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Les silences du pape François
par Jean Kinzler 2013-06-26 10:43:40
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Toutefois l'élément qui explique plus que tout autre la bienveillance manifestée partout dans le monde par l'opinion publique laïque envers le pape François est le silence qu’observe celui-ci en matière de politique, en particulier sur les terrains minés où l’Église catholique se trouve le plus en opposition avec la culture dominante.

Avortement, euthanasie, mariage homosexuel, sont des mots que le pape François a jusqu’à maintenant délibérément évité d’employer dans sa prédication.

Le 16 juin, lors de la journée de célébration d’"Evangelium vitae", la vigoureuse encyclique de Jean-Paul II contre l'avortement et l'euthanasie, le pape Bergoglio a parlé, certes, mais ses propos ont été d’une brièveté et d’une généralité désarmantes
, si on les compare à la formidable bataille à l’échelle mondiale que le pape Karol Wojtyla avait livrée en cette année 1995 et au cours de l’année précédente, avec comme épicentre la conférence sur la population et le développement organisée au Caire par les Nations-Unies.

Jean-Paul II et après lui Benoît XVI ont consacré énormément d’énergie à relever le défi historique représenté par l’idéologie actuelle en matière de naissance et de mort, mais également par la dissolution de la dualité, présente dès la création, entre homme et femme.

Le pape Joseph Ratzinger avait consacré à cette seconde question son dernier grand discours à la curie, prononcé la veille de Noël dernier.

Et si ces deux papes ont senti encore davantage qu’ils avaient le devoir de servir de guides aux catholiques et d’en "confirmer la foi" à propos de ces questions cruciales, c’est précisément parce qu’ils étaient conscients de l'incertitude d’un grand nombre de fidèles et de la mollesse de beaucoup de conférences épiscopales nationales, les rares exceptions étant la conférence italienne, présidée par les cardinaux Camillo Ruini et Angelo Bagnasco, celle des États-Unis, présidée par les cardinaux Francis George et Timothy Dolan, et enfin la conférence française, présidée par le cardinal André Vingt-Trois.

La situation provoquée en France par la légalisation des mariages homosexuels, situation marquée récemment par l’extraordinaire réaction d’intellectuels et de masses populaires, catholiques ou non, est celle sur laquelle on attendait le plus le pape François au tournant.

Mais celui-ci n’a pas dit un seul mot pour soutenir l’action de l’Église de France, pas même lorsque, le 15 juin, il a reçu au Vatican les parlementaires du "Groupe d’amitié France- Saint-Siège".

On peut prévoir que le pape François continuera, dans l’avenir, à faire preuve de cette même réserve à propos des questions qui touchent au domaine politique. Une réserve qui réduira également au silence la secrétairerie d’état. Le pape est convaincu que de telles interventions incombent aux évêques de chaque pays. Il l’a dit en termes sans équivoque aux évêques italiens : "Le dialogue avec les institutions politiques, c’est votre affaire".

Cette délégation comporte beaucoup de risques, si l’on tient compte du jugement pessimiste que Bergoglio porte sur la qualité moyenne des évêques dans le monde.
Ceux-ci sont à leur tour tentés de déléguer les décisions à des laïcs qui sont, eux aussi, d’une fiabilité douteuse, renonçant ainsi au rôle de guide qui incombe à ceux qui sont marqués du caractère épiscopal.

Mais c’est un risque que le pape François ne craint pas d’affronter, parce qu’il est convaincu – il l’a dit – que si l’évêque est incertain, "le troupeau lui-même a le flair voulu pour trouver le chemin".

*

Enfin il y a un autre silence qui a caractérisé les cent premiers jours de pontificat du pape François.


C’est son silence à propos du concile Vatican II
, qu’il n’a cité, jusqu’à présent, que rarement et marginalement. Alors que pour Benoît XVI, au contraire, le concile a été un élément central jusqu’au dernier moment : il suffit, pour s’en convaincre, de penser à l’extraordinaire récit qu’il en a fait aux curés des paroisses de Rome, quelques jours seulement avant de renoncer au pontificat.

Le miracle, là encore, est que les controverses intra-ecclésiales à propos de l'interprétation et de l'application de Vatican II ne font presque plus de bruit, alors que, au temps du pape Ratzinger, elles étaient particulièrement enflammées.

Sous le pontificat du pape François, le schisme lefebvriste est en sommeil et sa recrudescence semble très peu probable.

Alors que, en sens inverse, les partisans d’une démocratisation de l’Église chantent les louanges du nouveau pape.


Mais si l’on compare les cent premiers jours de pontificat du pape François au progressiste "programme pour les cent premiers jours" remis par Giuseppe Dossetti, Giuseppe Alberigo et Alberto Melloni aux cardinaux des deux conclaves de 1978 et réimprimé à l’occasion des conclaves de 2005 et de 2013, on constatera que le pape actuel ressemble plutôt à un général de la Compagnie de Jésus. À l’ancienne.

__________


POST-SCRIPTUM – Le 22 juin, exactement le centième jour de son pontificat, le pape François a accompli un geste qui a stupéfait même quelques uns de ses plus ardents partisans.

En raison d’une "tâche urgente et impossible à reporter", sans plus de précisions - ce qui n’a été annoncé qu’à la dernière minute et dont même "L'Osservatore Romano" n’avait pas été informé - il a laissé vide le fauteuil qui lui était destiné, au centre de la salle des audiences dans laquelle allait être interprétée pour lui, à l’occasion de l'Année de la foi, la Neuvième Symphonie de Ludwig van Beethoven, qui a effectivement été exécutée en son absence.

"Je ne suis pas un prince du temps de la Renaissance qui écoute de la musique au lieu de travailler"
: voilà la phrase que certains "papistes" de la curie lui ont attribuée, sans se rendre compte qu’elle avait pour seul effet de lui causer du tort.

Pour Alberto Melloni, historien de l’Église, ce geste a la grandeur d’"un tintement de cloche solennel et sévère", qui confirme le style innovant du pape François.

Mais, en réalité, il a rendu encore plus indéchiffrable le début de ce pontificat.

En effet l’élan évangélisateur du pape François, sa volonté d’atteindre les "périphéries existentielles" de l'humanité, trouveraient justement dans le grand langage musical un véhicule d’une extraordinaire efficacité.

Dans la Neuvième Symphonie de Beethoven ce langage atteint des sommets sublimes, il devient compréhensible au-delà de toute frontière de foi, il devient un "Parvis des Gentils" incomparablement suggestif.

Après chaque concert public auquel il assistait, Benoît XVI communiquait ses réflexions, qui touchaient l’esprit et le cœur du public.

Il y a un an, après avoir écouté justement la Neuvième Symphonie de Beethoven au théâtre de la Scala de Milan, le pape Joseph Ratzinger avait conclu de la manière suivante :

"Après ce concert, beaucoup se rendront à l’adoration eucharistique – au Dieu qui participe à nos souffrances et continue de le faire, au Dieu qui souffre avec nous et pour nous et qui a ainsi rendu les hommes et les femmes capables de partager la souffrance de l’autre et de la transformer en amour. C’est précisément à cela que nous nous sentons appelés par ce concert".
chiesa

     

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 Les silences du pape François par Jean Kinzler  (2013-06-26 10:43:40)
      Analyse pertinente par l'abbé Pépino  (2013-06-26 11:29:26)


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