Une réponse....et des sources par Anne Charlotte Lundi 2013-07-13 07:31:22 |
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Un liseur du forum m'a adressé hier soir ce texte de l'abbé Jourdain que je vous transmets sur l'ange gardien de la Sainte Vierge. Je l'en remercie !
Quelques auteurs ont pensé que Marie n'avait pas eu d'ange gardien comme Dieu en donne à tous les hommes. Sa dignité, disent-ils, s'opposait à ce que Dieu la remît en garde à quelqu’un des esprits célestes dont elle est la reine, et qu'elle surpasse, comme le ciel est au-dessus de la terre, en dignité et en perfection. Elle n'avait rien à craindre des attaques extérieures des démons, qui tremblaient devant elle. La faiblesse humaine, la concupiscence n'existaient pas en elle, ou du moins ne pouvaient lui nuire. L'abondance de sa grâce rendait inutiles les secours que les anges procurent aux autres hommes. Dieu lui-même la protégeait et veillait sur elle avec une sollicitude toute paternelle. La sagesse même de Dieu, le Verbe divin la conduisait et la dirigeait en tout, et elle suivait, avec une docilité admirable, les inspirations et les leçons d'un tel Maître. A quoi donc aurait pu lui servir un ange gardien ? L'Esprit de Dieu lui-même la garda, et ne laissa ce soin à aucune créature .
Cependant cette opinion n'est acceptée que par très peu de théologiens. Presque tous sont d'accord sur ce point, que Jésus-Christ seul n'eut pas d'ange gardien, proprement dit, parce que la divinité hypostatiquement unie à l'humanité la gardait nécessairement. Tous les autres, disent-ils, et par conséquent la bienheureuse Vierge Marie elle-même, reçurent de Dieu un ange. S. Ildefonse (Serm. 5 de Assumptione), S. Sophrone (Serm. de Assumptione), S. Bernard (Epist. 77, alias, tract. 10) S. Laurent Justinien (Serm. de Purificatione) soutiennent cette doctrine. S. Antonin (Part. 4, tit. 15, cap. 29) dit dans sa Somme : « La glorieuse Vierge Marie eut elle-même son ange gardien, celui qui, dans l'ordre des anges, tient le rang suprême , et qui, sans doute, ni avant ni après, ne fut chargé de garder personne. Dès le principe, il avait été réservé pour la seule Marie ». Suarez (Lib. 6 de Angelis, cap. 17, n. 24), Théophile Raynaud et une multitude d'autres savants théologiens suivent la même doctrine. Nous ne voyons donc pas pourquoi nous hésiterions à l'embrasser. Aussi bien les raisons sur lesquelles elle repose sont-elles d'une grande valeur.
D'après l'enseignement des Pères, c'est pour l'homme un très grand honneur et qui relève admirablement sa dignité, d'avoir un ange chargé de le garder : « Si grande est la dignité des âmes, dit S. Hilaire, qu'un ange est délégué au jour de la naissance pour garder chacune d'elles ». Pourquoi refuserait-on cet honneur à Marie, sous prétexte que la protec-tion des anges ne lui était pas nécessaire ? Nous savons bien que l'excellence de Marie l'élevait au-dessus des anges, mais nous n'éloignons pas d'elle, pour une semblable raison, les célestes Esprits. Ils pouvaient la garder en la servant humblement comme leur Souveraine. L'apôtre S. Paul ne dit-il pas dans l'épître aux Hébreux, I, 14 : Ils sont tous des esprits chargés d'un ministère, et envoyés pour l'exercer en faveur de ceux qui recueilleront l'héritage du salut. - Omnes sunt administratorii Spiritus in ministerium missi propter eos, qui hæreditatem capiunt salutis?
L'ange gardien de Marie, dit Raynaud, ne pouvait pas, il est vrai, rendre à cette très sainte Vierge tous les services que les autres anges sont appelés à rendre aux hommes dont le soin leur est confié : éloigner d'eux le mal, leur enseigner à se conduire selon les circonstances, leur donner des lumières, selon que la divine sagesse le juge expédient, mais il en pouvait faire assez et plus qu'il n'était nécessaire pour que nous soyons en droit de juger que la Mère de Dieu eut son ange gardien. Des petits enfants, dès le moment de leur naissance, reçoivent de Dieu un ange pour les garder. Que peut faire cependant cet ange, sinon les protéger contre quelques dangers extérieurs ? De même l'ange gardien de la bienheureuse Vierge Marie pouvait écarter d'elle une foule de dangers, d'accidents, auxquels est exposé quiconque vit sur la terre . Le démon, s'il n'osait pas tenter Marie, ce dont on peut douter, puisqu'il a tenté Jésus-Christ lui-même, n'aura pas manqué cependant de lui tendre quelques pièges, d'exciter contre elle, par exemple, la médisance ou la calomnie. L'ange gardien de Marie devait être là pour rendre vaines les tentatives du démon, pour procurer à Marie les secours qui pouvaient lui être nécessaires dans l'ordre temporel, pour la servir enfin comme doit le faire un fidèle sujet appelé, par ses fonctions, à ne jamais s'éloigner de son roi.
Quelques auteurs, dont l'autorité est d'un grand poids, ont pensé que la bienheureuse Vierge Marie avait eu, non pas un, mais plusieurs anges gardiens. Ils lui formaient comme une cour, et rien n'empêche d'admettre que la Reine des anges, fut, dès sa vie mortelle, toujours accompagnée d'une suite nombreuse de ces esprits célestes. Ils admiraient en elle l'œuvre par excellence de la toute-puissance divine ; ils vénéraient en elle la fille bien-aimée du Père éternel, l'Epouse du Saint-Esprit, la Mère du Verbe de Dieu. Comment auraient-ils pu ne pas désirer ardemment lui servir de garde d'honneur, et pourquoi Dieu aurait-il refusé cet hommage à Marie, et cette joie aux anges ?
« Personne ne doute, dit Eadmer (De excellentia Vlrginis Mariæ, cap. 3), que le corps très chaste de Marie et son âme très sainte n'aient été préservés, de la manière la plus parfaite, de toute tache du péché, par les soins des anges qui la gardaient sans cesse. Ils voyaient en elle le palais que devait habiter Dieu leur créateur et le créateur de toutes choses, dans lequel il devait prendre l'humanité et, par une opération ineffable, la joindre a sa divinité, dans l'unité d'une même personne ». S. Honoré d'Autun dit la même chose en ces quelques mots : « La Vierge Marie Mère de Dieu fut toujours entourée par une multitude d'anges qui la gardaient ».
Alain appelle Marie « le Jardin fermé que les anges entourent et gardent ». Citons encore S. Bernardin de Sienne qui, non seulement émet cette même opinion mais donne une preuve en sa faveur : « D'innombrables multitudes d'anges assistaient Marie et la protégeaient. C'est en effet une pieuse croyance qu'elle eut plusieurs légions d'anges chargés de l'assister et de la garder, puisqu'on lit dans le quatrième livre des Rois, v, 16, que le prophète Elisée avait une multitude de ces Esprits célestes occupés à le défendre ».
Suarez et plusieurs autres ont pensé qu'à l'ange gardien donné à Marie au moment de sa conception immaculée, un autre ange avait été joint au jour de l'Annonciation, et ne l'avait pas quittée jusqu'à ce que le grand mystère de notre Rédemption fût accompli.
Ceux qui ont recherché quel fut l'ange gardien de Marie ou le principal de ceux qui formèrent sa cour, s'accordent à reconnaître en lui l'archange Gabriel. Le bienheureux Amédée nous représente ce saint archange, partageant avec l'apôtre Jean la sollicitude filiale dont ce disciple bien-aimé entourait Marie après la mort et la résurrection du Sauveur. Arnold de Chartres nous montre de même le saint archange, s'empressant autour de Marie et secondant l'Apôtre. Avila croit que Marie, comme personne privée, eut à sa naissance, pour veiller sur elle, le premier des anges gardiens ; et après qu'elle eut conçu le Verbe divin, lorsque sur elle reposait le principe de la grande œuvre de la rédemption, au premier ange gardien fut joint l'archange Gabriel. Sur quoi S. Bonaventure, considérant les paroles de S. Luc : Et discessit Angelus ab ea, dit : « Ne croyez pas que Marie fut alors privée de la garde des anges ; Gabriel s'éloigna d'elle seulement quant à la forme visible qu'il avait prise, pour lui annoncer qu'elle serait Mère du Sauveur ». S. Jean Damascène (Orat. I de Nativ.) dit que la divine Sagesse donna à Marie l'évangéliste S. Jean, pour qu'il la gardât et pourvût aux besoins du corps, et l'archange Gabriel pour qu'il la gardât et qu'il pourvût aux besoins de l'âme.
Le même Avila dit que la garde des anges, auprès de Marie, n'avait pas été oisive, vu que, pour opérer saintement il faut, non seulement les moyens intrinsèques qui sont les grâces et les vertus infuses, mais il faut encore les moyens extrinsèques, parmi lesquels on compte la garde des anges qui aident, suadendo, illuminando et excitando ad bonum. S. Bonaventure s'exprime ainsi : « Quoique les anges lui rendissent service à cause de l'infirmité de la chair, cependant ils avaient pour elle le culte et le respect dus à la Mère de Dieu » . Citons encore ces paroles de sainte Brigitte : « Lorsque mon corps fut formé, Dieu, par sa puissance divine, créa mon âme qu'il unit à mon corps, et aussitôt mon âme et mon corps étant sanctifiés, les anges me gardèrent jour et nuit » .
Rien n'empêche de croire aux légendes anciennes ou aux révélations sur lesquelles reposent des enseignements qui ne sont contraires en rien à la foi de la sainte Eglise, ni au culte que nous devons à la Mère de Jésus notre Dieu et notre Rédempteur.
Sources : SOMME DES GRANDEURS DE MARIE
SES MYSTERES, SES EXCELLENCES, SON CULTE
Par l’abbé Z-C Jourdain
12 volumes de 700 pages environ
Tome 2, p.64-68
VII. — ANGE GARDIEN DE MARIE.
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