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Dom Guéranger pour la solennité de la Visitation de la Vierge Marie
par ami de la Miséricorde 2013-07-02 15:40:04
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Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Déjà, dans les jours qui précédèrent la naissance du Sauveur, la visite de Marie à sa cousine Élisabeth a fait l’objet de nos méditations. Mais il convenait de revenir sur une circonstance aussi importante de la vie de Notre-Dame ; la simple mémoire de ce mystère, au Vendredi des Quatre-Temps de l’Avent, ne suffisait point à faire ressortir ce qu’il renferme par lui-même d’enseignement profond et de sainte allégresse. En se complétant dans le cours des âges, la sainte Liturgie devait exploiter cette mine précieuse, à l’honneur de la Vierge-mère. L’Ordre de saint François et quelques églises particulières, comme celles du Mans, de Reims et de Paris, avaient déjà pris les devants, lorsqu’Urbain VI, en l’année 1389, institua la solennité du présent jour. Le Pape conseillait le jeûne en la vigile de la fête, et ordonnait qu’elle fût suivie d’une Octave ; il accordait à sa célébration les mêmes indulgences qu’Urbain IV avait, dans le siècle précédent, attachées à la fête du Corps du Seigneur. La bulle de promulgation, arrêtée par la mort du Pontife, fut reprise et publiée par Boniface IX qui lui succéda sur le Siège de saint Pierre.

Nous apprenons des Leçons de l’Office primitivement composé pour cette fête, que le but de son institution avait été, dans la pensée d’Urbain, d’obtenir la cessation du schisme qui désolait alors l’Église. Exilée de Rome durant soixante-dix ans, la papauté venait d’y rentrer à peine ; l’enfer, furieux d’un retour qui contrariait ses plans opposés là comme partout à ceux du Seigneur, s’en était vengé en parvenant à ranger sous deux chefs le troupeau de l’unique bercail. Telle était l’obscurité dont de misérables intrigues avaient su couvrir l’autorité du légitime pasteur, qu’on vit nombre d’églises hésiter de bonne foi et, finalement, préférer la houlette trompeuse du mercenaire. Les ténèbres devaient même s’épaissir encore, et la nuit devenir un moment si profonde, que les ordres de trois papes en présence allaient se croiser sur le monde, sans que le peuple fidèle, frappé de stupeur, parvînt à discerner sûrement la voix du Vicaire du Christ. Jamais situation plus douloureuse n’avait été faite à l’Épouse du Fils de Dieu. Mais Notre-Dame, vers qui s’était tourné le vrai Pontife au début de l’orage, ne fit point défaut à la confiance de l’Église. Durant les années que l’insondable justice du Très-Haut avait décrété de laisser aux puissances de l’abîme, elle se tint en défense, maintenant si bien la tête de l’ancien serpent sous son pied vainqueur, qu’en dépit de l’effroyable confusion qu’il avait soulevée, sa bave immonde ne put souiller la foi des peuples ; leur attachement restait immuable à l’unité de la Chaire romaine, quel qu’en fût dans cette incertitude l’occupant véritable. Aussi l’Occident, disjoint en fait, mais toujours un quant au principe, se rejoignit comme de lui-même au temps marqué par Dieu pour ramener la lumière. Cependant, l’heure venue pour la Reine des saints de prendre l’offensive, elle ne se contenta pas de rétablir dans ses anciennes positions l’armée des élus ; l’enfer dut expier son audace, en rendant à l’Église les conquêtes mêmes qui lui semblaient depuis des siècles assurées pour jamais. La queue du dragon n’avait point encore fini de s’agiter à Bâle, que Florence voyait les chefs du schisme grec, les Arméniens, les Éthiopiens, les dissidents de Jérusalem, de Syrie et de Mésopotamie, compenser par leur adhésion inespérée au Pontife romain les angoisses que l’Occident venait de traverser.

Il restait à montrer qu’un pareil rapprochement des peuples au sein même de la tempête, était bien l’œuvre de celle que le pilote avait, un demi-siècle auparavant, appelée au secours de la barque de Pierre. On vit les factieux de l’assemblée de Bâle en donner la preuve, trop négligée par des historiens qui ne soupçonnent plus l’importance des grands faits liturgiques dans l’histoire de la chrétienté ; sur le point de se séparer, les derniers tenants du schisme consacrèrent la quarante-troisième session de leur prétendu concile à promulguer, pour ses adhérents, cette même fête de la Visitation en l’établissement de laquelle Urbain VI avait dès l’abord mis son espoir. Malgré la résistance de quelques obstinés, le schisme était vraiment fini dès lors ; l’orage se dissipait : le nom de Marie, invoqué des deux parts, resplendissait comme le signe de la paix sur les nuées [59]. Ainsi l’arc-en-ciel unit dans sa douce lumière les extrémités opposées de l’horizon. Contemplez-le, dit l’Esprit-Saint, et bénissez celui qui l’a fait ; car il est beau dans sa splendeur ! Il embrasse les cieux dans le circuit de sa gloire [60].

Si l’on se demande pourquoi Dieu voulut que le mystère de la Visitation, et non un autre, devînt, par cette solennité qui lui fut consacrée, le monument de la paix reconquise : il est facile d’en trouver la raison dans la nature même de ce mystère et les circonstances où il s’accomplit.

C’est là surtout que Marie apparaît, en effet, comme la véritable arche d’alliance : portant en elle, non plus les titres périmés du pacte de servitude conclu au bruit du tonnerre entre Jéhovah et les Juifs ; mais l’Emmanuel, témoignage vivant d’une réconciliation plus vraie, d’une alliance plus sublime entre la terre et les cieux. Par elle, mieux qu’en Adam, tous les hommes seront frères ; car celui qu’elle cache en son sein sera le premier-né de la grande famille des fils de Dieu. A peine conçu, voici que pour lui commence l’œuvre d’universelle propitiation. Levez-vous, ô Seigneur, vous et l’arche d’où votre sainteté découlera sur le monde [61]. De Nazareth aux montagnes de Judée, dans sa marche rapide, elle sera protégée par l’aile des chérubins jaloux de contempler sa gloire. Au milieu des guerriers les plus illustres et des chœurs d’Israël, David conduisit l’arche figurative de la maison d’Abinadab à celle d’Obedédom [62] ; mieux que lui, Dieu votre Père saura entourer l’arche sacrée du Testament nouveau, lui composant une escorte de l’élite des célestes phalanges.

Heureuse fut la demeure du lévite devenu, pour trois mois, l’hôte du Très-Haut résidant sur le propitiatoire d’or ; plus fortunée sera celle du prêtre Zacharie, qui, durant un même espace de temps, abritera l’éternelle Sagesse nouvellement descendue au sein très pur où vient de se consommer l’union qu’ambitionnait son amour ! Par le péché d’origine, l’ennemi de Dieu et des hommes tenait captif, en cette maison bénie, celui qui devait en être l’ornement dans les siècles sans fin ; l’ambassade de l’ange annonçant la naissance de Jean, sa conception miraculeuse, n’avaient point exempté le fils de la stérile du tribut honteux que tous les fils d’Adam doivent solder au prince de la mort, à leur entrée dans la vie. Mais, les habitants d’Azot en firent autrefois l’expérience, Dagon ne saurait tenir debout devant l’arche [63] : Marie paraît, et Satan renversé subit dans l’âme de Jean sa plus belle défaite, qui toutefois ne sera point la dernière ; car l’arche de l’alliance n’arrêtera ses triomphes qu’avec la réconciliation du dernier des élus.

Célébrons cette journée par nos chants d’allégresse ; car toute victoire, pour l’Église et ses fils, est en germe dans ce mystère : désormais l’arche sainte préside aux combats du nouvel Israël. Plus de division entre l’homme et Dieu, le chrétien et ses frères ; si l’arche ancienne fut impuissante à empêcher la scission des tribus, le schisme et l’hérésie n’auront licence de tenir tête à Marie durant plus ou moins d’années ou de siècles, que pour mieux enfin faire éclater sa gloire. D’elle sans cesse, comme en ce jour béni, s’échapperont, sous les yeux de l’ennemi confondu, et la joie des petits, et la bénédiction de tous, et la perfection des pontifes [64]. Au tressaillement de Jean, à la subite exclamation d’Élisabeth, au chant de Zacharie, joignons le tribut de nos voix ; que toute la terre en retentisse. Ainsi jadis était saluée la venue de l’arche au camp des Hébreux ; les Philistins, l’entendant, savaient par là que le secours du Seigneur était descendu ; et, saisis de crainte, ils gémissaient, disant : « Malheur à nous : il n’y avait pas si grande joie hier ; malheur à nous [65] ! » Oui certes, aujourd’hui avec Jean, le genre humain tressaille et il chante ; oui certes, aujourd’hui à bon droit l’ennemi se lamente : le premier coup du talon de la femme [66] frappe aujourd’hui sa tête altière, et Jean délivré est en cela le précurseur de nous tous. Plus heureux que l’ancien, le nouvel Israël est assuré que jamais sa gloire ne lui sera ôtée ; jamais ne sera prise l’arche sainte qui lui fait traverser les flots [67] et abat devant lui les forteresses [68]. Combien donc n’est-il pas juste que ce jour, où prend fin la série de défaites commencée en Éden, soit aussi le jour des cantiques nouveaux du nouveau peuple ! Mais à qui d’entonner l’hymne du triomphe, sinon à qui remporte la victoire ? Levez-vous donc, levez-vous, Debbora ; levez-vous et chantez le Cantique [69]. Les forts avaient disparu, jusqu’à ce que s’élevât Marie, la vraie Debbora, jusqu’à ce que parût la Mère en Israël [70]. « C’est moi, c’est moi, dit-elle en effet, qui chanterai au Seigneur, qui célébrerai le Dieu d’Israël [71]. Selon la parole de mon aïeul David, magnifiez avec moi le Seigneur, et tous ensemble exaltons son saint nom [72]. Mon cœur, comme celui d’Anne, a tressailli en Dieu son Sauveur [73]. Car, de même qu’en Judith sa servante, il a accompli en moi sa miséricorde [74] et fait que ma louange sera dans toutes les bouches jusqu’à l’éternité [75]. Il est puissant celui qui a fait en moi de grandes choses [76] ; il n’est point de sainteté pareille à la sienne [77]. Ainsi que par Esther, il a pour toutes les générations sauvé ceux qui le craignent [78] ; dans la force de son bras [79], il a retourné contre l’impie les projets de son cœur, renversant l’orgueilleux Aman de son siège et relevant les humbles ; il a fait passer des riches aux affamés l’abondance [80] ; il s’est ressouvenu de son peuple et a eu pitié de son héritage [81]. Telle était bien la promesse que reçut Abraham, et que nos pères nous ont transmise : il a fait comme il avait dit » [82].

Filles de Sion, et vous tous qui gémissiez dans les fers de Satan, l’hymne de la délivrance a donc retenti sur notre terre. A la suite de celle qui porte en son sein le gage de l’alliance, formons des chœurs ; mieux que Marie sœur d’Aaron, et à plus juste titre, elle préside au concert d’Israël [83]. Ainsi elle chante en ce jour de triomphe, rappelant tous les chants de victoire qui préludèrent dans les siècles de l’attente à son divin Cantique. Mais les victoires passées du peuple élu n’étaient que la figure de celle que remporte, en cette fête de sa manifestation, la glorieuse souveraine qui, mieux que Debbora, Judith ou Esther, a commencé de délivrer son peuple ; en sa bouche, les accents de ses illustres devancières ont passé de l’aspiration enflammée des temps de la prophétie à l’extase sereine qui marque la possession du Dieu longtemps attendu. Une ère nouvelle commence pour les chants sacrés : la louange divine reçoit de Marie le caractère qu’elle ne perdra plus ici-bas, qu’elle gardera jusque dans l’éternité.

Les considérations qui précèdent nous ont été inspirées par le motif spécial qui porta l’Église, au XIVe siècle, à instituer cette fête. En rendant Rome à Pie IX exilé, au 2 juillet de l’année 1849 [84], Marie a montré de nouveau dans nos temps que cette date était bien pour elle une journée de victoire. Mais le mystère de la glorieuse Visitation est si vaste, que nous ne saurions, eu égard aux limites qui nous sont imposées, songer à épuiser ici tous les enseignements qu’il renferme. Quelques-uns d’eux, au reste, nous ont été donnés dans les jours de l’Avent ; d’autres plus récemment, à l’occasion de la fête de saint Jean-Baptiste et de son Octave ; d’autres enfin seront mis en lumière par l’Épître et l’Évangile de la Messe qui va suivre.

Source : introibo.fr

Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde

     

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