mais cela souligne néanmoins qu'avant 1789, l'Eglise et ls princes étaient fort réalistes et fort tolérants en matière religieuse - et donc pas toujours sur la ligne de l'Etat catholique cher à Louis XIV
Ce n'est pas du tout d'un oeil favorable que l'Eglise voyait ce genre de règlements, qui furent des règlements juridiques totalement civils et dynastiques relevant plus du canon sans droit que du droit canon et n'ayant d'emblée pas l'apport ni le support de Eglise, en principe.
Très typique un des cas que vous évoquez, celui du prince héritier Friedrich de Hesse-Cassel, de la branche aînée de la maison de Hesse (Electeurs depuis 1803), qui fut et est farouchement réformée, tandis que la branche (devenue grand-ducale par la grâce de Bonaparte après 1806) Hesse-Darmstadt, éteinte depuis la catastrophe aérienne d'Ostende de 1937 et définitivement depuis 1968, fut modérément luthérienne.
Ce prince Frédéric de Hesse naquit à Cassel en 1720, et devint catholique, de façon clandestine, à Paderborn, dans la résidence du prince-évêque, en février 1749. Marié et père de trois fils survivants, son épouse, quand le fait de son abjuration fut rendu public en 1754, avec les enfants le quitta (il ne revit jamais son épouse, et ses enfants seulement plus de trente ans plus tard) et son père, le Landgrave régnant, Guillaume VIII, l'obligea à signer cet acte d'assécuration que vous évoquez, le 28 octobre 1754.
Pour vous dire que ce ne fut pas gai du tout.
Un texte circonstancié, ne laissant rien au hasard, joliment imprimé sur 30 pages in 4º (
Großoktav nous disons en allemand, environ 20x25 cm) à Francfort, en 1755, et distribué pour que le monde sache que la Réforme serait sauve à Cassel. Il n'y aurait pas de culte publique catholique à Hesse-Cassel et aucun catholique pouvait devenir officier de l'état. Et il en fut ainsi.
Frédéric a tenu ses promesses. A la mort de son père, en 1760, il devint Landgrave jusqu'à sa mort. Ses deuxièmes noces en 1773, après la mort de sa première épouse, ne lui donnèrent pas d'enfants. Après lui, après 1785, tous redevenait "normal". Un épisode sans conséquences pour le pays, mais pas pour l'âme de son régent.
Hesse-Cassel devient une province de la Prusse en 1866, pour avoir soutenu l'Autriche.
Du point de vue de la doctrine catholique il n'est pas question (
quia credere voluntatis est, croire est un acte du libre arbitre, comme dit saint Thomas) d'obliger quelqu'un à être ou à devenir catholique, mais on peut très bien, dans certaines circonstances (et l'état à majorité catholique y est obligé -
gravissimum officium l'appelle le card. Ottaviani dans son manuel bien connu,
Institutiones iuris publici ecclesiastici II, Rome 1960, ed. 4, p. 66) empêcher quelqu'un à professer en public son adhérence à une religion non catholique, à la pratiquer visiblement et à faire du prosélytisme.
Mais une population protestante ayant un prince catholique (comme l'Electorat puis Royaume de Saxe depuis 1697 à nos jours [ils sont même un peu tradis], et Hesse Cassel entre 1760 et 1785) n'est pas par là un état catholique, et ce genre d'obligation (de convertir toute la population) n'existe jamais. Certes: toute facilité d'être et de devenir catholique doit être donnée et favorisée, mais la paix publique exige une tolérance de l'erreur dans ces cas, ce qui n'est pas liberté religieuse, qui serait un droit. Or, un droit à l'erreur ne pourrait exister. Ce droit, seulement la religion catholique peut le revendiquer. Mais la tolérance de l'erreur, pour éviter par exemple une guerre civile, peut être admise pour des raisons graves.
C'est pour cette raison, et cette raison seule, que l'Eglise n'a pas empêché un prince comme Frédéric de Hesse-Cassel de signer l'oukaze de son père (dont il fut le fils unique, rappelons-le), plutôt que de résigner et abdiquer de tous ses droits de souverain.