Monsieur Jean Madiran : 1955-1980 ? par Amandus 2013-10-01 12:20:48 |
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Comme promis dans un message précédent, voici la suite de l’article :
La seconde personne que je tiens à mentionner est celle de Monsieur Jean Madiran (1920-2013). En écrivant ces dates, j’ai eu la tentation d’écrire : 1955-1980.
Je m’en explique. Pendant ces vingt-cinq années, qui débutent par la publication des livres Ils ne savent pas ce qu’ils font suivi de Ils ne savent pas ce qu’ils disent, qui continue par la fondation de la revue Itinéraires, Jean Madiran a magnifiquement et doublement œuvré pour l’Église de Jésus-Christ, pour la chrétienté, pour l’intelligence catholique.
Il l’a fait par ses propres écrits – articles et livres –, il l’a fait en réunissant et publiant des auteurs qu’il a mis en lumière et auxquels il a donné l’occasion d’exprimer le meilleur de leur pensée, de leur réflexion, de leur expérience. Je pense à un Henri Charlier, un Abbé Berto, une Luce Quenette, un Dom de Monléon, un Père Guérard des Lauriers, un Jacques Perret, un Père Emmanuel, un Alexis Curvers (liste limitée et personnelle, forcément).
Avant ces vingt-cinq années, il était journaliste ; après, il est « retombé » dans le journalisme : c’est peut-être là la clef qu’il évoquait lui-même le 8 décembre 1960 (Itinéraires n°50, février 1961, p. 36) : « Je rends grâces au Ciel (et aujourd’hui à Notre-Dame) de n’être plus journaliste. »
Les années précédant cette période de vingt-cinq ans, il les a lui-même désavouées (Itinéraires n. 12, avril 1957, pp. 1-4). Les années suivant la grande époque d’Itinéraires, il les a entachées par une charge en règle contre le Père Guérard des Lauriers et son écrit sur la situation du Siège apostolique (avril et mai 1980) et une désolante illusion (Supplément-Voltigeur de juin 1980) : Jean-Paul II est venu en France « pour nous convertir »… À quoi donc ? Le ton était donné, et il emporta beaucoup de choses.
On se prend à rêver : si Madiran avait ouvert ses colonnes à une véritable étude, ou à une saine controverse sur ces questions qui intéressent de si près la foi catholique – puisqu’il s’agit d’établir quelle est sa règle prochaine – les catholiques n’auraient-ils pas accueilli avec plus de bienveillance et d’esprit de foi les travaux qui s’efforcent de ne nier ni même d’égratigner aucun point de la doctrine catholique (ni en amont, ni en aval) pour avoir une juste idée de la question de l’autorité ? Nous ne le méritions pas, puisque le Bon Dieu a voulu qu’il en soit autrement.
Pendant les années suivantes, les écrits et les publications de Jean Madiran continrent sans doute de nombreuses choses intéressantes, mais le cœur n’y était plus. Puis, en 1988, il se fit jeter comme un malpropre par les milieux fraternitaires, ce qu’il n’avait certainement pas mérité, ce qui était vraiment ingrat et injuste à son égard.
À l’occasion de la mort d’un tel homme qui a tant œuvré pour la gloire du Bon Dieu et l’intelligence catholique, seules demeurent la gratitude et la prière : elles lui sont acquises.
Jean Madiran a mille fois dit et redit que le grand péché du monde moderne est l’impiété (le contraire de la piété filiale à l’égard de Dieu, des saints, des parents, de la patrie, des hommes qui nous ont enrichis de tout un patrimoine d’art, d’intelligence et de civilisation). Aussi, pour lui rendre hommage, je me propose de publier pendant quelque temps des bonnes pages picorées çà et là dans ses œuvres : il y a beaucoup à apprendre.
Voici la finale de L’hérésie du XXe siècle, qui est peut-être son chef-d’œuvre. Après mai 68 (que Madiran caractérise ainsi : une révolution qui est la Révolution se dresse contre un ordre qui n’est pas l’ordre) il s’adresse aux évêques de France (car l’hérésie du xxe siècle, c’est la leur) qui, au nom de Vatican II, se sont ralliés – d’une manière hâtive, grotesque et lâche – à la révolution contestataire marxiste.
« Ce que vous auriez dû apprendre, puis enseigner, et dont vous n’avez plus le moindre soupçon, le voici.
« Dans le monde moderne, la contestation chrétienne et la contestation marxiste ont à peu près le même âge. Le Syllabus est le résumé d’encycliques et d’allocutions de Pie IX qui sont contemporaines des œuvres de Marx. Et les communistes dans leurs séminaires étudient cette histoire : elle est cachée, par vous, aux séminaristes chrétiens et aux étudiants catholiques. Pie IX devient Pape deux ans avant le Manifeste ; il promulgue le Syllabus trois ans avant la parution du Capital. Les deux contestations ont commencé à se formuler explicitement à peu près dans les mêmes années. Elles ont poursuivi leur marche parallèle, d’un côté les encycliques sociales, de l’autre les écrits et l’action de Lénine. Les militants communistes sont soigneusement instruits de leur histoire, on leur apprend à en être fiers. Les militants chrétiens sont privés de la leur ; on leur enseigne à la mépriser globalement, et à croire que l’avenir commence aujourd’hui.
« La contestation marxiste est une contre-façon diabolique de la contestation chrétienne. Par leur contenu et leur finalité, elles sont rigoureusement inverses. La contestation chrétienne s’élève contre les injustices et les contre-sens du monde moderne, et vise à rétablir l’ordre naturel. La contestation marxiste prend prétexte de ces contre-sens et de ces injustices, mais pour s’élever contre l’ordre naturel et détruire ce qui en subsiste encore : par quoi ces injustices et ces contre-sens seront finalement amenés jusqu’à un point d’horrible perfection dans le communisme.
« Vous aviez rejeté la contestation chrétienne, celle du Syllabus et d’un siècle d’encycliques prophétiques, de Pie IX à Pie XII, vous l’aviez rejetée au point de la méconnaître, de vous y rendre étrangers, de n’y plus rien comprendre et enfin de l’oublier, il ne vous restait rien, vous aviez les mains vides, il ne vous restait que votre intarissable verbiage de néant, vos harmonicas doctrinaux et vos mandolines pastorales.
« Il ne vous restait que la possibilité d’un ralliement honteux à la contestation marxiste. Ce que vous avez fait.
« Vous êtes des misérables. »
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