MIREILLE de Frédéric MISTRAL. par Diafoirus 2013-07-23 21:13:55 |
|
Imprimer |
Frédéric Mistral dans son poeme MIREILLE raconte au chant XI l'arrivée des Saintes Maries en Provence et leur rôle dans l'évangélisation de cette région.
MIREILLE de MISTRAL.
Chant onzième : Les Saintes.<E
M>Les Saintes Maries racontent comment, après la mort du Christ ayant été livrés à la merci des flots avec plusieurs autres disciples, elles abordèrent en Provence et convertirent les peuples de cette contrée.
"L'arbre de la croix, ô Mireille,
Sur la montagne de Judée
Etait encore planté: debout sur Jérusalem,
Et du sang de Dieu encore humide,
Il criait à la cité du crime,
Endormie là-bas dans l'abîme :
"Qu'en as-tu fait, qu'en as-tu fait, du roi de
Bethléem ? »
Et des rues apaisées
Ne montaient plus les grandes clameurs.
Le Cédron seul se lamentait au loin;
Et le Jourdain, mélancolique,
Allait se cacher aux solitudes,
Pour dégonfler ses plaintes
A l'ombre des lentisques et des verts térébinthes,
Et le pauvre peuple était triste,
Car il voyait bien que celui-là était son Christ,
Qui, de la tombe haussant le couvercle,
A ses compagnons, à ses disciples,
Etait revenu se montrer,
Et puis, laissant les clefs à Pierre,
S'était comme un aiglon enlevé dans le ciel !
Ah! on le plaignait, dans la Judée,
Le beau charpentier galiléen,
Le charpentier aux cheveux blonds, qui
apprivoisait les cœurs
Avec le miel des paraboles,
Et qui avec largesse sur les collines
Nourrissait la foule de pain azyme,
Et touchait ses lépreux, et ressuscitait ses morts !
Mais les docteurs, les rois, les prêtres,
La horde entière des vendeurs
Que de son temple saint le Maître avait chassés :
« Qui retiendra la multitude,
Se murmurèrent-ils à l'oreille,
Si dans Sion et Samarie
La lumière de la Croix n'est promptement éteinte ? »
Alors les rages s'irritèrent,
Et les martyrs témoignèrent ;
Alors l'un, tel qu'Étienne, était lapidé vif,
Jacques expirait par l'épée,
D'autres, écrasés sous un bloc de pierre !...
Mais sous le fer ou dans la braise,
Tout criait en mourant: « Oui, Jésus est Fils de
Dieu! »
Nous, les sœurs et les frères
Qui le suivions par tout pays,
Sur un méchant navire, aux fureurs de la mer,
Sans voiles et sans rames,
Fûmes chassés. Les femmes,
Nous versions un ruisseau de larmes ;
Les hommes vers le ciel portaient leur regard.
Déjà, déjà nous voyons fuir
Bois d'oliviers, palais et tours ;
Nous voyons du haut Carmel les crêtes et les
déchirures
Au lointain bossuer l'horizon.
Tout à coup, un cri nous arrive...
Nous nous retournons, et sur la plage
Nous voyons une jeune fille. Elle élevait ses bras,
En nous criant, toute ardente :
« Oh! emmenez-moi dans la batelée,
Maîtresses, emmenez-moi! Pour Jésus moi aussi
Je veux mourir de mort amère! »
C'était notre servante Sara;
Et dans le ciel tu la vois maintenant
Avec une auréole comme une aube d'avril.
Loin de là, l'aquilon nous entraîne.
Mais Salomé, que Dieu inspire,
Aux vagues de la mer a jeté son voile.
O puissante foi !... sur l'onde
Qui sautille, blonde et bleue,
La jeune fille, sans s'engloutir ,
Vint du rivage à notre vaisseau frêle ;
Et l'aquilon la poussait,
Et la voile la portait.
Lorsque, pourtant, dans la brume éloignée
nous vîmes,
Cime à cime, disparaître
Le doux pays, et la mer croître,
Il faut l'éprouver pour la connaître,
La nostalgie profonde qu'alors nous ressentîmes !
Adieu ! adieu, terre sacrée !
Adieu, Judée vouée au malheur,
Qui pourchasses tes justes et crucifies ton Dieu !
Maintenant tes vignes et tes dattes
Seront la pâturage des fauves lions,
Et tes murailles le repaire
Des hideux serpents !… Adieu, patrie ! adieu, adieu !
A SUIVRE.
Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !
|