faisait la distinction entre le permis et le défendu, entre le normal et l'anormal. Comment s'y prendra-t-on dorénavant pour distinguer les actes sexuels normaux des actes sexuels anormaux puisque tout compte fait, seul le plaisir sera juge en la matière ?
En un mot, admettre le « birth-control », c'est admettre, avec une logique implacable, qu'il n'y a pas d'actes sexuels anormaux ?

2) Comment le « birth-control » détruit le couple et la famille :

En reconnaissant officiellement le « birth-control », que va-t-il se passer ?
D'abord, on réhabilite la stérilité, c'est-à-dire qu'on comble le fossé entre les formes normales et anormales de la sexualité, dans la vie intime du couple. Mais surtout, grâce à cette stérilité, on permet, de plus, à la sexualité de chacun des, partenaires, de se manifester à l'extérieur du couple, sans crainte de procréation. Ne nous y trompons pas. Si le « birth¬control » se présente devant le grand public comme un mouvement de régulation des naissances, il n'est pas que cela. On. peut même dire que la régulation des naissances, montée en épingle ces temps derniers, n'est qu'un aspect mineur du problème, ou plutôt n'est qu'un paravent hypocrite pour masquer-un autre aspect infiniment plus grave et de conséquence imprévisible : celui de la libération érotique.
C'est-à-dire que tout ce à quoi on n'osait pas se livrer par peur d'avoir des enfants : le concubinage, l'adultère, l'inceste, etc., perd sa raison majeure d'être craint et défendu. On couchera avec n'importe qui, n'importe quand, par ennui, par-curiosité, avec insouciance et facilité. Passant de mains en mains, de plaisir en plaisir, comment finiront-ils par se stabiliser enfin, pour former une famille ? Et même cette famille formée, socialement, qui les empêchera de continuer la quête du plaisir ?

3) Comment le « birth-control » détruit le but de la vie...

La pilule propose à l'homme un désengagement total par rapport à son avenir et à la vie en général. Devenu purement érotique, l'acte sexuel ne pose plus aucun problème. Il réduit d'autant le champ de la conscience humaine. Et cette réduction, du champ de la conscience est, pour nous, terriblement grave de conséquences. Et cette réduction du champ de conscience va se manifester très vite. Très vite, on va entendre des propos de ce genre : « Dis, chéri, on s'achètera d'abord un frigidaire, puis la télévision, puis un manteau de fourrure, puis un studio sur la Côte d'Azur, et s'il reste un peu d'argent on fera un bébé. » Et personne ne s'apercevra de ce qu'il y a d'odieux et de stupide dans un tel marchandage.

4) ... Et rétablit l'esclavage de la femme :

Nous oublions tous que par son avortement une femme reste encore une femme, alors que, par sa pilule, c'est-à-dire qu'en choisissant entre la stérilité et le néant, elle cesse d'être une femme. Elle n'est plus rien, tout au plus un objet de jouissance, un jouet qui n'est même plus humain, pour le mâle, un jouet sans complications. Car, contrairement à ce que l'on croit, le « birth-control. » ne va pas libérer la femme, mais l'assujettir davantage, soit par le travail — si elle se veut l'égale de l'homme — soit, si elle veut rester femme, d'une autre et plus terrible façon, car il n'y a qu'une seule alternative pour la femme qui ne refuse pas son sexe : la maternité ou la prostitution ».


_Rien de théologique dans ces propos ; aucun rappel de morale religieuse ; l'auteur ne s'abrite derrière aucun interdit. Il se contente de montrer où mène le « birth-control », quel est son esprit, quelle force de désagrégation morale et sociale il développe derrière ses arguments patelins, bénins, et humanistes. Et cependant le cœur du problème est atteint : il met en question le lien de la sexualité et de la fécondité, le fondement même de la morale sexuelle. Dans ce texte, nous voyons apparaître la fin « première » du mariage, établie sur la procréation, doctrine immuable de l'Église jusqu'à Vatican II inclus.

Fin première sans laquelle le couple monogamique n'a pas de raison essentielle d'être présenté comme type nécessaire de famille.

Fin première sans laquelle, à l'intérieur du couple, l'épouse au lieu d'être revêtue de la dignité particulière de mère, devient un partenaire agréable, partageant les plaisirs mais aussi les charges : le travail rémunéré de la femme apparaissant une contrepartie normale.

Fin première sans laquelle on ne voit pas bien la nécessité du couple hétérosexuel ; c'est si vrai que la justification morale de l'homosexualité devient, dans certains milieux, un lieu commun.

Si la fin première est l'harmonie sexuelle, il paraît imprudent de ne pas s'être « essayés » avant de s'engager définitivement. Et pourquoi ce définitif ? Ne conviendrait-il pas seulement aux couples engagés par la fécondité, car ici l'impératif social, psychologique, éducatif commanderait la survie du ménage. D'où l'intérêt supplémentaire de n'avoir pas d'enfant trop vite. Enfin, si le droit au plaisir sexuel devient un attribut de l'homme éclairé du XXe siècle, l'adultère devrait être réhabilité dans certaines circonstances, surtout si le plaisir qu'il procure a le mérite d'être partagé (cela fait deux heureux).
Dr H. LAFONT.
1968

     

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