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Rapidement
par Bertrand Decaillet 2013-05-16 19:18:57
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La dénomination IONIEN(do), DORIEN (ré), PHRYGIEN (mi), LYDIEN (fa), MIXOLYDIEN (sol), ÉOLIEN (la) et LOCRIEN (si) relève de la terminologie grecque appliquée abusivement aux modes grégoriens.

Celle-ci est abusive, car de fait la réalité des modes grecs (liée simplement à la manière d'accorder la lyre) ne correspond pas à nos échelles diatoniques (et leur rôle). Néanmoins c'est Boèce (6e s.) qui en consacre l'erreur, si j'ose dire...

A la renaissance, Glareanus, dans son Dodecachordon (1547), reprend cette terminologie que le moyen age n'a que très peu utilisée, et renoue par ailleurs avec l'idée - toute théorique - des douze modes antiques.

Le 19-20es siècle appliquent cette terminologie aux modes grégoriens:

Dorien = mode de ré
hypodorien = mode plagal de ré
phrygien = mode de mi
hypophrygien = mode plagal de mi
etc.

Mais cette terminologie est plutôt malheureuse et mérite d'être oubliée, à mon avis, au bénéfice des termes médiévaux:
protus (premier) authente (1er)
protus plagal (2e)

deuterus (deuxième) authente(3e)
deuterus plagal(4e)

tritus authente (5e)
tritus plagal (6e)

Tetrardus authente (7e)
Tetrardus plagal (8e)

Ou encore mieux et plus simple:
1) mode de do, authente
2) mode de do, plagal
3) mode de ré, authente
etc.

Ainsi on parle volontiers de premier ton (protus), lui-même subdivisé en deux modes (authente et plagal).
Il y a donc 4 tons et 8 modes, si l'on veut.

Mais tout cela n'est que convention de vocabulaire, sans grand intérêt dans le fond, sinon celui de s'entendre!



En ce qui concerne l'ethos (sentiment, atmosphère, couleur... des modes), Platon et la Grèce antique en parlent.
Néanmoins le moyen age, à part les théoriciens qu'il faut plus apparenter à des philosophes qu'à des musiciens, en parle quasiment pas jusqu'au XIe siècle. La notion en est alors un peu "artificielle" et reste toute théorique.

Il me semble capital de ne pas avoir une approche trop descriptive et moderne (anachronique) de ces modes, mais plutôt analogique et féconde (symbolique). Ainsi un resurrexi de Pâques en quatrième ton (mode décrit comme funèbre par les chapiteaux de Cluny, 12e siècle)) serait plus à comprendre comme un point de départ du sens que comme son enfermement...

La notion d'ethos, au moyen-âge, est symbolique et non descriptive. La modernité aurait grand tort, à mon sens, de systématiser er de succomber à la tentation de vouloir enfermer les pièces dans une "atmosphère" expressive. Au contraire, il faudrait plutôt y voir un elément fécond d'expresion, non univoque (cf. encore une fois le resurrexi de Pâques, qui est sans doute l'exemple le plus spectaculaire).


Cette précaution prise, il est fort intéressant de consulter alors les descriptions (analogiques, encore une fois!) des modes au moyen age, comme par exemple - exemple délicieux entre tous - les chapiteaux de Cluny appelés "les tons de la musique" et conservés sur deux colonnes, au farinier de Cluny.

Voici ce qu'on lit sous chaque figurine sculptée:

1er mode
Hic tonus orditur modulamina primus – Voici le premier ton ordonnateur des sons musicaux.

2e mode
Subsequitur ptongus numero vel lege secundus – Vient ensuite le son qui est second par le nombre et par la loi.

3e mode
Tertius impingit Christumque resurgere fingit – Le troisième bondit et montre que le Christ ressuscite

4e mode
Succedit quartus similans in carmine planctus – Suit le 4e ton semblable aux poèmes de plaintes.
NB Voyez ici notre Resurrexi de Pâques!!!! - ce qui est délicieusement beau... et non réductible à un système et une vue "rationaliste" de l'ethos.

5e mode
Ostendit quintus quam sit quisq[u]is tumet imus - Le 5e montre combien est abaissé celui, quel qu’il soit, qui s'enfle (d’orgueil).

6e mode
Si cupis affectum pietatis respice sextum - si tu recherches le sentiment de piété, regarde au sixième.

7e mode
Insinuat flatu[m] cu[m] donis septimus almum - Le septième introduit le souffle bienfaisant avec ses dons.

8e mode
Octavus sanctos omnes docet esse beatos : Le huitième enseigne que tous les saints sont bienheureux.


Ah là là, il y aurait tant de choses à en dire!!!! De plus les sculptures sont si belles! J'ai déjà eu l'opportunité d'en aborder le sujet en conférence. Et à chaque fois ce fut un enchantement absolu pour les audizteurs de découvrir tant de richesse derrière ces figurines clunisiennes... et dans la Foi! car il s'agit surtout de cela.

Bon, concerètement:

- Si vous avez 2 heures (a perdre!)
- un billet de train à m'offrir
- et, le cas échéant, un lit...

je fais volontiers le déplacement pour vous en faire l'exposer.

Le troisième ton de la musique, Cluny:


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