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Le général Videla, l'Argentine et la dictature
par Eugenio 2013-05-23 21:10:38
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Connaissant un petit peu ce pays et son histoire, je me permets de clarifier certaines choses :

1. Le coup d'Etat de 1976 était amplement justifié par la faillite généralisé de l'Etat argentin dirigé par un Péron agonisant puis par sa troisième femme, danseuse folklorique et coiffeuse à ses heures perdues. Or, les marxistes révolutionnaires ayant été chassé du Chili voisin par la poigne du général Pinochet, ont reflué principalement vers l'Argentine (et aussi un peu en Bolivie). Parmi eux, de nombreux espions et agitateurs payés par les services spéciaux soviétiques et des pays de l'Est.

2. Une fois le coup d'Etat réussi, les généraux décident de poursuivre la politique "contre-terroriste" contre les "monteneros" guérillas marxistes des zones campagnardes et montagneuses principalement au Nord-Ouest du pays), politique déjà engagée par le gouvernement précédent (Isabel Perón). Cette politique vise à éliminer dans le secret tous les éléments "subversifs", à savoir les espions et agitateurs communistes responsables de milliers d'assassinats et de crimes diverses dans les années 1970-1976. Cette politique est similaire à celle que mène Obama contre Al-Qaeda : une guerre secrète et totale. On sait que 10 000 personnes sont mortes pendant la dictature (1976-1982) principalement pendant les 18 premiers mois.

3. La répression a donc été particulièrement économe en vies humaines (10 000 par rapport aux 30 millions d'Argentins de l'époque, sachant que beaucoup des victimes sont étrangères). Évidemment comme dans toute guerre civile, en particulier face aux communistes, les victimes innocentes sont nombreuses : étudiants arrêtés au hasard, personnes au mauvais moment au mauvais endroit, personnes mal vues d'un sous-lieutenant des services spéciaux, etc. Le secret ne permettant quasiment aucun échappatoire en cas d'erreur. Plus que la répression elle-même, nécessaire et très classique, c'est le mode opératoire qui peut être discuté : le secret, quoique peut-être nécessaire, est injuste et peut condamner les innocents. Même chose pour les "vols de la mort", mais est-ce qu'être fusillé est vraiment préférable ?

4. La menace marxiste était bien réel : Cuba tombe en 1959 (Che Guevara fait fusiller 50 000 Cubains dans les premiers mois de l'occupation de La Havane), le Chili allait vers une marxisation accéléré en 1972-73 avant que la CIA et Pinochet arrête les frais et l'Argentine était déliquescente, avec un État très faible. Le Nicaragua tombera quelques années plus tard aux mains d'une sanguinaire mafia communiste, germe d'une guerre civile extrêmement violente.

5. Les Argentins gardent un bon souvenir des années de la dictature, hormis évidemment les proches des disparus (très peu nombreux à l'échelle du pays). Mais le politiquement correct est tel qu'ils ne vous le disent qu'après avoir compris que vous n'étiez pas libéral-gauchiste. Mais ce sentiment est général. Pour les Argentins, le coup d'Etat les a sauvés de l'anarchie et du communisme. Et les victimes sont regrettables mais sont à réinscrire dans une période de guerre civile où la gauche avait la gâchette très facile. Pour les Argentins, ces années étaient calmes et les "rues étaient propres", ce qui a bien changé. Je le répète ce sentiment est général, et il est partagé aussi par la jeunesse (non politisée). Cela explique aussi pourquoi le président Menem (ultra-libéral proaméricain) a gracié tous les généraux en 1989, à la satisfaction générale à l'époque. Mais le politiquement correct interdit toute expression publique à ce sujet.

6. Pour finir sur le général Videla lui-même, il a accepté le retour à la démocratie après la catastrophique guerre des Malouines déclenchée par son successeur, il a accepté sans une plainte et sans se défendre, pour l'unité de l'Argentine, sa condamnation à la prison à vie en 1985 lors du premier procès de la junte, et il n'a jamais plus commenté cette histoire pour tenter de se défendre et de réhabiliter son action face aux hordes d'intellectuels qui le considéraient comme un monstre. Même lors de la seconde vague de procès des années 2000, il a gardé sa ligne de conduite de ne pas diviser les Argentins et d'aller sans difficulté finir sa vie en prison pour éviter des tensions inutiles. Il a fait quelques déclarations récentes montrant qu'il considérait avoir fait son devoir pour l'Argentine. Il était un catholique fervent et discret.

Voila qui devait être dit.

Je ne vois pas qu'il ait fait quelque chose de moralement plus grave que De Gaulle à l'épuration, Bush et Obama avec Al-Qaeda, Grant chez les Sudistes, Bonaparte pendant le directoire, Massu à Alger etc, etc... Or ces derniers ne sont pas considérés comme d'affreux criminels de guerre rivaux de Pol Pot mais comme des responsables civils et militaires dans une guerre civile.


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 Jorge Videla (RIP) par Marek  (2013-05-23 11:32:01)
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                  Bien dit par Marek  (2013-05-23 20:09:15)
                      A ce sujet, il faut aussi préciser par Jean-Paul PARFU  (2013-05-23 20:34:18)
              peur fumeuse monsieur Perrin ? par Pèlerin  (2013-05-23 20:26:51)
                  Luc Perrin a tort et il a raison à la fois par Jean-Paul PARFU  (2013-05-23 20:38:02)
                      "Etait-ce vraiment nécessaire," par worou-kenou  (2013-05-23 22:03:03)
      Le général Videla, l'Argentine et la dictature par Eugenio  (2013-05-23 21:10:38)
          A Eugenio par Marek  (2013-05-24 01:32:35)
              Il ne s'agit pas du blog d'Hilaire de Crémiers par Firminus  (2013-05-24 01:53:37)
      Comment entretenir par XA  (2013-05-23 22:14:47)
          Je me faisais... par Yves54  (2013-05-23 23:35:42)


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