Saint Irénée Contre les hérésies, 5,21-22 par ami de la Miséricorde 2013-07-03 12:45:49 |
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JÉSUS, tenté par Satan, a triomphé et nous a libéré de la captivité du mal
Récapitulant en lui-même toutes choses, le Christ a récapitulé aussi la guerre que nous livrons à notre ennemi : il a provoqué au combat et vaincu celui qui, au commencement, en Adam, avait fait de nous ses captifs, il a foulé aux pieds sa tête, selon ces paroles de Dieu au serpent rapportées dans la Genèse : Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et la sienne, "il" guettera ta tête et tu guetteras son talon.
Dès ce moment, en effet, celui qui devait naître d'une Vierge à la ressemblance d'Adam était annoncé comme guettant la tête du serpent. Telle est la postérité dont parle l'Apôtre dans son épître aux Galates : La loi des œuvres a été établie jusqu'à ce que vienne la postérité à qui était destinée la promesse. Il s'exprime plus clairement encore dans cette même épître quand il dit : Quand vint la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, né d'une femme.
Car l'ennemi n'aurait pas été vaincu en toute justice s'il ne l'avait été par un homme né d'une femme. C'est en effet par une femme qu'il a dominé l'homme en se posant en adversaire de l'homme.
Voilà pourquoi le Seigneur se reconnaissait lui-même pour Fils de l'homme, récapitulant en lui cet homme des origines à partir duquel la femme avait été modelée : ainsi, de même que par la défaite d'un homme notre race était descendue dans la mort, de même par la victoire d'un homme nous sommes remontés vers la vie ; et de même que la mort avait triomphé de nous par un homme, de même à notre tour, nous avons triomphé de la mort par un homme.
Or, le Seigneur n'aurait pas récapitulé en lui-même cette inimitié originelle à l'égard du serpent, accompli ainsi la promesse du Créateur et exécuté son commandement, s'il était venu de la part d'un autre Père. Parce qu'il est le seul et le même à nous avoir modelés au commencement et à nous avoir envoyé son Fils à la fin, le Seigneur a exécuté son commandement en naissant d'une femme, en détruisant notre adversaire et en restaurant l'homme à l'image et à la ressemblance de Dieu. Ainsi il n'a pas neutralisé cet adversaire autrement qu'avec les paroles de la Loi : le commandement de Dieu lui servit à neutraliser et démasquer l'ange apostat.
D'abord, il jeûna quarante jours, à l'exemple de Moïse et d'Élie.
Après quoi il eut faim pour nous faire comprendre qu'il était vraiment et indiscutablement un homme : car le propre de l'homme est d'avoir faim quand il ne mange pas.
C'était aussi pour que l'adversaire sût sur quel point l'attaquer : pour avoir, au commencement, séduit par une nourriture l'homme, qui n'était pas affamé, et l'avoir amené ainsi à transgresser le commandement de Dieu, à la fin, le diable ne put dissuader un homme affamé d'attendre la nourriture qui vient de Dieu.
Il le tentait en ces termes :
Si tu es le Fils de Dieu, dis que ces pierres deviennent des pains.
Mais le Seigneur le repousse grâce au commandement de la Loi en disant : Il est écrit : l'homme ne vit pas seulement de pain.
Aux mots : si tu es le Fils de Dieu, il n'oppose que le silence ; en revanche, il aveugle le diable par l'aveu de son humanité et, grâce à la parole du Père, il neutralise son premier assaut.
Ainsi la satiété que l'homme avait connue au Paradis quand deux personnes mangèrent fut détruite par la pénurie qu'il souffrit en ce monde.
Alors celui-ci, repoussé au moyen de la Loi, tenta de se servir de la Loi à son tour, d'une façon mensongère, pour porter une nouvelle attaque. Il conduisit le Seigneur au sommet du pinacle du Temple et lui dit : Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas, car il est écrit: "À ses anges il donnera des ordres à ton sujet et ils te porteront dans leurs mains, pour que tu ne heurtes pas du pied quelque pierre" »
Il dissimulait ainsi le mensonge sous le couvert de l'Écriture, comme le font tous les hérétiques : car, s'il était écrit :
À ses anges il donnera des ordres à son sujet, aucune Écriture ne disait : Jette-toi en bas ; c'est de lui-même que le diable tirait cette suggestion.
Le Seigneur le confondit grâce à la Loi, en disant : Il est aussi écrit : "Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu. Ainsi l'orgueil du serpent fut détruit par l'humilité de l'homme. Deux fois le diable avait été vaincu à partir de l'Écriture, il avait été convaincu de faire des suggestions contraires au commandement de Dieu et la démonstration avait été faite que dans ses dispositions il était l'ennemi de Dieu.
Grandement confondu, il se ramassa en quelque sorte en lui-même et mobilisa toute sa puissance de mensonge dans sa troisième attaque : Il montre au Seigneur tous les royaumes du monde avec leur gloire et lui dit, ainsi que Luc le rapporte : Tout cela je te le donnerai - car cela m'a été remis et je le donne à qui je veux - si tu tombes à mes pieds et m'adores. Alors, démasquant son adversaire et dévoilant qui était celui-ci, le Seigneur réplique : Retire toi, Satan, car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et serviras lui seul. Il le mettait à nu par ce nom et montrait qui il était : le mot Satan en langue hébraïque signifie apostat. Par cette troisième victoire, le Seigneur repousse définitivement loin de lui son adversaire qui se trouvait vaincu grâce à la Loi, et la transgression du commandement de Dieu perpétrée en Adam fut détruite par l'observation du commandement de la Loi qu'observe le Fils de l'homme en refusant de transgresser le commandement de Dieu.
Quel est-il donc ce Seigneur Dieu à qui le Christ rend témoignage en disant que nul ne doit le tenter, qu'il nous faut adorer et servir lui seul ?
Sans aucun doute c'est le Dieu qui a donné la Loi. Car les choses avaient été prescrites d'avance dans la Loi ; en citant des paroles de la Loi, le Seigneur a montré que celle-ci annonce, de la part des Pères, le vrai Dieu et que l'ange apostat à l'égard de Dieu est neutralisé grâce aux maximes de cette Loi, démasqué et vaincu par le Fils de l'homme qui garde le commandement de Dieu.
En effet, à l'origine, il a persuadé l'homme de transgresser le commandement du Créateur et il l'a tenu sous son pouvoir ; son pouvoir réside dans la transgression et l'apostasie et c'est par celles-ci qu'il a enchaîné l'homme.
Aussi fallait-il qu'il fût à son tour vaincu grâce à l'homme, afin que l'homme, délié, revînt à son Seigneur, en abandonnant les liens dont il avait été lui-même enchaîné, c'est-à-dire la transgression.
C'est l'enchaînement de celui-ci qui est la délivrance de l'homme, puisque personne ne peut pénétrer dans la maison d'un homme fort et emporter ses affaires, s'il n'enchaîne d'abord cet homme fort.
Le Seigneur le convainquit qu'il donnait des conseils contraires à la parole du Dieu qui fait toutes choses ainsi qu'à son commandement (ce commandement de Dieu, c'est la Loi) : l'homme qu'il était montra que le diable était un transfuge, un violateur de la Loi et un apostat à l'égard de Dieu ; à partir de ce moment le Verbe l'enchaîna hardiment comme son propre transfuge et emporta ses affaires, c'est-à-dire les hommes détenus sous son pouvoir et dont il usait injustement.
Ainsi fut fait justement captif celui qui avait injustement réduit l'homme en captivité ; l'homme auparavant réduit en captivité échappa au pouvoir de son possesseur par la miséricorde de Dieu le Père qui eut pitié de l'ouvrage modelé par lui : il lui accorda la grâce du Salut en le restaurant grâce au Verbe, c'est-à-dire au Christ, afin que l'homme apprenne par expérience que ce n'est pas de lui-même, mais par le don de Dieu, qu'il reçoit l'incorruptibilité.
Le Seigneur a donc clairement montré que le Seigneur véritable et le seul Dieu est celui qui est annoncé par la Loi : c'est celui-là que le Christ a présenté comme étant son Père et c'est aussi lui seul que doivent servir les disciples du Christ. Le Seigneur a neutralisé notre adversaire grâce aux paroles de la Loi, or cette Loi loue le Créateur comme Dieu et ordonne de servir lui seul. Dès lors, il ne faut plus chercher un autre Père en dehors de celui-là ou au-dessus de celui-là puisqu'il n'y a qu'un seul Dieu qui justifie les circoncis en vertu de la foi et les incirconcis par le moyen de cette foi. S'il existait quelque autre Père parfait au-dessus du Créateur, le Seigneur n'aurait pu neutraliser l'apostasie grâce aux paroles et aux commandements de ce dernier : une ignorance ne peut être dissipée par une autre ignorance, non plus que par une déchéance ne peut être neutralisée une déchéance. Si donc la Loi provient de l'ignorance et de la déchéance, comment ses paroles ont-elles pu détruire l'ignorance du diable et vaincre l'homme fort ? L'homme fort ne saurait être vaincu ni par un plus faible ni par un égal, mais par un plus fort. Or, celui qui est plus fort que tout, c'est le Verbe de Dieu, lui qui crie dans la Loi : Ecoute, Israël, le Seigneur ton Dieu est l'unique Seigneur et tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toute ton âme, tu l'adoreras et serviras lui seul. Dans l'Évangile, c'est grâce aux mêmes paroles qu'il neutralise l'apostasie, c'est par la voix du Père qu'il vainc l'homme fort et c'est le commandement de la Loi qu'il déclare être ses propres paroles, quand il dit
Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu. Ce n'est pas par celui d'un autre mais par le propre commandement de son Père, qu'il a neutralisé l'Adversaire et vaincu l'homme fort.
Quant à nous qui avons été libérés, c'est par ce même commandement qu'il nous a instruits de nos devoirs : avons-nous faim, il nous faut attendre la nourriture donnée par Dieu ; sommes-nous élevés au faîte de tous les charismes, confiants dans nos oeuvres de justice, ornés de ministères excellents ? Nous ne devons ni nous enorgueillir ni tenter Dieu, mais avoir d'humbles sentiments en toutes choses et garder devant nous la parole : Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu.
C'est d'ailleurs ce qu'enseigne aussi l'Apôtre : Ne vous complaisez pas dans ce qui est élevé, mais laissez-vous attirer par ce qui est humble ; nous ne devons pas non plus nous laisser emporter par la richesse, la gloire du monde et l'apparence présente, mais savoir qu'il nous faut adorer le Seigneur Dieu et servir lui seul et ne pas croire celui qui nous promet mensongèrement des biens qui ne sont pas à lui, en nous disant : Tout cela je te le donnerai si tu tombes à mes pieds et m'adores. Car lui-même avoue que l'adorer et faire sa volonté, c'est tomber du haut de la gloire de Dieu. Que peut obtenir d'agréable ou de bon celui qui tombe, que peut-il attendre d'autre que la mort ? Car pour celui qui tombe, la mort est proche.
A coup sûr, le diable n'accorde pas ce qu'il a promis : comment pourrait-il l'accorder à qui tombe ?
Puisque Dieu domine sur tous les êtres, y compris le diable, et que, sous la volonté de notre Père qui est aux cieux, pas même un passereau ne tombera au sol, les mots : Tout cela m'a été remis et je le donne à qui je veux sont pure vantardise : la création n'est pas sous son pouvoir, puisque lui-même est une créature et ce n'est pas lui qui attribue aux hommes la royauté sur les hommes, mais toutes choses et en particulier les affaires humaines sont disposées selon l'ordre établi par Dieu le Père. Le Seigneur a dit du diable qu'il est menteur depuis le commencement et ne se tient pas dans la vérité.
Si donc il est menteur et ne se tient pas dans la vérité, il ne disait assurément pas la vérité, mais il mentait quand il disait : Tout cela m'a été donné et je le donne à qui je veux.
Source : abbayejouarre.org
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde
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